Clément Leduc

Clément Leduc (ici devant Mohamed-Amine El Bouajaji) avec son badge signifiant sa quatrième place au cross de sélection et sa qualification pour les Championnats d’Europe juniors.

 

Quatrième du cross de sélection pour les Championnats d’Europe juniors à Gujan-Mestras ce dimanche, Clément Leduc a surpris tous les observateurs en s’invitant dans l’équipe championne d’Europe en titre. Classé devant des cadors de sa catégorie comme Baptiste Mischler et Fabien Palcau, le jeune Nantais fait une entrée dans la cour des grands après des débuts en athlétisme gâchés par des blessures. De quoi ajouter une étape supplémentaire à son incroyable parcours, débuté à Addis-Abeba il y a 18 ans. Rencontre.

S’il avait été possible de parier sur les juniors qui allaient se qualifier pour les Championnats d’Europe de cross, la cote de Clément Leduc aurait été très élevée. D’ailleurs, même l’intéressé n’aurait peut-être pas mis un billet sur sa tête. « J’étais venu à Gujan-Mestras avec dans l’idée de faire dans les six premiers mais j’avais du mal à y croire. »

13 mois de blessure

Toujours placé dans le groupe de tête, le Nantais a pris le bon wagon quand la course s’est décantée pour s’assurer une qualification sans discussion possible, devant, entre autres, Baptiste Mischler et Fabien Palcau, les deux cadors de la catégorie (voir article). « C’est comme une sorte de déclic, avoue Leduc. Maintenant, je sais que je les ai battus une fois et que je pourrai donc le faire plusieurs fois. »

Un déclic qui arrive après quatre années d’athlétisme où l’athlète, pourtant très doué, a eu du mal à franchir les étapes, à cause de graves blessures. « Après un mois d’athlétisme en cadet 1, je me suis arrêté huit mois à cause d’un syndrome rotulien. Puis en junior 1, j’ai manqué toute la saison de cross (5 mois d’arrêt) parce que j’ai eu une algodystrophie au niveau du pied. Il était gonflé et très sensible. Mais j’ai eu de la chance car mon partenaire de club à Nantes, Jean-Pierre Bertrand, a été gêné un an et demi avec cette blessure. »

Entre temps, le protégé de Patrice Binelli en section sportive à Nantes réussi néanmoins 8’38’’20 en cadets 2, avant de décoller vraiment la saison dernière  « De toute façon, depuis que j’ai commencé l’athlétisme, j’ai eu beaucoup de problèmes. J’ai eu du mal à me lancer. Mais dès que je peux courir, je progresse de jour en jour. »

Tout près des minima pour Bydgoszcz

Une progression qui l’a vu manquer les Championnats du monde juniors de Bygoszcz sur 10 000 m pour douze secondes cet été. « Mon objectif la saison dernière était de faire les minima pour les Mondiaux sur 10 000 m (30’45). Je savais que je pouvais les faire. Mais je n’ai pas eu de réussite. »

Tiré deux fois par le champion de France du semi-marathon 2015 Yosi Goasdoué, Leduc a bouclé le 20 mai les 25 tours de piste en 30’57’’03, avant d’abandonner lors de sa deuxième tentative, un mois plus tard, à Saint-Maur-des-Fossés. « La première fois, j’ai déconné dans les deux derniers kilomètres alors que Yosi m’avait emmené jusqu’au huitième. La seconde, il était fatigué et s’est arrêté au sixième. Le problème, c’est que tout seul je suis incapable de faire un chrono. Il me faut quelqu’un pour me poser le rythme. »

Une histoire liée avec Yosi Goasdoué

En plus d’avoir trouvé un pace de luxe en la personne de Goasdoué, Clément Leduc a surtout trouvé un ami et une personne qui peut certainement le comprendre mieux que d’autres. « On est hyper proches. C’est le grand frère ! » Car comme son aîné, Leduc est né à Addis-Abeba en Ethiopie. Et toujours comme Goasdoué, il a été adopté par une famille française. « Mes parents biologiques sont morts quand j’avais cinq ans, livre-t-il. J’ai donc vécu pendant un an dans un orphelinat en Ethiopie avant d’être adopté par une famille française. »

Une jeunesse africaine sur laquelle il a pu revenir cet été avec ses amis athlètes Zouhir Driouache et Célestin Chupin (également né en Ethiopie) dans le cadre d’Ethiopian-Project. « Nous sommes allés en Ethiopie pour faire un reportage sur les conditions de vie et d’entrainement des athlètes éthiopiens. »

Un voyage en Ethiopie

Dans un pays en proie à des manifestations violentes – « un jour il y a eu 65 personnes tuées par la police lors d’une manifestation dans une ville où on voulait se rendre » – et à la pauvreté, les trois garçons ont découvert une autre facette du monde. De quoi leur ouvrir les yeux. « Le fait de voir les Ethiopiens réussir de grandes choses alors qu’ils vivent dans des conditions bien plus difficiles que nous a été une révélation. Je me suis rendu compte de la chance que j’ai eue d’être adopté. J’ai été sensibilisé par ce qu’ils vivent là-bas. Ce sont comme mes frères et j’aurais pu être à leur place. »

Le destin l’ayant décidé autrement, Clément Leduc sera au départ des prochains Championnats d’Europe de cross juniors le 11 décembre prochain à Chia en Sardaigne avec le maillot de l’équipe de France sur les épaules, la deuxième fois après le match international de 10 km à l’automne. « C’est une chance car si j’avais fait le cross de sélection pour l’Ethiopie, je n’aurais jamais été qualifié, rigole-t-il. A Chia, je veux courir pour l’équipe parce que je sais que le podium ou un top 8 en individuel va être compliqué pour moi. Je veux juste faire une course où le but sera de me dépouiller, de donner le maximum, pour ne pas avoir de regrets. »

En bonne compagnie, il pourrait rentrer d’Italie avec une médaille d’or par équipes autour du cou. De quoi faire perdurer « cette chance » comme il dit. Une chance qu’il a surtout su saisir.

Retrouvez les première réactions de Clément Leduc suite à sa qualification pour les Championnats d’Europe de cross juniors.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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