Benoit Z

Benoit Z aimerait se lancer dans l’aventure du trail. (Photo copyright : Yekri.com/ Benoit Z)

 

En 2h06’10, le Turc d’origine kenyane (naturalisé en septembre dernier) Mike Özbilen Kipruto (ex Kaan Kigen) a battu ce dimanche, lors du marathon de Seoul, le record d’Europe du marathon que co-détenait (avec le Portugais Pinto) Benoit Zwierzchiewski, alias Benoit Z, depuis ses 2h06’36 à Paris en 2003. Pas encore officialisé par l’IAAF, ce record devrait néanmoins effacer des tablettes la star du macadam du début des années 2000 en France. Peu touché par la nouvelle, Benoit Z préfère en sourire et déplore surtout le manque de relève à l’échelle européenne. Dans cette interview, il revient également sur ses projets avec la Benoit Z Team et ses envies de trails.

– Track and Life : Bonjour Benoit Z, quelle est votre première réaction à la vue du nouveau record d’Europe du marathon ?

« Tout d’abord, est-ce que ce record sera validé ? C’est rigolo, car c’est passé un peu inaperçu. Les tablettes des records n’ont pas encore été modifiées. On peut se poser un tas de questions sur la forme comme, est-ce que la Turquie fait partie de l’Europe ? Sinon, en terme de performance, je suis admiratif des personnes qui sont capables de courir en 2h06. Je sais ce que ça fait. Que ce soit un Kenyan, un Ethiopien ou un Français, la performance reste belle. Ce qui me préoccupe, c’est qu’on ait dû attendre treize ans pour qu’un athlète, de surplus naturalisé, batte mon record. C’est ça qui n’est pas normal ! Sans penser à mes records chez les jeunes qui tiennent toujours (records de France cadets sur 3 000 m : 8’10’’9 ; juniors sur 5 000 m : 13’42’’3 et 10 000 m : 28’30’’8 et espoirs sur semi-marathon : 1h01’41 et marathon : 2h10’51).

« Je ne sais pas si Mo Farah ou des Turcs naturalisés sont des bonnes locomotives »

– Justement, comment analysez-vous le fait que plus aucun athlète n’ait réussi à battre l’un de vos records ?

On est évidemment dans des performances de pointe. Mais moi, dès l’âge de quinze ans, j’avais toute une structure autour de moi avec mes parents, l’école aménagée et un partenaire. J’étais payé par Nike pour courir. Les jeunes n’ont peut-être pas cette chance aujourd’hui. Mais il n’y a pas que ça. Il faut se poser les bonnes questions. Moi, je suis en observation. Et la seule chose que je vois c’est qu’aucun jeune n’est en mesure de battre mes records. Le seul qui semble sur cette voie, c’est le petit Julien Wanders (athlète franco-suisse qui court pour la Suisse). Mais ils n’ont personne à qui s’identifier. Moi j’avais les Joseph Mahmoud, Thierry Pantel ou Abdellah Béhar. Je suis le premier à être triste que personne ne batte mes records. Mais il faut des locomotives devant.

– Les locomotives, il y en a, mais elles ne viennent pas d’Europe…

Quand j’ai réalisé mon record d’Europe sur marathon, c’était la douzième meilleure performance mondiale de tous les temps. Aujourd’hui, j’ai dû reculer au-delà de la 130e place mondiale avec quasiment que des Kényans et des Ethiopiens devant moi. Les Mo Farah ou des Turcs naturalisés, je ne sais pas si ce sont de bonnes locomotives. Après je comprends que les athlètes aient du mal à passer sur marathon. Moi, je n’ai jamais eu de médaille en grand championnat car je préparais un marathon par an et c’était Paris. On ne peut pas enchaîner deux marathons et être performant. Il me fallait six mois pour être prêt. Mais en France, il y a quand même un problème quand tu vois que le deuxième aux France de cross cette année est un triathlète (Vincent Luis). Il est excellent dans son sport mais il ne devrait pas pouvoir battre des athlètes qui ne font que de la course. Au temps des Pantel et compagnie, cela ne serait pas arrivé !

« En ce qui concerne Hassan Hirt, je suis pour les deuxièmes chances »

– C’est un record qui vous ramène dans l’actualité de l’athlétisme de compétition alors que vous vous en étiez éloigné depuis quelques années.

Oui, aujourd’hui, j’ai basculé dans le running loisirs. Je viens de créer mon club, la Benoit Z Team (www.benoitzteam.com). On lance d’ailleurs le site officiellement aujourd’hui (mardi 22 mars). C’est un club qui s’adresse à ceux qui ne veulent pas être dans un club traditionnel. Ceux qui courent de manière sauvage mais qui recherchent néanmoins des conseils. Le but n’est pas de faire de l’argent mais de rendre à l’athlétisme ce qu’elle m’a donné. Pour moi, le marathon, c’est la course la plus populaire qui existe, où il n’y a pas de distinction de classes sociales. Et en tant que recordman d’Europe (ex ?), je pense être légitime pour guider des personnes. Je veux continuer de communiquer sur ce que je sais faire.

– D’ailleurs, votre club a déjà créé une petite polémique dans le milieu de l’athlétisme fédéral avec la signature de Hassan Hirt (athlète français suspendu deux ans pour dopage en 2012) comme athlète.

Hassan m’avait contacté sur Facebook car aucun club ne voulait lui octroyer une licence. Je lui ai dit qu’il pouvait payer sa licence dans notre club. Ce n’est pas moi qui ai pris la décision mais le président du club. Mais je suis pour les deuxièmes chances. Notre communauté du running ne peut pas refuser une licence à un athlète, ce n’est pas dans ses valeurs. Cela a gêné au niveau de l’athlétisme pur mais dans les pelotons populaires tout le monde s’en moque. Et je trouve qu’il a fait une rentrée courageuse aux France de cross (20e au Mans). Il aurait gagné, je me serais dit : « merde ». Mais là, à la vue des échanges que j’ai avec lui, il est dans la continuité de son entrainement.

« Gagner l’UTMB serait le summum »

– En parlant du Mans, vous allez avoir 40 ans cette année (le 19 août), pourquoi ne pas avoir tenté de courir les Championnats de France de cross chez les Masters ?

J’avais déjà mis le cross de côté lors de ma carrière. Pour moi, c’était incompatible de faire les France de cross pour préparer le marathon de Paris qui était mon objectif. Selon ma méthode d’entrainement cela me paraissait difficile de faire les deux. Donc cela ne m’a pas traversé l’esprit de courir chez les vétérans. Je veux courir de manière plus populaire.

– Justement, où en êtes-vous en tant qu’athlète ?

En 2015, j’ai levé le pied et j’ai pris un peu de poids. Mais je fais encore de l’athlétisme à plein temps grâce à mon partenaire Direct Energie (il est consultant et réalise des interventions en entreprise). Je ne suis pas dans la dynamique des records vétérans à part peut-être celui des 100 km à terme. Là, j’ai la tête au trail, voire à l’ultra trail. Tous les athlètes de ma génération sont sur le trail. Je suis super motivé et je débuterai normalement en octobre prochain. Je vais être attendu car j’ai un nom. Mais je vais m’entrainer pour gagner. Quand je vois une course comme l’UTMB, ça me fait rêver ! C’est un peu le Tour de France du trail en terme de notoriété et d’importance dans le milieu. C’est une classique comme l’est le marathon de Paris. J’ai déjà gagné à Paris. Donc gagner l’UTMB serait le summum ! »

Pour en savoir plus sur la Benoit Z team : page facebook.

Crédit photo de Une : Yekri.com / Benoit Z

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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