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Damien Inocencio remontre son saut à Jie Yao, l’un de ses athlètes chinois lors d’une séance d’entrainement à la salle Marie Curie de Nogent-sur-Oise (60).

 

Responsable de la perche chinoise, le Français Damien Inocencio parcourt la France et le monde avec comme objectif de développer cette discipline dans l’Empire du Milieu.

Lorsqu’il a commencé à entrainer des jeunes au club de Clermont en 1998, Damien Inocencio ne pouvait pas imaginer qu’en août 2016, il rentrerait dans le stade olympique de Rio (Brésil) en tant que coach de la délégation chinoise. Car avec sa victoire au Perche Elite Tour d’Orléans (5m81), le Chinois Changrui Xue a déjà réalisé les minima pour Rio. De quoi lancer parfaitement la saison du trio (Yao Jie et Bokai Huang complètent le groupe) entrainé par Damien Inocencio, coach de Renaud Lavillenie jusqu’à son titre olympique en 2012.

Pourtant, les conditions d’entrainement de la petite troupe ne sont pas des plus faciles. Basé en France la plupart de l’année, le groupe avait élu domicile à Clermont-Ferrand en 2014, avant de migrer à Lyon la saison passée. De retour en Auvergne en septembre, ils n’ont plus accès à la salle clermontoise depuis ce vendredi (15 janvier). « On avait les accès à la salle de Clermont-Ferrand jusqu’à vendredi, explique Damine Inocencio. Vendredi, on a fait une initiation perche à Orléans dans un collège où le chinois est enseigné. Puis, après la compétition de samedi, on avait quatre jours avant de se rendre aux Pays-Bas. L’idée était de faire un truc un peu progressif pour casser les routines des athlètes. En venant à Nogent-sur-Oise et Compiègne, les athlètes peuvent s’entrainer avec d’autres gens. Je ne voulais pas rester un mois complet aux Pays-Bas. Car ensuite on part jeudi à Zoetermeer (Pays-Bas) pour une compétition avant d’enchainer des meetings en Allemagne et en Belgique. »

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Damien Inocencio (à gauche) a répondu positivement à l’invitation de Laurent Hernu pour venir s’entrainer dans l’Oise.

Invité par Laurent Hernu (ex-international français et entraineur dans l’Oise), Damien Inocencio a donc participé à plusieurs séances du groupe d’entrainement isarien que ce soit à la salle Marie Curie de Nogent-sur-Oise ou au stade Paul Petitpoisson de Compiègne. « Ca permet à mes athlètes de voir du monde, de découvrir le milieu de la perche française. Le gros problème des Chinois, au niveau culturel, c’est qu’ils restent entre eux. Ils ont des difficultés pour s’ouvrir aux autres. »

Une problématique que le Clermontois a appris à connaître depuis son arrivée à la tête de la perche chinoise à la fin de l’année 2013. « Quand Renaud (Lavillenie) est parti (septembre 2012), les Chinois m’ont fait une première proposition. On avait déjà été en contact sur des compétitions et des stages. A l’époque, j’avais un projet avec la Fédération française. Mais celui-ci s’est arrêté à la fin de 2013. Et quand les Chinois sont revenus à la charge j’ai accepté. »

En collocation avec l’ex-entraineur de Mike Powell

Un choix qui le mène plusieurs fois par an à Pékin où il travaille dans une structure de très haut niveau. « J’ai plus de moyens que quand j’entrainais Renaud. Mais j’ai aussi plus de problèmes, rigole-t-il. Je suis head coach donc il y a souvent des tensions à gérer avec les autres entraineurs. Mais c’est une grosse machine avec une équipe très complète composée d’Américains, d’Australiens, de Néo-Zélandais et de Canadiens. Je partage d’ailleurs ma chambre avec Randy Huntington (l’ex-entraineur de Mike Powell, le recordman du monde de la longueur, 8m95). On échange beaucoup, c’est très enrichissant. »

Une importante structure qui continue de s’améliorer. « Au niveau du médical, ils ne fonctionnent que avec leur médecine. La saison passée on a dû attendre deux mois pour diagnostiquer une fracture du pied à Changrui Xue car ils ne veulent pas faire de radios. Maintenant, je fonctionne avec des Américains et c’est beaucoup mieux. »

Un partage d’expérience qui lui permet de faire progresser ses ouailles. « On vient de loin. En 2015, il y a eu seulement 17 mecs dans toute la Chine qui ont fait plus de 5 mètres. Quasiment l’équivalent de l’Auvergne. Il n’y a pas la culture perche en Chine. C’est là que je dois travailler pour développer la masse. »

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Bokai Huang, Jie Yao et Changrui Xue (de gauche à droite) sont les trois athlètes chinois dont s’occupe Damien Inocencio.

Une culture perche qu’il représente à merveille, en tant que Français, pays berceau de la discipline. « Nous les Français on joue à la perche. Eux (les Chinois), ils sont arrivés à la perche parce qu’on leur a dit d’en faire. Ce sont des machines en athlétisme mais ils n’ont pas cette culture perche. Par exemple, la saison dernière, un athlète a piqué et il a été renvoyé sur le tartan. Comme il n’était pas préparé à ça, il s’est agrippé à sa perche et il est retombé lourdement sur le sol. Il a compris qu’il ne contrôlait pas tout. Il faut leur apprendre à jouer tout en gardant leur rigueur chinoise. Il faut leur ajouter un grain de folie, car le perchiste est fou. »

D’autres pays s’intéressent à lui

En contrat avec la Fédération chinoise jusqu’en décembre 2017, le Clermontois aborde les Jeux olympiques de Rio sans aucune pression. « Quand on a goûté au titre olympique on a envie d’y regoûter. Mais je n’ai pas la prétention de dire que je vais prendre des mecs et les amener en quatre ans au titre olympique. Aller en finale ce sera déjà un exploit. Je vais déjà essayer de qualifier les trois. Mais ensuite tout peut arriver. Quand j’entrainais Renaud, je lui disais que “tout peut arriver en compétition, qu’on pouvait se faire battre par n’importe qui“. Maintenant, j’entraine n’importe qui, donc je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas battre les autres. »

Ensuite, Damien Inocencio aimerait se rapprocher de la France car « je suis un entraineur français et je ne veux pas que la perche française se fasse battre par les autres ». Un retour pour le moment en pointillé puisque la Fédération chinoise serait intéressée pour le conserver alors que d’autres fédérations lorgnent sur ses compétences. Mais dans tous les cas, il fera ce qu’il a envie car il le rappelle : « la perche c’est ma passion. Je n’ai jamais pensé être entraineur professionnel. Je suis jusqu’au-boutiste et donc des fois c’est compliqué car c’est ton métier et qu’il y a des contraintes. Je ne suis pas là pour faire des concessions politiques. »

Elu formateur de l’année par la Fédération française en 2008, Damien Inocencio pourrait devenir entraineur chinois de la saison si, à Rio, Changrui Xue, ou un autre de ses athlètes créent la surprise.

Structure d’accueil pour le haut niveau
A terme, Damien Inocencio aimerait développer une structure d’entrainement en France. «J’aimerais créer un lieu où on puisse accueillir des athlètes du monde entier. Parce que les Américains, les Australiens, les Brésiliens ou les Chinois, quand ils viennent faire leurs saisons européennes, ils ont besoin d’en endroit où s’entrainer. Il nous manque en France une structure où il y aurait des caméras, des testeurs de vitesse, où les athlètes pourraient effectuer des check-up ou venir pour des stages. Une structure plus professionnelle qui pourrait nous permettre à nous, Français, de continuer à briller au niveau mondial en ouvrant nos yeux sur les autres. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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