CrossOuestFrance2016-presentation

Avant le départ de la course des As, les principaux concurrents ont été présentés au public.

 

Avec 12 230 participants sur l’ensemble du week-end (16 et 17 janvier), le cross Ouest-France a confirmé son rang de plus gros cross français. Une réussite qui pose néanmoins des questions, et notamment sur le futur des courses des As, où les meilleurs Français ont brillé par leurs absences.

TAL chiffreOuest-France
Samedi 16 janvier 2016, 10 heures. Au Mans, sur le parcours du crossOuest-France, le niveau sonore est à son zénith. Plus de 5 000 élèves participent aux différents cross organisés sur le magnifique site du bois de l’Epau. Et alors que les futurs courageux du 10 km font la queue pour récupérer leurs dossards, la voix du speaker Philippe Chaput donne le rythme d’un week-end sous les couleurs du cross. « Dans le domaine du cross-country, en France, aujourd’hui c’est ce qui se fait de mieux, affirme l’habituelle voix des grands événements athlétiques français. C’est plus d’une cinquantaine de courses sur deux jours, c’est unique ! L’organisation est digne d’un championnat de France. C’est un événement avant d’être un cross. » Un constat partagé par Antoine De Wilde, 32e de la course des As. « Le Ouest-France c’est le cross incontournable avant les championnats. On a la chance d’avoir un cross de ce niveau là en France. »

Les meilleurs Français ne sont pas là

Un événement qui vaut le détour. Organisé d’une main de maître, le Ouest-France est bel et bien un monument de la course à pied en France. Cependant, malgré une affluence record, cette 35e édition confirme la triste tendance d’une baisse de la notoriété des meilleurs coureurs français. Clou du spectacle, les courses As ont en effet réuni un plateau exceptionnel de coureurs africains. Mais derrière, malgré les présences chez les femmes de Clémence Calvin et Aurore Guérin, récentes vice-championnes d’Europe de cross par équipes, les constellations manquaient pour rivaliser avec les armadas kenyane et éthiopienne. « Beaucoup de Français ne veulent plus faire ce cross parce qu’ils partent beaucoup en stage, avance Freddy Guimard, 3e Français de la course et spécialiste des labours. Ils ont peut-être peur de la confrontation. »

AV6A1153

L’actuel responsable du plateau, Dominique Chauvelier, souhaite créer un Trophée des Champions.

Un temps espérés, Yohan Durand et Timothée Bommier n’étaient finalement pas présents (voir article) tout comme les meilleurs Français Mahiedine Mekhissi (retour de blessure), Florian Carvalho, Morhad Amdouni, Christelle Daunay (stage) ou Yoann Kowal (reprise tardive). Ces absences, qui peuvent s’expliquer par des choix sportifs, mettent à mal une course des As qui n’en est plus vraiment une en ce qui concerne le contingent hexagonal. « La course des As n’intéresse plus grand monde, tranche Dominique Chauvelier, pourtant responsable du plateau. Il y a plus de monde pour les courses des enfants que pour celles des As. C’est dur de vendre juste de la performance. Les gens s’en fichent des coureurs qui courent à 22 km/h car ils ne les connaissent pas. Il faudrait des noms. »

Un manque de notoriété des meilleurs Français

Une reconnaissance dont bénéficient toujours Chauvelier, l’ancienne star du marathon, ou le local Mohamed Serbouti, véritable héros en son pays. « La course des As est en train de se perdre. Parce qu’on s’aperçoit que la nouvelle génération de coureurs français a moins envie de courir. Si on regarde ma génération ou celle de Dominique Chauvelier, on était capables de créer du spectacle sur nos terres. Car il ne faut pas oublier une chose et les jeunes coureurs ont tendance à le faire : le coureur lambda s’identifie à des athlètes, ce sont des exemples. Moi, quand je cours, les gens me suivent car j’ai ce contact avec eux. La nouvelle génération ne fait pas ça. C’est pour ça que les spectateurs leur tournent le dos. La communication, c’est important ! »

DSC_0119

Le speaker Philippe Chaput considère le cross Ouest-France comme le meilleur cross français.

Un manque de notoriété qui n’explique pas tout. Dans l’antre du cross Ouest-France, la date de l’événement ou le rôle de la Fédération française sont également discutés. « C’est toujours un peu compliqué de parler des dates, tempère Philippe Chaput. Je trouve que ce cross n’est pas mal placé entre les championnats départementaux, régionaux et les demi-finales du championnat de France. » Pour Dominique Chauvelier, celle-ci est trop tardive. « Dès que les championnats d’Europe sont passés, on ne parle plus de cross en France. Moi j’ai gagné ma vie sur la route mais le cross reste ma première passion. Cela représente le plaisir, la bagarre, le coude à coude. »

Programmé aux mêmes dates, le stage fédéral en Afrique du Sud, porte également préjudice au Ouest-France. « Il faudrait que tout le monde joue le jeu, insiste Chauvelier. Il y a de l’amateurisme de tous les côtés. » Un effort qu’a réalisé par exemple Clémence Calvin, rentrée de Potchefstroom la veille de la course et qui a bravé les gelées mancelles après deux semaines sous 35 degrés et une cuisse contracturée.

Une course pourtant bien dotée

D’ailleurs, en tant que responsable du plateau, Dominique Chauvelier souhaitait créer un Trophée des Champions, pour lancer une dynamique. « Je voulais que tous les champions de France 2015 du 800 au marathon en passant par les trails viennent participer à l’une des courses. Mais j’ai eu pas mal de refus. » « Je pense que les athlètes français ont un peu de mal à répondre présent pour différentes raisons, livre Philippe Chaput. Le comité d’organisation doit réfléchir pour essayer d’avoir les meilleurs Français sur ce cross. »

AuroreGuérin_OuestFrance2016_podium

Aurore Guérin a terminé septième et première Française.

A la vue de la grille des primes, on peut supposer que l’organisation fait déjà tout son possible pour attirer l’élite avec un classement français cumulable aux primes du scratch. Pour exemple, Aurore Guérin a empoché 2 600 euros (2 000 euros pour sa première place chez les Françaises et 600 euros pour sa 7e place) ce dimanche en terminant 7e et première Française. De quoi en ravir plus d’un malgré une baisse significative des primes depuis des années. « C’est sûr qu’au niveau des moyens financiers, c’était mieux avant, déclare Dominique Chauvelier. Aujourd’hui, la prime d’arrivée correspond aux primes de départ de mon époque. La part du gâteau est de plus en plus petite avec de plus en plus de monde pour en manger. Mais les organisateurs pouvaient se permettre d’offrir de l’argent car avec nos noms, ils savaient qu’ils allaient faire venir du monde. »

Parfois évoquée, la suppression de la course des As n’est heureusement pas au programme de la 36e édition. D’ailleurs, ce serait une triste nouvelle tant le spectacle fut de qualité avec les victoires éthiopiennes de Letesenbet Giday et Abadi Embaye. Mais, que des nouvelles générations de coureurs populaires réapparaissent en serait une, à l’image d’un Driss El Himer, 41 ans, huit fois champion de France de cross et vainqueur une nouvelle fois à l’applaudimètre.

Retrouvez le reportage photos réalisé lors du cross Ouest-France 2016.

Partager cet article

Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

Facebook Comments

Website Comments

Post a comment