France de cross

Sa victoire aux Championnats de France 2017 a lancé la saison de Christelle Daunay.

 

La championne d’Europe 2014 et recordwoman de France du marathon est toujours incertaine quant à la suite à donner à sa carrière. Repartira, repartira pas ? Telle est la question pour Christelle Daunay, bientôt 43 ans, qui vient de boucler à New York (12e en 2h32’09), le douzième marathon de sa carrière, le premier depuis son abandon à Rio lors des derniers Jeux olympiques. Pour l’heure, seuls les prochains Championnats du monde de semi-marathon (24 mars 2018 à Valence), sont à son programme. Pour les 42,195 km, sa tête et son corps balancent encore. Rencontre.

– Christelle, comment allez-vous depuis votre 12e place au marathon de New York le 4 novembre dernier ?

« Physiquement j’ai bien récupéré. Après je n’ai pas encore vraiment repris. En hiver c’est compliqué de repartir donc c’est pour ça que je n’ai pas coupé quinze jours complets. J’ai repris assez vite, à savoir vingt minutes de footing dès le jeudi après le marathon. J’ai voulu reprendre plus vite mais moins intensément. Je vais prendre mon temps. D’habitude je coupais quinze jours pleins. Là, j’ai couru quatre fois en quinze jours pour me dire que je garde le cap. Car quand il faudra reprendre en plein hiver, il faudra être là !

« Je me pose beaucoup de questions »

– Vous avez donc décidé de prolonger l’aventure ?

Je me pose beaucoup de questions. Les Championnats du monde de semi-marathon sont un premier objectif. Après, pour le reste, je suis encore dans un questionnement. Pour un prochain marathon, ce n’est pas encore complètement oui ou complètement non. C’est comme après chaque marathon, j’ai besoin d’un sas de décompression. La dernière fois, ce n’était pas le même contexte car c’était après une blessure (elle a abandonné lors du marathon des JO de Rio en 2016). J’avais le choix de repartir car je ne voulais pas m’arrêter sur une mauvaise note. Mais là, c’est une bonne note. Est-ce que si je repars, ça sera le marathon de trop ? Est-ce que je vais défendre mon titre (elle a remporté le marathon des Europe 2014) ?

– Est-ce que le dernier marathon de New York vous a permis d’apporter des premières réponses à vos questions concernant votre niveau, votre envie, de poursuivre votre carrière ?

J’ai pris du plaisir durant ma préparation, je me suis bien préparée. Et New York, c’est une course particulière, le but est seulement de gagner, ce n’est pas le chrono qui compte. J’ai pris encore plus de plaisir à être dans le peloton. On est parties lentement en 19’15 (passage au 5e km). J’ai hésité à accélérer. Mais les compétitions précédentes ne m’avaient pas rassurée. Contrairement à 2015, où comme je voulais le chrono, j’y étais allée (meilleur chrono à New York avec 2h26’57). Là, je suis restée dans le peloton pour m’abriter. Et le temps passait… J’ai fait une course en solitaire à partir du 23e km et je réussis quand même à courir le deuxième semi plus rapidement que le premier. Je ne peux être que satisfaite de la perf mais ça reste que 2h32 et une douzième place. Il y a du monde devant. Il faut s’entrainer très, très dur pour maintenir le niveau. C’est bien de s’entrainer sans se blesser mais le but c’est d’être performant et ça se complique pour moi.

« Si tu ne gagnes pas, tu ne gagnes pas ta vie »

– C’est ce déclin qui va dicter votre choix dorénavant.

Mon arrêt de carrière, il faut que ce soit un choix. J’ai toujours fait des choix. Je pense forcément à ma reconversion. Il ne faut pas que ça vienne sur une blessure, car on n’a pas envie d’arrêter sur ça. A quel moment partir ? C’est pour ça que je me pose les questions. Est-ce que je vais partir maintenant car j’ai fait un bon marathon ? Il y aura toujours une course après mais c’est aussi la performance qui fera si je continue ou pas. Car c’est aussi mon métier. Quand tu n’es plus performant, tu n’as plus de rentrées d’argent, il faut le dire. Car il faut vivre aussi. Il y a les équipementiers mais il y aussi les gains de course. Et si tu ne gagnes pas, tu ne gagnes pas ta vie.

– Avez-vous peur d’arrêter l’athlétisme à haut niveau ?

Je suis dans la transition. Mais je devais déjà arrêter en 2012. Tout le monde me demande. En 2012, je suis blessée donc je repars car je n’ai pas pu courir les JO de Londres. En 2013, j’ai bien couru et donc je me lance vers l’objectif des Europe, surtout que je ne les avais jamais faits. J’aurais pu m’arrêter sur ça mais je n’ai jamais été aussi forte qu’en 2014. Je valais 2h21 ce jour-là à Zurich (elle s’es imposée en 2h25’14 sur un parcours exigeant). Et en 2015, j’avais eu pour la première fois mon billet pour courir à Londres et donc ça ne se refuse pas. Mais je me suis blessée. Donc j’ai couru New York, en battant mon record de là-bas et ensuite je suis partie sur les Jeux. En fait, éternellement, je me repose les questions. Quand j’ai rebondi, j’ai toujours été performante. Et j’étais la meilleure Française, donc c’était compliqué d’arrêter.

« Je ne vais pas m’arrêter de courir »

– A quoi pourrait ressembler la vie de Christelle Daunay sans sport de haut niveau ?

Ce qui est sûr, c’est que je ne vais pas m’arrêter de courir. Ca fait 30 ans que je le fais. Je diminuerai forcément, mais je ne peux pas m’arrêter. Il ne faut pas trop se poser de questions. Mais j’ai mon métier de kiné. J’ai exercé 10 ans, j’ai fait 10,11 ans de haut niveau donc j’ai le bagage pour bien me reconvertir, pour mettre mon expérience en avant. Savoir comment les utiliser ? Tout est possible, maintenant il faut voir s’il y a des opportunités, des propositions. Est-ce que je reste dans le milieu de l’athlétisme ? Est-ce que je fais un virage à 180 degrés ? Mais je ne m’inquiète pas pour ma reconversion. C’est une transition qu’il faut faire. C’est un changement.

– Le métier d’entraineur pourrait vous intéresser ?

Devenir entraineur peut être une possibilité de reconversion. En tout cas, j’ai l’envie. C’est l’un des domaines qui m’intéressent.

« Maintenant, c’est le corps et la tête qui décident »

– Mais pour l’heure, vous êtes toujours athlète de haut niveau. Quelle va être le programme des prochains mois ?

La seule course de planifiée à ce jour ce sont les Monde de semi-marathon (24 mars 2018 à Valence). Ensuite, évidemment  que je vais greffer des courses. Il y aura une corrida en fin d’année. Mais je ne sais pas encore si je mets du cross. J’attends de voir comment je vais reprendre les séances. J’ai le temps de programmer mes courses au fur et à mesure de l’envie et de la forme. Je programme de moins en moins loin. Maintenant, c’est le corps et la tête qui décident.

– En tant que championne d’Europe en titre du marathon, l’histoire serait belle d’arrêter votre carrière à Berlin en août prochain.

Le titre de champion d’Europe de Zurich reste l’un de mes plus beaux souvenirs de ma carrière avec ma troisième place à New York et mon record de France à Paris (2h24’22 en 2010). Aux Europe 2014, j’étais forte, solide. Ce jour-là, je sentais que pas grand-chose ne pouvait m’arriver. Ca n’arrive pas souvent ces sensations. Il ne faut pas trop se poser de questions. Mais c’est toujours moi qui ai décidé. Et en plus je n’ai jamais fait Berlin. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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