Bob Tahri

Bob Tahri a participé au semi-marathon de Paris en guise de préparation pour le marathon de Londres.

 

Onzième et premier Français du semi-marathon de Paris ce dimanche (5 mars), Bob Tahri est actuellement en pleine préparation pour le marathon de Londres (23 avril). De retour après de longs mois de blessure, le spécialiste du 3 000 m steeple (médaillé de bronze mondial en 2009) entame à 38 ans une nouvelle carrière sur la route même si on devrait le voir également sur piste cet été. Dorénavant entrainé par le manager national du demi-fond Jean-François Pontier, le Messin vient également de lancer son centre d’entrainement au Kenya. De quoi avoir des journées bien remplies, entre des semaines d’entrainement à plus de 200 km et une vie entrepreneuriale intense. Il nous a accordé un peu de son temps à l’hôtel de l’organisation du semi-marathon parisien.

– Bob, quel bilan tirez-vous de ce semi-marathon de Paris où vous avez terminé 11e et premier Français en 1h06’29 dans des conditions climatiques dantesques ?

« J’avais besoin de remettre un dossard. L’optique était de faire une sortie longue dans le cadre de ma préparation. Je prends ce qui est bon à prendre. J’ai fait dix kilomètres d’échauffement, puis ma sortie longue et j’ai refais cinq bornes derrière. Le but aujourd’hui était de finir ma semaine intense d’entrainement en courant 1h04’45-1h05 au semi. L’objectif était de courir en 3’05 si les conditions étaient bonnes et en 3’10 si c’était compliqué. C’était compliqué, je me suis donc mis sur 3’10. Je ne finis pas marqué. Dans l’optique du marathon de Londres, 1h06’30 comme ça, c’est pas mal. Après c’est toujours difficile de se freiner car j’avais envie d’aller devant et de courir plus vite.

« Je me sens de mieux en mieux »

– C’est toujours intéressant pour la confiance de terminer premier Français d’une grande classique.

Mon intérêt ce n’est pas d’être le premier Français. C’est toujours bien de finir premier Français mais ce n’est pas ma motivation première. Ma motivation c’est de mettre en place en compétition, les choses que je fais à l’entrainement. C’était un entrainement grandeur nature même si les entrainements que je me coltine sont au moins aussi durs que la compétition.

– Justement, où en êtes-vous dans votre préparation en vue du marathon de Londres ?

Il reste encore sept semaines de préparation. Au début, c’était très difficile car j’avais du mal à encaisser les charges de travail. Car je montais à plus de 200 km dans la semaine mais pas sur une ou deux semaines mais sur quatre, cinq ou six semaines. Mais là, les choses rentrent dans l’ordre depuis trois semaines. Je me sens de mieux en mieux. En plus, coupler ça avec des stages au Kenya (il se rend deux semaines par mois au Kenya), ça me permet d’avoir un groupe d’entrainement et de pouvoir bien bosser dans la continuité. En altitude, on essaie toujours de gérer par rapport au groupe, aux conditions. Avec l’expérience, je me connais, je connais mes sensations. Aujourd’hui, Londres, c’est loin et ce n’est pas loin à la fois. Mon objectif intermédiaire c’est Lisbonne (semi-marathon, le 19 mars). Ca va être intéressant de voir ce que je peux faire sur semi. Il me reste dix jours d’entrainement difficiles et après je vais lever le pied pour Lisbonne. Je suis très optimiste pour le marathon. Mais je suis très humble vis à vis de la distance. Déjà, la préparation te rend humble. Il te suffit de ne pas être bien sur une sortie longue et tu peux prendre cher. C’est une préparation qui me donne aussi de la confiance pour la suite.

« Ma préparation est supervisée par Jean-François Pontier »

– A la rentrée, vous aviez annoncé vous entrainer avec Cédric Thomas, l’ex-entraineur de Christelle Daunay. Mais depuis le mois de décembre, c’est Jean-François Pontier, le manager général du hors-stade à la FFA qui gère votre planification. Qu’est-ce qui a motivé ce changement ?

Le mode de fonctionnement avec Cédric était complètement différent de ce que j’avais connu par le passé. On a décidé de ne plus travailler ensemble d’un commun accord. On a gardé un bon contact mais il avait une activité professionnelle très prenante et moi j’avais besoin de plus de présence, plus de feed-back après les séances. Ma préparation est dorénavant supervisée par Jean-François Pontier depuis le mois de décembre. Il gère mon entrainement, il me suit sur les stages importants. Aujourd’hui je bosse comme ça. Et au quotidien, c’est Adrien Taouji (l’entraineur notamment de Maëva Danois) qui me suit à l’INSEP (depuis trois semaines) pour tout ce qui est préparation physique et suivi des entrainements de Jeff. Pour l’instant, ce mode de fonctionnement me plaît bien. Je suis très content d’avoir intégré l’INSEP. Malgré le fait que j’ai de l’expérience, c’est toujours bien d’être entouré, d’avoir un œil extérieur. Je sais que si je m’entrainais tout seul, je serais trop dur avec moi-même.

-Vous avez depuis peu lancé votre centre d’entrainement (le Tahri Athletic Center) au Kenya. Comment faites-vous pour gérer votre préparation et toutes les sollicitations liées à votre entreprise ?

Ce n’est pas très compliqué de gérer ça. Il y a Alexandre (Gaugain) le manager du centre qui bosse là-bas. On est plusieurs dans l’aventure. Il y a René (Auguin) et Benjamin (Soreau, ses agents sportifs). J’arrive à faire la part des choses entre ma carrière d’athlète et celle entre guillemets d’entrepreneur. Le fait que je n’étais pas trop visible ces derniers mois, beaucoup de gens ont pensé que j’étais en retraite. Je reviens d’assez loin, surtout à mon âge. Je m’investis beaucoup pour revenir. Ma priorité c’est ma carrière d’athlète. Après, j’ai envie de partager mon expérience avec mon équipe dans un cadre que je connais très bien.  Et pour moi, le Kenya, il n’y a pas mieux. C’est le paradis du coureur à pied. La terre rouge d’Iten, la culture Kenyane, c’est quelque chose qui m’a beaucoup apporté dans ma carrière.

« Beaucoup doutaient de ma capacité à créer ce centre »

– Cela doit être une fierté d’avoir réussi à bâtir un projet de A à Z.

La seule fierté que je tire de ça c’est d’avoir réussi à faire en sorte que ce projet existe alors que beaucoup doutaient de ma capacité à créer ce centre. Car l’Afrique c’est aléatoire et versatile. Mais j’étais sur un terrain connu. Je vais au Kenya depuis plus de quinze ans, je connais les rouages. La prudence était de mise. Là, j’ai construit quelque chose de A à Z en Afrique, avec des Africains. Et ce qui m’a permis de grandir c’est la relation humaine avec les gens. J’ai beaucoup appris sur moi. J’en suis très fier. Maintenant on espère que le projet sera pérenne.

– Comment se passe les premières semaines pour votre centre ?

On a de très bons débuts. On a beaucoup de gens qui se renseignent. Alexandre gère l’aspect sportif et administratif sur place. On travaille avec une agence de voyage pour mettre les stagiaires dans les meilleures conditions. Et moi j’y suis quinze jours dans le mois. Ca me permet de continuer ma préparation. Et comme je vis au camp, je partage mon quotidien avec les stagiaires. Tu peux prendre le petit déjeuner avec quelqu’un qui court le marathon en 4h30 ou quelqu’un qui fait 33’ au 10 km. C’est toujours intéressant de partager des expériences.

« Mon objectif est de me rapprocher du record de France du 10 000 m »

– Revenons à votre carrière sportive. Vous avez connu beaucoup de blessures et d’opérations ces dernières années (la dernière au tendon d’Achille en février 2016), ce qui vous a fait manquer quasiment les deux dernières saisons. Avez-vous pensé que l’athlétisme était fini pour vous ?

Je n’ai jamais douté de ma capacité à revenir. Il a fallu remettre les choses en place car en demi-fond on ne triche pas. Il faut s’entrainer. Après mon opération au tendon d’Achille, le fait d’être allé tout de suite après au Kenya, m’a permis de relativiser et de voir l’avenir de manière plus positive. Maintenant, la seule chose que j’ai envie de faire c’est de me faire plaisir. Et j’ai envie de faire plaisir aux gens qui m’ont toujours épaulé. Je n’ai pas de rancœur vis à vis de qui que ce soit. J’ai fait des choses bien sur la piste. Maintenant j’ai envie de me consacrer à la distance reine. Après, je pense que je reviendrai sur du 10 000 m cet été car j’ai envie de garder ma vitesse de base. Mon objectif c’est de me rapprocher du record de France du 10 000 m. J’ai fait 27’30 (27’31’’46 en 2011), c’est 27’22 (27’22’’78 par Antonio Martins en 1992). J’ai l’opportunité de le tenter fin juin à Ostrava où il y aura un gros 10 000 m. Surtout que le 10 000 m m’aidera beaucoup pour préparer le marathon.

– Comment voyez-vous la suite ?

Après on verra. Un an, deux ans, trois ans… Je me fixe une olympiade avec des objectifs intermédiaires. Le marathon de Londres n’est qu’une étape. Aujourd’hui, je sais que j’ai la capacité pour courir vite sur marathon mais on ne sait pas quand. Il faut une alchimie entre plusieurs paramètres : une bonne préparation, une bonne course, de bonnes conditions… C’est ce qui me motive. Cette saison, l’objectif ce sont les Mondiaux de Londres. L’année prochaine, il y a les Championnats d’Europe (2018), c’est un super objectif car il est abordable. J’ai envie de les faire sur marathon. Pour exister sur 10 000 m en championnat il faut faire 27’00. Alors qu’en valant 2h10-2h11 sur marathon, on peut tirer son épingle du jeu en fonction de la manière dont on court. Je suis très optimiste pour la suite. Je sais que la route est encore longue. Après la tempête, le ciel est toujours bleu. J’ai vécu quelques mois de tempête, maintenant, je suis content ! »

Retour sur le semi-marathon de Paris.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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