Clarisse Moh

Clarisse Moh sera au départ du 800 m des Championnats d’Europe de Belgrade.

 

La spécialiste du 800 m s’est qualifiée cet hiver pour son premier grand championnat avec l’équipe de France de quoi récompenser des nouveaux choix de vie loin de l’INSEP, et où le plaisir a repris une place prépondérante dans sa pratique. Rencontre.

Chaque saison, Clarisse Moh voyait tomber les minima pour les grands championnats internationaux et se les inscrivait en tête. L’année dernière, elle avait encore coché les 2’01’’00 recommandés pour rejoindre les Championnats d’Europe d’Amsterdam. Mais comme souvent, l’athlète du CA Montreuil a échoué de très peu, 65 centièmes cette fois-ci. Une fois de trop qui lui a fait prendre du recul par rapport à son sport. « Je n’ai pas hésité à arrêter car l’athlétisme c’est ma passion depuis que je suis petite. Je me suis toujours dit que j’arrêterais le jour où je n’aurais plus envie de chausser les baskets. Là, j’avais envie de courir mais j’avais une frustration par rapports aux résultats. Car, quand on fait ce sport, c’est qu’on est une compétitrice et donc quand ça ne passe pas, on se remet beaucoup en question. Pour moi, si je n’arrivais pas à atteindre les résultats que je souhaitais c’est que je ne méritais pas d’être là. Donc j’ai pris le temps de la réflexion. Et j’ai décidé de reprendre sans me prendre la tête, limite sans prendre les chronos à l’entrainement. Juste y aller au feeling. »

Loin de l’INSEP

Un lâcher prise qui correspondait également avec le départ de l’INSEP pour Montpellier de son entraineur Bruno Gajer et de la reprise de son emploi du temps au sein de la boutique Nike Saint-Michel en tant que manager (emploi à 80 %). « C’est l’année des changements ! Je m’entraine dorénavant à distance avec Bruno. J’ai quitté un peu le cocon. L’idée était aussi un peu de se retrouver en mode guerrière, de s’entrainer à la dur. J’avais besoin de ça aussi. Avoir des conditions d’entrainement pas faciles pour se rentrer dedans. »

Fini la halle surchauffée de l’écrin parisien. Place au stade de banlieue et aux pistes encombrées. « Je squatte pas mal de stades à côté de chez moi. Cela en est même amusant car il m’est arrivé d’avoir des classes de collégiens qui couraient sur la piste. Quand c’est comme ça, j’adapte la séance. Ce sont des choses, qui, avant, m’auraient perturbée. Là, je le prends avec le sourire. »

Le chrono a enfin tourné dans son sens

Un sourire qui ne la quitte plus depuis le 7 février dernier et le meeting de Sabadell, dans la banlieue de Barcelone (Espagne). Ce jour-là, dès sa deuxième course de l’hiver, après une bonne rentrée au meeting de Reims (voir article), Clarisse Moh a décroché son ticket pour les Europe de Belgrade en parcourant les quatre tours de piste en 2’03’’11 (minima 2’03’’50). Presque trop facile à la vue de ses dernières campagnes où les minima lui faisaient faire des cauchemars. « Je n’ai pas eu beaucoup de chances en athlétisme. Enfin, ce n’est pas une question de chance car on fait les choses pour, mais malheureusement j’ai souvent fait les minima soit juste après ou sinon je tournais autour. Et là, c’est la première année, sans même vraiment y avoir réfléchi, où j’arrive à les faire sans difficulté. »

Une pression en moins dont elle a profité à Metz pour battre son record personnel indoor en prenant la quatrième place en 2’02’’58 (voir article), histoire de se faire le « kiff » de passer deux fois d’affilée sous les minima. « C’est la première fois où j’arrive à une compétition sans la pression des minima et que je peux me dire que je peux courir juste pour le plaisir. Et ça, ça change tout. J’ai pu tenter des choses comme à l’entrainement. »

Surfer sur le travail de l’année dernière

Un entrainement qu’elle a perfectionné ce week-end lors des Championnats de France Elite en participant au 400 m (3e de sa série en 56’’39), afin de travailler la vitesse en vue de Belgrade. « Pour l’instant, on n’a pas vraiment travaillé la vitesse, explique-t-elle. On n’a repris le spécifique que le 10 janvier. Mais je surfe sur le travail de l’année dernière. Car même si les résultats n’ont pas été ceux que je voulais, j’ai vraiment amassé une masse de travail. Des fois ça ne passe pas une année et ça passe celle d’après. »

Ses efforts semblent en effet porter leurs fruits cet hiver puisqu’elle participera à ses premiers grands championnats en individuel lors du rendez-vous continental de Belgrade (3 au 5 mars). Une compétition où son nouvel état d’esprit pourrait la porter loin. « L’idée c’est d’y aller avec l’envie et de passer un maximum de tour. »

Une bonne façon de se retrouver en finale.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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