Mateo Sossah

Après avoir été international au décathlon, Mateo Sossah vient de lancer une application pour smartphone.

 

International au décathlon, Mateo Sossah s’est retiré des pistes depuis 2013 pour assouvir sa passion des nouvelles technologies et se lancer dans l’aventure start-up.

Tout avait plutôt bien commencé pour le Lillois. Décathlète au physique impressionnant (194 cm pour 91 kg), Mateo Sossah a été le premier de la génération actuelle (Gaël Quérin, Florian Geffrouais, Bastien Auzeil ou un poil plus jeune Kevin Mayer) à franchir la mythique barre des 8 000 points sur les dix travaux. Une prouesse de 8 044 points réalisée dès l’âge de 21 ans du côté des Etats-Unis en 2009.

Une année dorée pour l’athlète du Lille Métropole athlétisme puisqu’il ajoutera dans sa besace une médaille d’argent aux Championnats d’Europe espoirs et une qualification aux Championnats du monde seniors de Berlin (29e). « Après une saison blanche en 2008, j’ai vu dès les Championnats de Conférences, où j’avais battu mon record en longueur de vingt centimètres, qu’il y avait quelque chose à faire. Je fais 7 821 points (à Coral Gables aux Etats-Unis) dès mon premier décathlon et ensuite je passe la barre des 8 000 points lors des championnats nationaux (à Fayetteville). C’est la seule fois où j’ai fait plus de 8 000 points. C’était un décathlon bien optimisé avec des performances proches de mes records, voire meilleures. »

Berlin, la compétition de trop

Un état de grâce que le décathlonien ne retrouvera plus, du moins en compétition. Exténué après une saison 2009 commencée dès le mois d’avril, il explose aux Championnats du monde de Berlin, saturé par tant d’épreuves. « Repartir sur les Monde seniors a été vraiment dur. J’étais éclaté. Il fallait racler le pot pour trouver de l’énergie. Après ça, il n’y avait plus l’envie. »

Dans la foulée de son été gargantuesque, il enchaîne avec un hiver probant et un heptathlon record à 5 886 points. Mais, derrière, sa tête n’a pas suivi. « Après 2009, il me restait deux années d’études aux Etats-Unis. Quelques petits trucs se mettaient encore en place au niveau technique. Cela m’a permis de consolider le niveau que j’avais atteint en 2009 (7 667 pts en 2010 et 7 870 pts en 2011). Mais il y avait un truc qui manquait. Pendant deux ans il n’y avait plus cette niaque. C’est en revenant à l’INSEP que j’ai retrouvé la motivation. »

Son Bachelor en business de l’université de Chapel Hill (Caroline du Nord) en poche, Mateo Sossah rentre en France et décide d’intégrer le groupe de Sébastien Levicq à l’INSEP, où figurent également Antoinette Nana-Djimou et Mattias Cerlati. Il retrouve l’envie et son évolution reprend son ascension. Le sommet est annoncé pour août 2012 et les Jeux olympiques de Londres. Mais à la fin du mois d’avril, le Lillois décroche. La faute à une fissure au tendon d’Achille contractée à un entraînement de hauteur. « C’est l’année où j’ai été le plus fort. J’avais vraiment progressé en technique. Je sentais qu’il y avait quelque chose de bien à faire. Avec un décathlon optimisé je pense que j’aurais pu faire 8 200-8 300 points. J’ai été dévasté de ne pas pouvoir montrer ce que je valais à ce moment-là. »

La blessure de trop

Etudiant à l’ESSEC, prestigieuse école de commerce, depuis son retour en France, il décide, à la suite de son échec olympique, de se donner une année off pour tout tenter. En vain. « J’ai pris une année off après les Jeux car ma blessure était arrivée à cause de mes allers-retours entre l’INSEP et Cergy-Pontoise (site de l’ESSEC). Je faisais souvent mon aérobie dans la ville de Cergy pour éviter de perdre du temps en me rendant sur Paris. Le bitume et le manque de soins ont joué sur mes tendons. Mais c’était trop tard. J’aurais dû faire ça en 2012 en disant que je voulais être interne à l’INSEP. »

La saison 2013 marquera ses dernières apparitions sur les épreuves combinées. « J’ai stoppé le haut niveau depuis l’été 2013. J’ai continué après les Jeux pour ne pas lâcher. Mais je me suis blessé au coude. Mon corps faisait le domino. Je me suis donc dit qu’il était temps de me consacrer à ma carrière professionnelle. Si je ne m’étais pas blessé en 2012, je serais reparti peut-être sur quatre ans. Mais cette blessure et celle juste après, ça m’a fait dire stop.»

Fini les pointes et les pistes, place aux start-ups. Très intéressé par les nouvelles technologies, Mateo Sossah enchaîne les stages chez Canal Plus puis chez Facebook, avant de dégoter un CDI de huit mois dans la start-up Dubsmash (créateur de l’application du même nom) à Berlin. « Quand j’ai eu cette opportunité je me suis dit « why not ?» (« Pourquoi pas ? » en anglais). Ma vie est de toute façon faite de “why not ?“. »

C’est effectivement la même chose qu’il s’est dit quand, juste après l’obtention de son baccalauréat, il s’est retrouvé à partir aux Etats-Unis pour concilier études et sport. « A l’époque, on recevait des convocations d’organisme pour aller étudier aux Etats-Unis. Mes amis en avaient reçues mais pas moi. Par curiosité j’ai contacté l’organisme et toutes les démarches se sont faites jusqu’au jour où il m’ont dit de payer 2 000 euros pour valider mon dossier et partir. »

« J’ai envie d’aller dans la Silicon Valley »

Un choix qu’il n’a pas regretté et qui lui permet aujourd’hui d’entrevoir son avenir professionnel avec appétit. Car, depuis son retour de Berlin, Mateo Sossah n’a qu’une seule idée en tête : développer Batling, l’application qu’il a inventée (voir par ailleurs). « Grâce à mes études, j’ai pu apprendre des choses que je n’aurais peut-être pas connues en venant de mon milieu social et en restant dans le sport. J’ai commencé à m’intéresser à l’entrepreneuriat. En athlétisme aujourd’hui, il n’y a rien qui me donne envie de m’investir à 100 % alors que je suis à 200 % sur mon application. En fait, mon état d’esprit actuel est le même que lorsque j’étais cadet en athlétisme où j’avais envie d’aller aux championnats du monde. Là, j’ai envie d’aller dans la Silicon Valley. Je veux être parmi les meilleurs. »

Mais même s’il s’est éloigné des tartans, il garde un œil sur l’athlétisme et notamment sur ses potes du décathlon. « Avec Gaël (Quérin) on a commencé ensemble à l’ASPTT Lille. On s’est toujours disputés les premières places. Quand je le vois lui et les autres, j’aurais aimé être à mon top aujourd’hui et être avec eux. Mais je ne suis plus dans le même moove. »

Son moove aujourd’hui c’est celui des applis. Et quand à la réussite de Batling ? Il n’y a qu’une réponse possible : Why not ?

L’application pour faire rire
Après plusieurs stages dans ce domaine, Mateo Sossah a décidé de lancer Batling, sa propre application pour smartphone. « Mon idée est de faire une application basée sur l’humour. Des gens publient sur un fil d’actualités et les autres utilisateurs de l’application peuvent voter s’ils trouvent la publication marrante ou non. Le tout sous couvert d’anonymat. On ne sait pas si la publication qu’on like a fait le buzz ou non. Cela permet à tout le monde de poster et de tenter de faire le buzz. J’ai été aidé au départ par des designers. Je suis actuellement en formation intensive à l’école de développement Web Le Wagon  pour être complètement autonome. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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