Cassandre Beaugrand

Cassandre Beaugrand a battu lors du 10 km de Rome les records de France juniors et espoirs (ici lors du meeting de Montreuil 2016).

 

Auteure des records de France juniors et espoirs du 10 km (33’12), ce samedi 31 décembre 2016 à Rome, Cassandre Beaugrand (19 ans) a encore surpris le monde de l’athlétisme. Championne d’Europe juniors et 30e des Jeux olympiques cet été en triathlon, le prodige compte bien continuer à cumuler les trois sports même si on voudrait la voir le plus souvent possible au départ de compétitions d’athlétisme. De retour de son week-end romain ce mardi soir, après un vol Rome-Nice, puis un covoiturage jusqu’à Montpellier (là où elle réside), la quadruple championne de France de cross (chez les cadettes et juniors) a accepté de revenir sur sa grosse performance. Entretien.

– Comment vous sentez-vous trois jours après ce 10 km de Rome et vos deux records de France ?

« J’ai toujours du mal à marcher ! Rien que pour visiter la ville le lendemain de la course, je galérais pour marcher tellement j’avais mal aux jambes. Mais je n’étais pas la seule dans ce cas-là, puisque mes amis aussi souffraient un peu. Mais je suis déjà passée à autre chose car de toute façon c’est fini.

« Le projet de départ était de faire le Nouvel An à Rome »

– Vous étiez allée à Rome dans l’optique de battre le record de France juniors (34’22 par Cécile Lejeune) ?

Je ne m’attendais pas du tout à ce temps-là. J’ai été vraiment surprise. Je n’avais aucune idée de ce que je valais car pour moi, je n’avais pas fait de séances significatives. Je ne me disais pas que j’allais récupérer le record car je ne savais pas si j’avais les capacités pour le faire. J’étais vraiment à l’aveugle. Ma coach m’avait conseillée de partir sur des bases de 34’10. Je pensais déjà que cette allure allait être dure. Trois jours avant, j’avais fait des 400 m à cette allure et j’avais trouvé ça difficile, je n’étais pas très bien. On m’avait également parlé du parcours qui avait l’air compliqué. Je me suis donc dit que ça risquait d’être assez dur. J’avais un peu des doutes. Surtout qu’à la base, c’était mon copain qui voulait faire le dix bornes de Rome avec des amis et en fait je me suis un peu invitée (rires). De toute façon, j’en cherchais un. Je trouvais ça sympa d’associer ça avec le Nouvel An là-bas. Le projet de départ était plus de faire le Nouvel An à Rome. Et comme je voulais faire une course de reprise, comme je n’ai pas fait de cross, ça tombait bien.

– Pouvez-vous nous raconter votre course ?

J’étais avec mon copain. Il regardait sa montre, moi je ne voulais pas en prendre. Ma coach lui avait dit l’allure qu’il fallait pour moi et que si j’étais bien, il fallait qu’il accélère. Je n’avais aucune idée de notre allure pendant la course. On n’avait aucun repère GPS. On n’a vu notre allure qu’au 5e kilomètre (16’45). A la fin, on ne savait pas trop où on en était. J’étais vraiment dans le dur. Je me disais : “Pourquoi je me fais du mal comme ça ?” Au bout de deux bornes avec les pavés et les côtes, je trouvais ça déjà dur. Au moment où on a vu la banderole d’arrivée, on a été super surpris car on ne pensait pas que j’étais la première féminine. J’étais à la bagarre avec la deuxième pendant toute la course. Mais je pensais que Christelle (Daunay, finalement 3e) était devant moi et que je ne l’avais pas vue. Je pensais, peut-être, être cinquième. Et à l’arrivée, je n’ai pas tout de suite vu mon chrono. J’étais allongée par terre, moment que j’attendais depuis le début de la course, quand mon copain m’a dit qu’il avait 33’14 à sa montre. Je lui ai dit que ce n’était pas possible, que sa montre avait dû beuguer où qu’il y avait eu un problème sur le parcours, qu’il ne faisait pas 10 km. Je pensais avoir fait entre 34’15 et 34’30. Il n’y a vraiment que sur le podium que j’ai réalisé que j’avais fait 33’12.

« Je vais faire les France de cross si tout va bien »

– Aujourd’hui, avez-vous réalisé votre performance ?

Avec la difficulté du parcours, j’ai du mal à me dire que j’ai fait ce chrono-là, là-bas. Lors de mon premier à Saint-Denis il y a deux ans, j’avais fait 35’04 (déjà un record de France juniors à l’époque) et j’avais déjà trouvé ça tellement dur. Et là, j’ai trouvé que c’était dix fois plus dur !

– Surtout que cette performance annonce de belles choses pour la suite, puisque c’était votre course de rentrée.

C’est vrai que depuis que j’ai repris en novembre, on peut dire que j’en suis déjà là. Je me dis que c’est encourageant et ça me récompense un peu de mon travail. Là, je vais partir en stage fédéral aux Canaries (15 au 28 janvier) pour m’entrainer un peu au chaud et après je vais faire les France de cross si tout va bien.

– Sur quelle distance voulez-vous courir les Championnats de France de cross ?

Alors là, bonne question ! Ma coach pencherait pour le cross long. Mais moi, ce que je préfère, c’est le court. A chaque fois je dis que le cross long c’est trop long alors que c’est bizarre de dire ça, puisque je fais du triathlon. Mais j’adore la sensation de vitesse et je l’ai un peu moins sur le long. Après, je suis plus préparée pour le cross long.

« C’était bizarre de devoir renoncer aux Mondiaux juniors d’athlétisme »

– Quand on voit vos performances en athlétisme (elle est également recordwoman de France cadettes du 1 500 m en 4’17’’04), on imagine très bien que vous pourriez également faire carrière dans ce sport.

Je prends mon pied comme ça, je me régale dans le triathlon. Je ne me pose pas la question. Je me fais plaisir quand j’ai envie de me faire plaisir en athlétisme mais j’ai ma saison de triathlon qui est toujours prioritaire.

– Justement, vous avez terminé 30e des Jeux olympiques de Rio, que retenez-vous de cette expérience ?

C’était grandiose ! Quand on m’a annoncé ma sélection, j’étais un peu euphorique. Mais c’était hyper bizarre car j’ai dû renoncer aux Mondiaux juniors d’athlétisme. J’étais un peu déçue car j’aimais faire mes compétitions d’athlétisme l’été. Mais je ne pouvais pas refuser la proposition qu’on me faisait même si je n’avais jamais couru la distance olympique. Je me suis donc lancée dans les JO et évidemment je ne regrette pas mon choix parce que ç’a été une expérience de fou. Et ça me donne envie de viser quelque chose de plus grand dans quatre ans si j’y retourne.

« Ca fait rêver de pouvoir jouer aux avant-postes aux JO »

– A la vue de votre potentiel, une médaille à Tokyo en triathlon dans quatre ans ne paraît pas utopique.

J’ai vu que j’étais à six minutes de la première (l’Américaine Gwen Jorgensen a remporté le triathlon olympique en 1h56’16 contre 2h02’18 pour Beaugrand). Ca m’a montré le travail qu’il restait à faire. L’expérience était bien mais faire aussi loin, ce n’était pas non plus ce que j’avais rêvé de faire. Je visais forcément mieux. Mais j’ai fait avec les armes du moment. Ca fait rêver de pouvoir jouer aux avant-postes aux JO.

– Pour revenir à l’athlétisme, vous verra-t-on, cet été sur la piste ?

Oui, cet été je pense que je vais faire quelques compétitions sur piste mais je ne sais pas encore lesquelles, ni sur quelles distances. Logiquement, je devrais faire du long dans l’optique du triathlon mais rien n’empêche de venir me faire plaisir sur quelques 1 500 m. Mais il faut voir si c’est compatible dans ma planification. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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