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A l’arrivée de son premier marathon, Hassan Chahdi a vite retrouvé le sourire.

 

Nous avons suivi Hassan Chahdi, double champion de France de cross en titre, pour son premier essai sur marathon, à Rotterdam. Reportage.

Ce samedi 9 avril, nous retrouvons Hassan Chahdi à l’hôtel Hilton, camp de base du marathon de Rotterdam. Le champion de France de cross vient de finir son activation de vingt minutes sur l’artère principale de la ville, aux côtés de son père, Lahcen, qui est arrivé le matin même avec Ilham, l’une de ses filles. « Je n’avais pas prévu de courir », sourit-il. Dans le grand hall du luxueux établissement, le manager Riad Ouled attend son poulain. Il vient de participer au briefing d’avant course et veut régler les derniers détails du lendemain. « Surtout Hassan, tu restes dans le groupe jusqu’au 35-37e kilomètre, lâche Ouled. Tu te caches, je ne veux pas te voir ! »

Riad Ouled aux petits soins

Hassan rigole. Il est vrai qu’il aime prendre les devants. Deux semaines auparavant, on l’a vu venir titiller Mo Farah sur les premiers kilomètres du Championnats du monde de semi-marathon à Cardiff (finalement 19e en 1h03’30). « J’ai l’habitude de prendre de bons départs pour me mettre en confiance. Là, je vais partir prudemment. Il faudra juste penser à se relâcher. »

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En cette veille de marathon, Riad Ouled et Hassan Chahdi repèrent les dossards des lièvres et des adversaires.

 

Pour le relâchement hors compétition, Hassan Chahdi peut compter sur son manager, un temps deuxième père, grand frère ou même caddie. Après le repas vite avalé en compagnie des Ethiopiens Tsegay Kebede (record : 2h04’38) et Ayele Abshero (2h04’23), il est temps de préparer les gourdes prévues pour les ravitaillements du lendemain. Dans la chambre que partage Hassan avec sa femme Sonia, Riad Ouled agit avec minutie. Les huit gourdes sont alignées (les ravitaillements ont lieu tous les 5 km) avant d’être remplies avec soin. « Tu mets quelle quantité habituellement ?», demande Riad en parlant de la boisson de récupération à mélanger. « Je ne sais pas trop, peut-être la moitié », répond Hassan, un brun moqueur.

Il faut dire que pour une première, le vice-champion d’Europe de cross 2012 semble détaché. « Je n’appréhende pas trop. Je pense que je n’aurai pas de problèmes pour courir aux allures (3’06 au kilomètre). La seule question qui se pose c’est de savoir comment ça va se passer sur la fin, au niveau physique. »

Pas prêt pour les 2h11

Pour cette question, il faudra attendre le lendemain. Pour l’heure, les inquiétudes se portent sur l’absence de Jean-Claude Vollmer, l’entraineur de Chahdi à l’INSEP. Gêné par la circulation et un GPS entêté, le coach arrive finalement sur les coups de 21h30. Juste le temps de prendre des nouvelles et de livrer à son élève un petit gadget en forme de gélule à avaler. « Ca va nous permettre de relever toutes les variations de températures corporelles d’Hassan pendant sa course. Il suffit de l’avaler comme un cachet et ensuite, via un transmetteur, on peut enregistrer toutes les informations. »

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Hassan Chahdi et sa femme Sonia écoutent attentivement les conseils de Riad Ouled dans leur chambre.

 

Un entraineur qui en connaît un rayon sur le marathon et qui est curieux de voir son nouveau cobaye à l’œuvre. « Il n’a pas eu une préparation optimale pour viser les 2h11, admet Vollmer. Il lui manque pas mal d’entrainements, mais c’est normal. Il débute sur la distance. Mais il a de belles facultés, on va voir ce que cela donne. »

Impasse aux marathons de Francfort et Dubaï

Dans tous les cas, quand le réveil sonne à 6h30, Hassan Chahdi a dans la tête les minima olympiques (2h11). Il est venu pour ça, quitte à se brûler les ailes. Deux tranches de pain, un café et le voilà dans la dernière ligne droite. Les ravitaillements ont été déposées à la consigne. Pendant ce temps, les Kops de supporters se préparent. Alors que Sonia et Lhacem ont choisi le métro pour encourager leur champion, le coach enfourche son vélo pour distiller les temps de passage, Riad Ouled accompagne quant à lui son protégé jusqu’au dernier moment, avant de rejoindre l’hôtel et suivre la course à la télévision.

Jean-Claude Volmer

Jean-Claude Vollmer a tenté de distiller de précieux conseils à son athlète sur le parcours.

 

Escortés jusqu’aux sas, les champions ont encore vingt minutes pour chauffer leurs moteurs avant le grand départ, sous un beau soleil. A 10h pétante, la cavalerie est lâchée. Hassan Chahdi a donc attendu le 10 avril et Rotterdam pour se lancer sur les 42,195 km après avoir renoncé aux marathons de Francfort (fin octobre) et Dubaï (en janvier). « En début de saison je n’étais pas prêt, je n’avais pas la motivation, glisse-t-il. Puis j’ai attrapé une mononucléose juste avant la sélection pour les Championnats d’Europe de cross en novembre. Derrière, j’ai dû observer quatre semaines de repos et j’étais trop juste pour Dubaï. »

Le 40e kilomètre en 4’40

Rotterdam et son parcours estampillé quatre étoiles doivent donc lui permettre de faire une entrée fracassante dans le grand bain du macadam. Bien calé dans le deuxième groupe, il suit le tempo dicté par les trois lièvres : 15’19 (5 km), 30’51 (10 km), 46’22 (15 km), 1h05’21 (semi-marathon), 1h17’30 (25 km). « C’est parfait Hassan, harangue Jean-Claude Vollmer au passage du peloton. Tu es parfaitement dans l’allure ! Pense à te relâcher. » Toujours dans le coup au 30e kilomètres (1h33’07), l’athlète de l’EA Centre Isère, peut commencer à penser aux paroles de son pote Morhad Amdouni (international Français) lâchées la veille par téléphone, en provenance d’Afrique du Sud, où il est en stage. « Après le 30e, quand ça va devenir dur, pense à Rio », lui glissait-il.

« Quand le lièvre s’est retiré au 25e kilomètre, deux athlètes de mon groupe ont mis des attaques, explique Chahdi. Je les ai suivis jusqu’au 37e kilomètre. » Ensuite, le Rhônalpin d’origine a rencontré le mur, un vrai, bien haut et bien pentu. « C’a été dur d’avancer sur la fin. Mes muscles étaient durs, des chevilles aux adducteurs. » Quasiment à l’arrêt au 40e kilomètre, parcouru en 4’40, Hassan Chahdi pense même à l’abandon avant de se reprendre en entendant les encouragements d’un entraineur pour un athlète le doublant. « Il fallait que je termine, ça me servira pour plus tard. Et 2h16 (2h15’57), ce n’est pas rien non plus ! »

Hassan Chahdi

Hassan Chahdi a connu le fameux mur du marathon à partir du 37e kilomètre.

 

Prendre le temps

Grimaçant dans la dernière ligne droite, Hassan Chahdi retrouvait vite le sourire une fois la ligne franchie malgré l’effort violent. Seule sa démarche un peu bringuebalante pour se rendre au contrôle anti-dopage prouvait qu’il venait de parcourir 42,195 km à plus de 18,6 km/h. Une fois son devoir accompli, il pouvait retrouver son fan club, dont Julien Calandreau, ex-partenaire d’entrainement et local de l’étape. « Je suis vidé mais content, lâche-t-il. Ca permet de relativiser les performances. Car, parfois, on peut se dire que 2h15 ce n’est pas si bien. Mais il faut déjà les faire. »

Et les faire pour une première annonce le talent du garçon, chose dont ne doute pas son entraineur. « J’en ai vu des athlètes, et je suis sûr qu’il fera moins de 2H10 avec les qualités qu’il a, avance Jean-Claude Vollmer. Mais il faut y aller progressivement. Il ne peut pas du jour au lendemain faire des bornes et des bornes. Là, il n’avait jamais fait plus de 1h20 de sortie à haute intensité. Il faut prendre son temps. » « Le marathon, ça se fait avec le temps, conclue Chahdi. C’est un effort qui me correspond. J’y suis arrivé un peu plus tôt que prévu mais je savais que j’allais finir sur cette distance. »

Déjà qualifié pour les Championnats d’Europe de semi-marathon où il pourra viser un podium, Hassan Chahdi devrait retrouver le marathon l’année prochaine, son coach préférant le voir récupérer et éviter de retourner au charbon dès le mois d’octobre.

Pour l’heure, place au repos pour le nouveau finisher qui aura le pas un peu lourd aujourd’hui (lundi 11 avril) pour rejoindre son stage à l’hôpital, en ergothérapie.

 

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La veille de son marathon, Hassan Chahdi avait fait l’activation avec son père Lahcen.

Hassan Chahdi

Dans la chambre d’appel, l’heure est à la concentration.

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Courant pieds nus dans ses baskets, Hassan Chahdi décide de protéger ses pieds avec des pansements juste avant le départ pour l’échauffement.

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Jusqu’au 37e kilomètre, Hassan Chahdi est resté sagement au sein du deuxième peloton.

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Grâce à une gelule avalée avant la course par Hassan Chahdi, Jean-Claude Volmer a pu analyser les variations de température de son athlète pendant la course.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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