Valentin Pépiot

Valentin Pépiot s’alignera sur le 5 000 m et le 3 000 m steeple ce week-end lors des Championnats de France Elite.

 

De retour de deux années aux Etats-Unis, l’ex-international juniors sur 3 000 m steeple arbore un nouvel état d’esprit développé de l’autre côté de l’Atlantique. Rencontre avec le Doubiste qui s’alignera ce week-end à la fois sur le 5 000 m et le 3 000 m steeple lors des Championnats de France Elite d’Angers.

« Costaud ». Le mot revient à longueur de phrases dans la bouche de Valentin Pépiot (24 ans). De retour en France après deux années passées à l’Academy of Arts University de San Fransisco, le jumeau de Tanguy Pépiot (8’33’42 sur 3 000 m steeple en 2012), est un nouvel homme. La preuve avec son doublé (3e du 1 500m et 2e du 5 000 m à deux heures d’intervalle) lors des Championnats Nationaux universitaires (NCAA 2e division) en mai dernier. Une performance difficile à réaliser si on n’est pas « costaud » dans sa tête et son corps. « Je fais deuxième du 5 000 m en 14’13’’73, deux heures après avoir fait 3e du 1 500m en 3’48’’89. Je ne voulais faire que le 5 000 m, mais au final, j’étais tellement costaud sur la caisse que je pouvais doubler. Trois mois avant, mon coach m’avait parlé de ce doublé. Je ne m’en croyais pas capable. »

« Je me suis inspiré des Américains »

Mais en deux ans, Valentin Pépiot s’est adapté à la méthode américaine. « J’avais déjà commencé à doubler des épreuves en 2015. Puis je l’ai fait plusieurs fois. Dans la tête j’ai dû me préparer. Pour cela, je me suis inspiré des Américains. Je me suis demandé ce qu’ils faisaient pour être bons. Et j’ai regardé. »

Ce qu’il a vu, c’est ce qu’il avait déjà remarqué lors de meetings internationaux, où il avait croisé ces athlètes d’outre-Atlantique. « Les Américains me faisaient rêver. Cette impression d’être décentrés. Ils se moquent de tout, que ce soit des conditions climatiques, du lièvre, des chronos, des adversaires. Ils veulent juste faire leur course et prendre du plaisir. Une performance est toujours réalisable. En fait, il faut être incassable. »

Une approche qui a séduit le Doubiste, souvent blessé par le passé et qui avait tendance à se poser des questions. « Avant je regardais ce qui se faisait à droite, à gauche. Si j’avais les bonnes chaussettes… »

Plus fort physiquement

Une nouvelle approche et également un nouveau physique, développé en salle de musculation. « L’entrainement a été dur. Tu fais de la musculation avec les sprinters, du foncier, et beaucoup de compétitions. Mais je ne courais pas plus qu’en France mais j’étais plus puissant. J’ai adoré la façon dont on te prépare. J’avais plus de cuisses et plus d’abdos. »

Valentin Pépiot

Lors du meeting d’Amiens, Valentin Pépiot a terminé 6e du 3 000 m steeple en 8’50’’95.

 

Une puissance dont il voyait les résultats dans le miroir de quoi lui donner de la force. Tout comme la « team » d’athlètes de l’université présente derrière lui lors des compétitions. « Le fait de t’entrainer en team, quand tu arrives en compétition, ça envoie, c’est puissant ! Tu as cette mixité avec les sprinters. Tout le monde est costaud. C’est une énergie différente. Tu es costaud dans la tête et dans ton corps. A ce moment-là, tu es content de faire de l’athlé. »

Un dégoût du système universitaire français

Une joie de courir qu’il avait peut-être un peu perdue en France. Cinquième des Championnats d’Europe juniors en 2009 sur 3 000 m steeple, il a connu par la suite pas mal de blessures. « Les gens pensent que c’est bien ce que j’ai fait. Mais ça ne l’est pas. J’ai fait 8’53 (8’53’’00) en juniors 1 devant tous les espoirs français au meeting de sélection à Marseille, et derrière, je ne fais que cinquième des Europe. Je me suis relâché, car je n’ai pas assumé mon statut. D’un côté, c’est dur à 18 ans d’assumer. »

Et malgré les pépins et une vie universitaire chargée, il a réussi à abaisser ses chronos (8’42’’74 sur 3 000 m steeple en 2012 et 3’40’’42 sur 1 500 m en 2014). Mais à un moment donné, il avait besoin d’autres choses. « J’avais un dégoût du système universitaire français. En France, on te permet soit de faire des études, soit du sport. Si tu ne choisis pas, tu te mets dans des conditions extrêmement difficiles. Donc je me suis dit que j’allais essayer un système qui me paraissait différent. »

« Le sport m’a fait grandir »

Il met donc en suspens ses études de kinésithérapeute et s’envole pour San Franscisco en Californie et un cursus en communication. Une expérience qu’il ne regrette pas. « Je me suis entrainé cool et fort en même temps. On est fort dans la tête et cool en dehors. Le sport m’a fait grandir. J’ai grandi en costaud. »

Un nouveau Valentin Pépiot, qui, auréolé d’un nouveau record personnel cette saison sur 5 000 m (13’57’’37), fera partie des outsiders ce vendredi lors des Championnats de France Elite, même si sa saison universitaire a débuté en septembre dernier. « Là-bas, je me suis tellement entrainé costaud, je me suis tellement repoussé mentalement et physiquement, que j’ai fait ce que je devais faire. J’avais un but avec un collectif, un maillot à défendre. En France, je ne cours que pour moi. L’athlé c’est un sport dur. A un moment donné il faut lâcher et prendre du plaisir. »

Engagé sur 5 000 m (ce vendredi) mais également sur 3 000 m steeple (dimanche), il aura le droit à un double moment de plaisir. Mais attention, Valentin Pépiot est costaud !

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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