Athlète britannique vivant à Melbourne en Australie, Nick Earl vient de battre ses records sur 5 000 (14’18″07) et 10 000 m (29’58″29). Pourtant, il y a un an et demi, il n’était même pas capable de finir un 5 000 m en moins de 17’30. 

Je me tiens sur la ligne de départ, le 12 avril 2014 lors de la final AV Shield (équivalent de la finale interclubs en France) au Lakeside Stadium de Melbourne, prêt à m’élancer pour un 5 000m. Avec un meilleur chrono cette saison en 16’22, réalisé trois mois plus tôt, et des sensations de pire en pire à l’entraînement, ma confiance est au plus bas. Je repense aux jours glorieux de 2012, en Angleterre, où j’avais explosé la barrière des 15’ en réalisant 14’41, avant de déménager pour Melbourne. Et je me demande: « mais qu’est-ce qui a bien pu m’arriver ? »

Le starter retentit et je m’élance, calé au milieu du peloton de 35 coureurs, lancé sur une allure de 1’18 au 400 m (bien loin de mon record !). Et, alors que les tours défilent, la sensation habituelle « d’exploser » pointe le bout de son nez. Je perds mon rythme et m’éteins petit à petit, me faisant même prendre un tour par un bon paquet de coureurs et je finis dernier et exténué en 17’44 !

« Ma carrière d’athlète est terminée ! Est-ce que je ne devrais pas arrêter de courir ? Je ne peux pas arrêter ! Qu’est-ce que je ferais de ces une à deux heures de libre par jour ? »

Mais comment expliquer cette chute des performances et ces sensations en course ? Je ne pouvais pas mettre le doigt sur une quelconque explication et décidais donc de googler ça ! « Pourquoi suis-je devenu si lent ? » me sembla une bonne recherche pour commencer.

« Tu devrais passer tes journées à dormir plutôt que de courir »

Nick Earl Melbourne UniGoogle me dénicha plusieurs raisons possibles, parmi lesquelles l’asthme, des modifications dans l’entrainement, ou encore un changement de climat en Australie. Mais aucune de ces raisons ne pouvait expliquer une telle régression. Quelques personnes m’avaient parlé de carence en fer, mais Google m’informa que cela ne concernait que les adolescentes, et pas un mec de 29 ans.

Ma sœur, médecin généraliste, m’expliqua elle aussi qu’une carence en fer ne pouvait pas être due à l’entrainement, que tout ça n’était que des grosses conneries. J’en ai quand même parlé au médecin du club d’athlétisme, et il était lui aussi sceptique. Mais il me suggéra d’arrêter l’entrainement et de faire une prise de sang. Quelques jours après la prise de sang, le docteur m’appela et me lança en riant : « Mec, tu es sérieusement anémié ! Tu devrais passer tes journées à dormir plutôt que de courir des cinq bornes! » Avec une ferritine à 5ng/mL et un taux d’hémoglobine de 88g/L, j’avais le sang d’un patient atteint de cancer, mais pour moi c’était une bonne nouvelle ! J’avais enfin une réponse.

J’ai commencé par prendre du fer sous forme de cachets, mais étant donné mon niveau très bas d’hémoglobine, j’ai eu le droit à une injection à l’hôpital St Vincent de Melbourne. Le docteur était toujours sceptique sur l’idée d’une anémie provoquée par l’entrainement, il a donc continué à chercher toutes les raisons médicales pour lesquelles je pouvais être anémié. J’étais balancé de spécialistes en spécialistes, mais aucun d’eux n’a trouvé d’explication. Je me suis donc auto-diagnostiqué une anémie provoquée par le surentraînement, et j’en ai déduit que c’était le diagnostique à privilégier lorsque toutes les autres explications médicales étaient écartées.

En quelques jours, la transformation était incroyable. Mes allures en footing étaient environ quinze secondes plus rapides au kilomètre que la semaine précédente, et ma motivation était au plus haut. Je suis retourné en Angleterre au mois de juillet pour voir ma famille et j’y ai couru un autre 5 000m à Oxford. Seulement trois mois après mon résultat désastreux à la finale AV Shield, j’ai fait 14’46 et remporté la course C, près de trois minutes plus vite et cela semblait tellement plus simple !

L’objectif des moins de 30’

Mes entrainements étaient en progression constante et je me sentais invincible ! La question était désormais : « jusqu’où je peux encore progresser ? » Depuis mon premier 10km en 2007 à Londres (36’30), je me suis toujours demandé si je serais jamais capable de réaliser moins de 30’, et c’est devenu l’objectif ultime. J’avais mis cet objectif largement de côté pendant la désastreuse saison de 2013/2014 mais, en 2015, je me suis inscrit au 10km de Albert Park à Melbourne, et je suis parvenu à accrocher le groupe de tête jusqu’à 500 m de l’arrivée, terminant en 30’11. Plus que onze secondes à gagner.

Ce chrono me qualifia pour le légendaire 10 000m de Zatopek, le 5 décembre 2015. A la lecture de la start-list, je réalise ce dont je me doutais déjà : je suis le plus lent des athlètes inscrits et le seul à ne jamais avoir brisé la barrière des 30’. Ma tactique de course est donc toute choisie : m’accrocher au paquet aussi longtemps que possible, en espérant que l’allure ne sera pas trop suicidaire. Je serre les dents jusqu’au neuvième kilomètre, passé en 27’05. Je sais alors que c’est possible. La cloche sonne en 28’52. Je dois finir en 1’07 le dernier 400m. Je donne absolument tout ce qui me reste et en approchant de la ligne d’arrivée, le seul chiffre que je peux voir sur le chrono est le 2, tout à gauche. Je me dis : « s’il te plait ne change pas ! » A dix mètres de l’arrivée, je vois 29’56 et je sais alors que JE L’AI FAIT ! J’ai terminé en 29’58″29 et j’ai célébré ce chrono, alors même que je finissais avant dernier, plus de deux minutes derrière le premier. Je m’en fichais, j’avais gagné ma bataille contre la montre !

Conseil d’athlète

L’entrainement peut provoquer carence en fer et anémie, et cela peut arriver à n’importe qui. Une mauvaise forme inexplicable ? Faîtes une prise de sang.

Nick Earl saut

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Collaboratrice chez Track and Life.

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  1. MontN
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    Et bien moi ça ne me choque pas, et sans être une spécialiste, je crois que la première idée qui me serait venue est l’anémie. Bon, je suis loin des 30′ aux 10km, et je suis bien une femme de moins de 29 ans, mais avant la course, je n’avais jamais eu de soucis. En m’y mettant il y a 2 ans à raison de 4-5 entrainements par semaine, j’ai une carence en fer tous les 6 mois. Ce diagnostic ne me surprend donc guère, et c’est une véritable cause de baisse des perfs, sans être une fausse excuse ou une régression sportive! Vive les cachets!

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