Cyrena Samba-Mayela

Cyrena Samba-Mayela s’entraine depuis cette saison avec Ladji Doucouré.

 

Entrainée depuis le début de la saison par un certain Ladji Doucouré du côté de l’INSEP, la vice-championne du monde cadettes du 100 m haies est passée dans un nouvel univers. Comme d’autres, elle est aujourd’hui l’une des athlètes attendues pour les Jeux olympiques de Paris en 2024. Une épopée que Cyrena Samba-Mayela regarde de loin, elle sur qui tout semble couler, bien encadrée par sa structure personnelle. Rencontre.

En cette fin du mois de novembre, l’INSEP grouille de groupes d’entrainement. Parmi eux, dans un coin de la Halle Maigrot mal éclairée, on retrouve la jeune Cyrena Samba-Mayela en pleine séance. L’athlète de 17 ans enchaine les passages de haies rythmés devant son nouvel entraineur Ladji Doucouré, qui, tablette à la main, ne manque pas une miette de sa prestation. Et alors que Doucouré débriefe le dernier passage avec son pote et ex-collègue de l’équipe de France Kafétien Gomis, Samba-Mayela a le droit à quelques mots de Renaud Longuèvre, passait ce jour-là en coup de vent.

Il faut que tout soit carré

Un aperçu de son nouveau quotidien, qu’elle découvre depuis le mois de septembre, après avoir été formée à l’AC Paris-Joinville par Albertine Koutouan. « Ce n’est jamais simple de changer de coach, lâche-t-elle. Je me suis dit qu’il fallait que je revois mes priorités cette année. Qu’il fallait peut-être que je me mette dans une sphère plus sérieuse. J’en ai profité pour faire un changement. Et comme c’est l’année du BAC, il fallait que tout soit carré. »

Pour que ce soit carré, l’athlète peut compter sur sa structure construite autour d’elle par le recordman de France du 400 m Leslie Djhone et Baba Samangaray, un athlète de niveau national. « Quand ils sont jeunes comme ça, ils peuvent vite perdre les pédales, explique Samangaray. On revient d’un championnat, on fait une médaille, tout le monde vient te parler, tout le monde est gentil. On ne se méfie pas trop. On a connu beaucoup d’athlètes forts chez les jeunes, qu’on n’a plus vus chez les seniors. On veut les protéger, les préserver et leur apprendre à gérer. La seule chose qu’on leur demande c’est d’être pro dans leur sport, d’assurer à l’école et nous on fait le reste derrière. »

Une saison 2017 incroyable

Car il faut dire que leur pépite a pris un sacré envol depuis un an. Vice-championne du monde cadettes et double recordwoman de France (8’’10 en salle sur 60 m haies, 12’’98 sur 100 m haies avec des haies à 76 cm), Cyrena Samba-Mayela a également terminé la saison au cinquième rang des bilans nationaux sur les haies à 84 cm avec un chrono de 13’’22 en étant encore cadette. Bluffant ! « Je pense avoir rempli tous mes objectifs l’année dernière, explique-t-elle d’une voix posée. Les premiers objectifs étaient les records de France, avant même de penser aux Championnats du monde. Et ensuite, on a visé le podium aux Mondiaux cadets. Je suis très contente de ma saison et j’espère que les performances vont continuer de s’accumuler. »

Pour cela, la championne en herbe a donc décidé de changer de braquet pour se retrouver avec Ladji Doucouré, champion du monde 2005 sur les haies et neo-entraineur. « J’essaie de retenir tout ce qu’il me dit. Je sais que j’ai beaucoup à apprendre avec lui, sachant qu’il a l’expérience et qu’il vient juste d’arrêter. C’est encore frais. Il ne faut pas que je le déçoive. Donc j’ai l’envie. »

Des exemples comme Sandra Gomis

De l’envie, il lui en faudra puisque son rythme d’entrainement a pris du volume depuis quelques semaines. « Ses entrainements ont changé, elle s’entraine plus qu’avant, résume Baba Samangaray. Quand tu es cadette, tu ne t’entraines pas comme en juniors. Là, elle fait des trucs qu’elle ne faisait pas avant. C’est beaucoup de foncier, des trucs dont elle n’avait pas spécialement l’habitude. Elle était dans un groupe de club. Là, il fallait qu’elle évolue, qu’elle ait des concurrentes. »

Dans un groupe où elle côtoie les internationales Sandra Gomis et Aisseta Diawara, la jeune hurdleuse a de quoi s’inspirer. « C’est important d’être avec les autres filles. Ladji me dit de regarder comment elles font pour m’inspirer de leurs gestes. Ce sont vraiment tous des exemples pour moi. »

Un pas vers la professionnalisation

Prendre exemple et tisser son propre chemin, une devise que ses conseillers lui inculquent et qui semble être presque naturelle chez elle, tant, malgré son jeune âge, elle dégage déjà cette assurance des grands. « Quand il faut travailler il faut le faire. C’est vrai qu’on vient petit à petit dans le monde du haut niveau. J’essaie d’aller chercher ce sérieux même si je reste évidemment dans la passion. Quand il y a des objectifs, il faut aller les chercher. »

Un cheminement qui lui a fait aimer l’athlétisme, elle qui au départ s’est retrouvée sur un stade, poussée par son père. « Au début, l’athlétisme ne m’emballait pas car ce sport n’est pas le même vu de l’extérieur. La première année, je n’étais pas très motivée (en minimes). Mais mon ancienne coach m’a encouragée à poursuivre, du coup je lui ai fait confiance. Et je suis allée à l’AC Paris-Joinville (après avoir débuté au Red Star club de Champigny). Là j’ai rencontré plus de monde, j’ai commencé à faire des stages et j’ai pu voir les objectifs de chacun. Entendre un peu tout ça, ça m’a donné envie. Et c’est là que j’ai commencé à tomber amoureuse de l’athlé ! Je ne connaissais pas ce sport mais petit à petit, j’ai vu que mes résultats s’amélioraient. Et le cheminement de se fixer des objectifs et de les atteindre, c’est énorme ! »

Programmée pour Paris 2024

Enorme, comme peuvent l’être les Jeux olympiques, le rêve de tout athlète et peut-être encore plus pour cette génération française attendue en 2024 à domicile. Une chance mais également un poids qui ne semble pas l’effrayer. « Je n’ai pas peur. Je sais que je suis bien entourée avec ma structure. On me dit tout le temps que chaque chose doit être faite en son temps. Donc je n’ai pas la pression. Paris 2024 c’est encore très loin. »

D’ici là, le plus dur sera peut-être d’apprendre à gérer cette vie d’athlète professionnelle vers laquelle elle court. « Le problème avec des athlètes comme Cyrena c’est qu’ils n’ont rien demandé, prévient Samangaray. Elle n’a pas demandé à être vice-championne du monde cadettes.  Du jour au lendemain on passe de « je m’habille comme je veux » à « je dois faire attention à ce que je mets sur les réseaux sociaux à cause des sponsors ». Ce sont des choses qu’il faut leur apprendre. On leur apprend à se professionnaliser. »

Chaque chose en son temps

Comme beaucoup, l’étudiante en Terminale L possède deux comptes Instagram, un pour les amis et l’autre pour le côté sportif, même si de toute façon, elle avoue ne pas être une accroc de la toile. Pour elle, le plus important sont les résultats à aller chercher. Et ça tombe bien, les Mondiaux juniors se profilent dès cet été. « C’est un rêve de devenir athlète professionnelle même si je veux également avoir mon tremplin à côté du sport. Je fais tout pour que ça continue. Le fait d’aller aux JO et d’avoir une médaille c’est l’objectif de tout le monde. Mais ce n’est pas obsessionnel. Chaque chose en son temps. Je ne préfère pas trop me projeter loin, de peur d’aller trop vite. »

Troisième meilleure performeuse mondiale de tous les temps chez les cadettes, Cyrena Samba-Mayela va déjà très vite. Mais heureusement pour nous, elle prend son temps.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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