Kevin Mayer

Kevin Mayer sera l’une des grandes chances de médailles de l’équipe de France à Londres.

 

Alors que les Championnats du Monde de Londres débuteront ce vendredi, la délégation française s’avance avec peu de certitudes quant à ses chances de médailles. Et l’objectif londonien pourrait être d’éviter la bulle. Revue d’effectif.

Si 2017 pouvait ressembler à 2016, la Direction technique national signerait des deux mains. Repartie des Jeux olympiques de Rio avec six médailles, l’équipe de France évoluait sous un ciel radieux. Douze mois plus tard, le ciel s’est assombri et les nuages sont arrivés en masse.

Mayer en leader

Car il faut dire que des six médaillés de Rio, seul Kevin Mayer semble arriver à son meilleur niveau à Londres. Sans décathlon dans les pattes – par choix – après son exploit des Championnats d’Europe en salle (titre et record d’Europe avec 6 479 pts, voir article), le vice-champion olympique a dans un premier temps retardé ses sorties à cause d’une gêne à un adducteur (forfait aux meetings de Montreuil et Hérouville), avant de réaliser un triathlon costaud à Charléty avec deux records personnels (70,54 m au javelot et 13’’78 au 110 m haies, voir article). Depuis, la bête de compétition est entrée dans sa bulle et elle est attendue le 12 août pour reprendre le trône laissé vacant par Ashton Eaton (voir article). Néanmoins le Français devra évoluer autour de son record de France (8 834 pts) pour se mettre à l’abri de ses adversaires et notamment de Rico Freimuth (8 663 pts cette année), d’Ilya Shkurenev (8 601 pts) et de Damian Warner, troisième à Rio (8 591 pts).

Pour les autres médaillés brésiliens, 2016 a été beaucoup plus compliqué. Dimitri Bascou est forfait (voir article). Champion d’Europe et médaillé de bronze aux Jeux olympiques, le hurdleur a été embêté toute l’année par sa cuisse. Mais par chance sur les haies, la France possède un gros vivier et Garfield Darien a parfaitement repris le flambeau. Cinquième temps des engagés (record personnel avec 13’’09), le Lyonnais n’a jamais été aussi prêt d’une médaille mondiale, même si ses dernières sorties ont été peu encourageantes avec un loupé à Londres et un forfait aux France Elite.

L’année de Lavillenie ?

Sifflé et déchu de son titre à Rio, Renaud Lavillenie a lui aussi connu une année compliquée. Privé quasiment d’hiver à cause d’une blessure, le recordman du monde ne survole pas la perche mondiale cette année (cinquième performance des engagés avec 5,87 m). Peut-être finalement un mal pour un bien puisque, comme il le rappelait à Lausanne « la pression sera sur le champion du monde en titre, le champion olympique en titre et le meilleur performeur de l’année, donc je ne me sens pas concerné ». Jamais champion du monde en plein air, le Clermontois peut, peut-être, penser que c’est son année, même si ses concours en dents de scie montrent qu’il ne maitrise pas complètement son sujet cette année. Derrière lui, les Français Kevin Ménaldo et Axel Chapelle pourront dans un premier temps viser une finale avant d’envisager mieux.

Même constat pour Mahiedine Mekhissi. Le triple médaillé olympique arrive à Londres avec peu de certitudes après un retour à la compétition tardif lié à des douleurs récurrentes aux tendons d’Achille (voir article). Impressionnant pour son retour à la compétition à Marseille (8’14’’67, voir article), le Français a également validé les minima sur le 1 500 m (6 et 8 août pour le 3 000 m steeple, 7,8 et 10 août pour le 1 500 m). Sûrement moins fort que les années précédentes, le Rémois peut néanmoins compter sur son expérience des grands rendez-vous et un mental hors-norme pour une nouvelle fois revenir avec une breloque autour du cou comme à chacun de ses championnats depuis 2010. Sur la même distance, Yoann Kowal aura à cœur de renouveler sa place dans le top 5 mondial comme à Rio.

Retard comblé pour Lemaitre ?

Médaillée en 2013, 2014 et 2016, Mélina Robert-Michon est également une habituée des podiums. Mais comme la plupart de ses collègues, sa forme semble moins prégnante que les années précédentes. Quinzième performance des engagées (63,63 m), Robert-Michon pourra compter sur son expérience et sa faculté à arriver en forme le jour-J. Dans son sillage, les lancers français auront deux autres cartes à jouer avec Alexandra Tavernier, médaillée de bronze à Pékin il y a deux ans et de retour à son meilleur niveau et Quentin Bigot, de retour de suspension et plus fort que jamais (8e des engagés avec 77,87 m).

Enfin, Christophe Lemaitre représente parfaitement l’été de l’équipe de France. Superbe médaillé de bronze à Rio sur 200 m, l’Aixois a depuis connu des pépins à répétition. Stoppé lors de son meeting de reprise à La Réunion (voir article), le Français a replongé quelques semaines plus tard à l’entrainement. Dommage, car sa breloque brésilienne a débloqué sa foulée légendaire. Remis sur pied juste avant les France Elite où il a perdu son titre national face à Jeffrey John (mais premier sur 100 m, voir article) , la question est de savoir s’il aura eu le temps de rattraper un peu de son retard avant de s’attaquer à un plateau très relevé dans lequel il apparaît aujourd’hui à la 23e place avec 20’’29.

Bosse et Vicaut au niveau ?

Des points d’interrogation qui entourent également les autres outsiders comme Pierre-Ambroise Bosse et Jimmy Vicaut. Le premier a trainé une blessure à l’ischio-jambier quasiment tout l’été et s’est qualifié in-extrémis pour Londres à Monaco (voir article). Huitième temps des engagés (1’44’’72), le Français n’aura rien à perdre. Tout comme son ami Jimmy Vicaut. Blessé à Rome après une rentrée en 9’’97 à Marseille, le co-recordman d’Europe n’a plus couru depuis. Est-il revenu à son meilleur niveau ? Première réponse dès ce vendredi avec l’entrée des sprinteurs sur le stade olympique.

Enfin, quelques autres tricolores pourraient être à leur avantage à l’image de Mamadou Kassé Hann (8e temps des engagés sur 400 m haies), des triple-sauteurs Jeanine Assani-Issouf (9e au triple saut), Melvin Raffin (10e avec 17,20) et Jean-Marc Pontvianne (15e avec 17,13 m) ou du marcheur Yohann Diniz, également gêné par une blessure lors de sa préparation mais capable de tout sur un 50 km marche.

Le contexte ultra-relevé des Championnats du monde n’incite donc pas à l’optimisme. Avec des cadors en quête de forme et des jeunes en apprentissage, les Bleus devraient être loin de leur record de médailles de Paris et Helsinki (8 médailles) alors que la barre des deux médailles (comme à Pékin en 2015) semble plus accessible. Mais attention à la bulle (comme en 1987 et 1993) qui lancerait l’olympiade de la pire des façons pour la nouvelle Direction technique nationale.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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