Brice Leroy

Brice Leroy a arrêté l’athlétisme après les Championnats de France Elite 2016.

 

Alors que le 800 m français n’a jamais été aussi haut avec le titre de champion du monde de Pierre-Ambroise Bosse cet été à Londres, la discipline a perdu de nombreux éléments depuis quelques mois. Brice Leroy, Florent Maillard, ou d’autres, ont lâché en route, déçus par un milieu où ils ne s’épanouissaient plus. Nous avons essayé de comprendre cette perte de talents.

Evidemment, l’athlétisme a toujours connu ces histoires de talents gâchés. Tout le monde connaît quelqu’un, qui connaît quelqu’un, qui aurait dû être un grand champion. Et ça concerne évidemment toutes les disciplines de l’athlétisme, des sauts aux lancers en passant par le sprint, la marche et évidemment le demi-fond. Ce qui rend le choix du 800 m intéressant, c’est que cet été, Pierre-Ambroise Bosse a remporté les Championnats du Monde sur le double tour de piste, renvoyant inévitablement les projecteurs vers sa discipline.

Une sorte de dépression

Et qu’est-ce qu’on y voit ? Que derrière le recordman de France, certains s’accrochent (Samir Dahmani qualifié aux Mondiaux, Paul Renaudie champion de France Elite), d’autres arrivent (Aymeric Lusine, Benjamin Robert, Julian Ranc, Nasredine Khatir) et que d’autres ont disparu. C’est le cas notamment de Brice Leroy, Florent Maillard, Leo Morgana ou Gaëtan Manceaux pour ne citer qu’eux. Tous ces athlètes, ont un jour été dans la posture d’un grand espoir du 800 m. Alors qu’en 2017, leur nom n’apparaît plus dans les bilans français. « Depuis les France Elite 2016, c’est la retraite sportive, sourit Brice Leroy, trois fois international A, double champion de France Elite en salle et auteur de 1’46’’47 en 2016. J’ai voulu reprendre mais le corps ne voulait plus. Il faisait comme une sorte de dépression. »

Cette perte d’envie, ces athlètes l’ont tous ressentie, de quoi laisser leurs chaussures au fond du placard. « Je saturais complètement, explique Florent Maillard, auteur de 1’47’’69 en 2014 et qui a arrêté l’athlétisme en juillet 2015. Je me suis retrouvé à ne plus du tout aimer ce que je faisais. Se lever en pensant à sa séance, manger et récupérer pour sa séance, le tout dans des conditions vraiment pas terribles car on n’a rien comme aides. J’ai claqué la porte du jour au lendemain. »

Manque d’aides

Manque d’aides financières, pas de place dans les meetings nationaux, pas de soutien fédéral, sont les doléances qu’on entend beaucoup autour des stades. « En 2016, quand je vois ce que je sortais à l’entrainement, je pense vraiment que j’aurais pu faire quelque chose, regrette Leroy. Mais personne ne m’a donné un coup de pouce pour rentrer sur les meetings. Par exemple, j’ai attendu jusqu’au dernier moment pour être pris au meeting de Nancy. J’ai donc couru à Amiens quatre jours avant pensant que ma saison s’arrêterait là. Et finalement, à Nancy, malgré tout ça, j’ai peut-être fait la plus belle course de ma vie en étant sur les bases de 1’45 jusqu’à 80 m de la ligne. Derrière, il y a eu un effet d’émotions. Le manque de soutien, de suivi, a fait qu’une déprime s’est installée. Et quand tu commences à arrêter, tu y prends vite goût. »

Même constat chez Florent Maillard. « Je me suis tellement pris la tête avec les meetings. Il fallait déjà dépenser de l’argent pour y aller et une fois sur place, il fallait encore négocier avec l’organisateur pour être dans la meilleure série. Car tu pouvais très bien avoir le meilleur temps des engagés et être dégagé de la meilleure course. »

Victimes d’un système trop élitiste ?

Les Leroy, Maillard, ou autres, seraient donc les victimes d’un système trop élitiste. « Le haut niveau ce n’est pas qu’une histoire de potentiel physique ou de classe, tempère Philippe Dupont, manager national du demi-fond de 2009 à 2017. Pour moi, le talent c’est le physique et le mental. Le haut niveau, c’est avoir la volonté farouche et en même temps raisonnée de vouloir arriver tout en haut. Le meilleur exemple est Mahiedine (Mekhissi). A partir du jour, où il a décidé de faire du haut niveau, il n’a jamais dévié de son chemin. »

Des chemins qui ont pourtant, depuis plusieurs années, été rendus de plus en plus escarpés (mis à part en 2017) avec des minima toujours plus élevés. « L’objectif à l’époque était de faire une sélection en équipe de France, avance Maillard. Mais pour des athlètes non professionnels, on ne pouvait qu’envisager des épreuves de seconde zone comme les Jeux Méditerranéens ou le DécaNation. Et encore, quand tu n’étais pas doublé par un autre athlète qui était pistonné. » « La politique de ne sélectionner que des futurs médaillés ça se comprend mais ce n’est pas la mienne, continue Leroy. Quand tu vois l’Anglais (Kyle Langford) qui fait 4e à Londres (en 1’45’’25). Son record n’était pas extraordinaire avant Londres (1’45’’45). C’est l’exemple type. Il n’a rien de plus qu’un Dahmani (Samir), un Selmouni (Sofiane) ou un Lusine (Aymeric). Pourquoi Lusine n’a pas pu courir cette année en Diamond League à Paris ou Monaco ? Cela aurait pu l’aider. La Fédération fait des petites erreurs à ne pas envoyer des gens comme ça.  »

Quel avenir pour les jeunes ?

Des propos qui trouvent une résonance chez Philippe Dupont. « C’est facile de dire que les minima sont trop durs mais j’acquiesce un peu. A un moment donné, on a été dans une volonté trop forte d’aller vers des minima durs. »

Une politique qui s’est certes adoucie pour les seniors, mais qui s’est durcie chez les jeunes, de quoi peut-être continuer à voir disparaître des talents. « Pour faire 1’48 en juniors (minima pour les Europe cette année), tu es obligé de t’entrainer comme un senior, explique Brice Leroy. J’espère que les jeunes ne vivront pas ce que j’ai vécu. D’être bloqué à 1’47 – 1’46 et de ne pas avoir accès aux meetings. » « La réalité c’est que si on n’est pas à ce niveau là en juniors, on ne fera jamais de haut niveau, juge Patrice Gergès, le directeur technique national. On fait ça pour développer une vraie culture de l’entrainement. Sinon la marche est trop haute entre les années juniors et les seniors. Le haut niveau est tellement exigeant qu’il faut rentrer au plus vite dans cette culture. Ceux qui arrêtent, c’est qu’ils ne sont pas faits pour le haut niveau. »

Leroy mise sur Robert, Lusine, Houyez

Pour Florent Maillard ou Brice Leroy, le haut niveau est donc derrière. « Je ne regrette pas du tout mon choix, assume Maillard. Maintenant je me fais plaisir en VTT (à un niveau national) même si j’ai repris une licence en athlétisme à Mouy ATTAC (60) pour faire quelques petites courses natures. » « Je suis fier de ce que j’ai fait, avoue de son côté Leroy. C’est ça qui m’a permis de passer à autre chose. L’athlétisme ne m’a pas manqué. En fait, la vie est plus belle sans tout cet entrainement. »

Entraineur au sein (en plus de son travail) du club du Tarbes Pyrénées Athlétisme, Brice Leroy garde néanmoins un œil aiguisé sur sa discipline. « J’espère que les jeunes pourront s’exprimer au plus haut niveau. Je mets une pièce sur les Aymeric Lusine (1’46’’08 à 22 ans), Benjamin Robert (1’47’’98 à 19 ans) ou encore Hugo Houyez (1’48’’36 à 21 ans). On devrait pouvoir avoir plusieurs mecs en 1’45 dans les prochaines années. »

Et on espère moins de déçus.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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