Clémence Calvin

Après avoir donné naissance à son premier enfant, Clémence Calvin va se lancer sur marathon prochainement.

 

Moins de deux mois après avoir accouché de son premier enfant, l’athlète Clémence Calvin, vice-championne d’Europe du 10 000 m en 2014, a choisi Trackandlife.fr pour annoncer l’orientation qu’elle veut donner à sa carrière. A 27 ans (elle les a eus aujourd’hui), celle qui avait déjà avant sa grossesse parlé de marathon (voir article), est prête à se lancer sur la distance mythique. Mais avant cela, il y a tout un physique à reconstruire et l’athlète de la SCO Sainte-Marguerite sait que cela prendra du temps. Entretien.

– Clémence, comment vous sentez-vous sept semaines après avoir accouché de votre premier enfant ?

« Tout va bien, surtout que le bébé est très sage et qu’il fait déjà ses nuits. Après, d’un point de vue physique, j’ai déjà fait la rééducation et j’ai recommencé à faire un peu de vélo et du footing pour reprendre une base correcte. Mais je n’ai évidemment pas d’objectifs pour cet été. Je vais prendre le temps pour bien refaire les bases. Pour l’instant, je fais de la préparation physique et un peu d’entretien, et je vais augmenter progressivement la longueur de mes footings.

« Je vais pouvoir me consacrer uniquement à l’athlétisme »

– Vous voilà maman, dans quel état d’esprit êtes-vous par rapport à votre carrière de sportive de haut niveau ?

Normalement, en juin, je serai diplômée en psychomotricité. Donc en 2017, j’aurais rempli mes deux objectifs parallèles à l’athlétisme. Du coup, je vais pouvoir enfin me consacrer uniquement à mon sport, car ça sera la première fois que je n’aurai qu’un seul projet. D’habitude, j’étais toujours sur deux projets. En 2014, après avoir eu la varicelle, ç’a m’avait porté préjudice car je n’arrivais pas à tenir le rythme des études et du sport. C’est l’année où j’ai commencé à beaucoup m’entrainer, à doubler régulièrement, ça demandait plus d’énergie et être sur plusieurs fronts c’était compliqué. Là, je vais pouvoir me consacrer à ma carrière sportive. Avec en plus, la force que mon fils va me donner. Cela ne sera pas une contrainte que d’avoir un enfant. Cela ne peut-être qu’un plus ! Je peux repartir pour quatre ans. Si je n’avais pas eu d’enfant à cette période, la question se serait peut-être posée durant l’olympiade et par contre, là, cela aurait été un handicap. Car les Jeux olympiques de Tokyo en 2020 restent mon objectif.

– En parlant des Jeux olympiques, vous avez manqué ceux de Rio à cause d’un zona (virus).

L’année dernière, ç’a été un peu frustrant. J’étais partie sur une préparation un peu plus foncière par rapport aux autres années pour déjà préparer ma montée sur marathon. J’avais tiré un marathon à Lisbonne et après j’avais également fait le semi dans la même ville sur des bonnes allures (1h11’17, le 20 mars 2016). A côté de ça, je m’étais focalisée sur le 10 000 m pour les Jeux olympiques. Samir (Dahmani qui est son compagnon et son entraineur) me disait qu’à la vue de l’entrainement, je valais moins de 31’ (record à 31’52’’86 en 2014). Moi je situais ma valeur autour de 31’15 – 31’30. Mais j’ai eu le zona la veille de ma rentrée sur 10 000 m à Palo Alto (qu’elle a bouclé en 32’06’’23 le 1er mai 2016). A partir de ce moment, je ne pouvais pas lutter. Même si je me suis donnée les moyens avec une coupure où je me suis entretenue, avant de reprendre l’entrainement à la mi-juin pour essayer la qualification sur le 5 000 m. J’ai fait d’ailleurs des bonnes séances mais je n’arrivais pas à récupérer. Donc ce n’était pas possible de perfer.

« Je veux faire mon premier marathon en étant prête »

– On peut dire que finalement votre grossesse est tombée au meilleur moment par rapport au calendrier sportif.

Ca faisait longtemps qu’on s’était dit qu’on voulait un bébé en 2017. D’autant que je devais reprendre mon année scolaire. J’ai donc profité de ma grossesse pour faire mon mémoire et mon stage. D’ailleurs, jusqu’à deux jours avant l’accouchement, je travaillais 30 h par semaine. J’étais au taquet ! Malgré l’échec sportif, 2017 reste une belle année quand même car j’ai eu une expérience professionnelle qui était très intéressante et j’ai eu mon enfant.

– Vous parlez de marathon, à quand votre première sur la distance ?

Le passage sur marathon se fera très prochainement. Ca ne sera sûrement pas pour 2018, mais pour après. A la base je comptais faire encore plusieurs saisons avant de partir sur marathon. Les aléas ont fait que j’ai déjà fait un semi-marathon qui s’est bien passé alors que je n’avais pas d’entrainement spécifique. C’était donc intéressant en vue d’un passage sur marathon. J’aimerais maintenant en faire plusieurs pour pouvoir faire un bon chrono comme moins de 1h09. L’idée est d’être capable de passer avec les filles de tête sur marathon. Je veux courir pour faire le meilleur résultat possible. Je veux faire mon premier marathon en étant prête. Si j’y vais c’est pour bien figurer et courir avec les meilleures. Même si c’est vrai que le niveau mondial augmente. On a pu d’ailleurs le voir cet été sur 10 000 m où avec moins de 31’, on n’existe pas à l’échelle mondiale.

« Je n’ai pas peur pour la reprise »

– Avant de penser à la compétition, il faudra évidemment s’entrainer. Avez-vous des appréhensions par rapport à cette reprise ?

Je n’ai pas peur pour la reprise parce que je sais que ça fait dix ans que je fais de l’athlétisme à haut niveau. Je suis déjà revenue après des blessures et là, je n’ai pas été blessée. Donc je ne m’inquiète pas du tout. Après, il faut juste que je recrée une équipe autour de moi. Avec la grossesse, je n’avais plus de projet et donc plus d’équipe. Il faut reconstruire ça. Je ne vais pas partir sur marathon sans filet. Il faut que je reparte avec un projet et des partenaires qui aient envie de travailler avec moi.

– Au niveau de l’organisation, on sait qu’un enfant change une vie d’autant plus celle de deux athlètes de haut niveau (Samir Dahmani est également international). Comment allez-vous faire ?

Comme on fait tous les deux la même chose, on partira sans problème ensemble en stage. Ca sera juste une question d’organisation. On le prendra avec nous. On ne fait pas des enfants pour les mettre à garder (rires) ! Ca sera une organisation à trouver. Mais le principal c’est qu’on est très heureux. Ca permet d’envisager encore mieux l’avenir athlétique. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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