Bourses sportives

Valentin Pépiot connaît bien le système universitaire américain pour y avoir passé deux saisons.

 

De plus en plus d’athlètes français traversent l’Atlantique pour tenter l’aventure américaine, où le sport et les études font bon ménage. Avancée comme une expérience unique dans une vie de sportif elle n’est pas forcément synonyme de performances garanties. A travers les récits de plusieurs athlètes, découvrez à quoi peut vraiment ressembler le rêve américain.

Ces dernières années, les athlètes français ont rempli des charters entiers pour rejoindre les Etats-Unis. Dernière en date, l’internationale espoirs Marie Bouchard, qui vient de s’installer à San Francisco. Sur le papier, le projet semble toujours incroyable : emploi du temps aménagé, équipements sportifs derniers cris, choix de cours multiples, staff médical, compétitions de haut niveau, et le tout, est la plupart du temps payé à 100 % par la faculté dans laquelle l’athlète a été recruté. Une place de choix pour la performance sportive qui existe très peu dans les formations scolaires en France où concilier les deux semble la plupart du temps utopique. « J’avais un dégoût du système universitaire en France, lâche Valentin Pépiot, international juniors sur 3 000 m steeple et qui vient de revenir de deux années aux Etats-Unis (voir article). En France, on te permet de faire des études ou du sport. Si tu ne choisis pas, tu te mets dans la merde. Donc je me suis dit que j’allais essayer un système qui me paraissait différent. »

« Tu es habillé de la tête aux pieds »

Un système où l’athlète est au centre des priorités. « Dès que tu arrives à la faculté, tu reçois un sac entier d’équipements aux couleurs de l’université, explique Driss Yousfi, double champion de France Elite du 800 m (2007 et 2008) et passé par l’université d’Idaho. Tu es habillé de la tête aux pieds. Et évidemment, ton emploi du temps est aménagé. Quand tu vas voir un conseiller académique, il sait que tu dois être libre tous les jours à partir de 15 heures pour aller à l’entrainement. Et c’est le même principe pour planifier les examens. Tout est fait pour que l’athlète réussisse. » « C’a professionnalisé ma pratique, avance Yosi Goasdoué, champion de France du semi-marathon (2015), parti aux Etats-Unis pendant deux ans (voir article). Il y a beaucoup de moyens pour les sportifs avec un staff et des soins. On prenait même l’avion pour 45’ de vol. » « Aux Etats-Unis je me sens athlète de haut niveau presque comme un joueur de foot, continue Anass Zouhry, ex-international junior qui vient de lancer une entreprise de conseil pour les athlètes désirant obtenir des bourses sportives aux Etats-Unis (voir article). Quand tu vas en compétitions, tu te lèves le matin et tu es géré de A à Z, tu es traité comme un vrai professionnel. Tu prends l’habitude qu’on te pose le cul sur la ligne de départ. » « Pour résumer en un mot : c’est pro », conclut Mateo Sossah, ex-international au décathlon et qui a suivi un cursus universitaire complet aux Etats-Unis (voir article).

Un sportif roi auquel on demande en retour un investissement quasiment sans faille. Multiplication des compétitions avec parfois plusieurs courses dans une même journée et de grosses quantités d’entrainement sont souvent les reproches qui émanent d’Outre-Atlantique. « On faisait des miles, des miles et encore des miles, se souvient Yosi Goasdoué. La quantité primait sur la qualité. » « Peu importe la faculté où tu vas, on ne va pas te faire de cadeau sur l’entrainement ou la compétition, enchérit Valentin Pépiot. Si tu dois courir le 1 500 à 11h et le 5 000 m à 13 h, tu y vas, point. Il faut être costaud partout. » « Là-bas, tu n’as pas le droit au retard, affirme Mateo Sossah. Si tu te fais choper, tu te retrouves le dimanche matin à six heures pour ramasser les gobelets du match de la veille sur le stade de football. »

Trouver la bonne faculté

Finalement, tout dépend de la faculté choisie et de l’entraineur sur lequel l’athlète tombe. « C’est une question de bonne intelligence, déclare Driss Yousfi. Effectivement le calendrier est très chargé et s’il veut, un demi-fondeur peut se retrouver à courir tous les week-ends. Mais si tu as défini des objectifs avec le coach, celui-ci saura t’y amener. » Même son de cloche du côté d’Anass Zouhry, qui avait négocié de s’entrainer à l’extérieur du campus. « Si des personnes sont déçues des Etats-Unis c’est qu’elles ne sont pas allées dans le bon endroit ou qu’elles n’ont pas communiqué avec le coach. Avant de partir, il faut bien choisir sa faculté et son environnement. Un athlète peut se retrouver au fin fond des Etats-Unis pour être en NCAA alors que d’autres solutions sont possibles. » « J’ai eu de gros échecs aux Etats-Unis, explique Riad Ouled, qui a déjà envoyé des dizaines d’athlètes aux Etats-Unis via ses activités professionnelles (voir article). C’est bien si tu tombes dans la bonne université  avec un bon coach comme c’est le cas pour Liv Westphal par exemple. C’est une bonne alternative pour ceux qui veulent profiter de leurs qualités sportives pour pouvoir les monétiser en bourses d’études car c’est quand même entre 30 000 à 40 000 dollars l’année (coût de la formation). Mais jamais je ne mentirai à un athlète en lui disant qu’il pourra faire du très, très haut niveau en partant aux Etats-Unis. »

Dans tous les cas, l’expérience vécue reste exceptionnelle. « J’avais envie de vivre une fois l’expérience de cet univers du sport-spectacle, avoue Bryan Cantero, international sur 1 500 m et qui avait fait un petit détour en Amérique du Nord en 2011. C’a m’a fait grandir. » «  Un athlète n’aura dans tous les cas rien perdu en partant aux Etats-Unis car même si cela ne se passe pas bien au niveau sportif, il aura gagné trois ans d’études à 40 000 dollars l’année, précise Anass Zouhry. Le sport c’est dur mais l’athlète sera dans de bonnes conditions et il aura aussi l’opportunité de percer professionnellement. Si tu y vas que pour l’athlétisme, tu ne vas pas revenir en France avec un bon bagage. Mais si tu y vas et que tu joues le jeu, tu pourras cibler de belles opportunités en revenant en France. »

 Alors, tentés par le rêve américain ?

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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  1. Sylvain
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    J’ai moi-même fait l’expérience du sport universitaire aux USA (tennis) et j’ai adoré. Je suis maintenant bilingue et j’ai trouvé un job facilement quand je suis rentré en France. Je n’avais pas un niveau suffisant pour passer pro donc la question ne se posait pas. Il y a pas mal d’athlètes qui ont le niveau pour être pro après le lycée et qui choisissent quand même de faire des études dans une fac américaine pour avoir un diplôme au cas ou le sport ne leur réussit pas.

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