Benjamin Malaty

Grand amateur de décathlon, Benjamin Malaty était au Décastar de Talence pour participer à une animation.

 

Loin de son meilleur niveau depuis deux saisons, notamment à cause de blessures, l’international Benjamin Malaty semble sorti de cette spirale négative. C’est donc avec le sourire aux lèvres et une certaine gourmandise qu’il se lance dans cette saison 2016-2017 qu’il souhaite « classique », à savoir du cross et un marathon au printemps. Pour l’heure, il reprendra ses marques en compétitions le 9 octobre prochain à l’occasion du 20 km de Paris, un bitume qu’il commence à bien connaître. Nous avons pu le rencontrer chez lui, à l’occasion du Décastar de Talence, sport qu’il aurait aimé pratiqué – «  mais je n’avais pas les qualités physiques pour » – afin de revenir sur ses dernières saisons galères et la suite, qu’il espère radieuse.

– Track and Life : Benjamin, comment allez-vous ?

« La forme est très bonne en ce début de saison. Après mon marathon du printemps (2h16’16 à Paris), j’ai coupé quatre semaines. J’en avais besoin pour faire le vide, faire le point et aussi pour me faire de vraies vacances. J’avais vraiment besoin de souffler, de faire un vrai break, de ne pas penser à l’athlétisme. Les années précédentes, avec la déception ou l’envie d’enchainer suite aux différents championnats, je n’avais pas assez coupé. Ensuite, j’ai fait deux mois tranquilles où je me suis entretenu, sans me faire mal à l’entrainement. Le but était de ne pas repartir tout de suite, ne pas reprendre la saison trop tôt. Je voulais aussi faire une saison normale : commencer cet été et terminer l’été prochain. La reprise a donc été effectuée peu après la mi-juillet et là, ça fait presque deux mois que j’ai repris et ça monte crescendo. J’ai retrouvé de la force, de la condition physique donc grâce à ça, j’ai retrouvé de la vitesse. Et quand tu commences à aller plus vite, tu retrouves tout simplement le plaisir. C’est ce qui me manquait depuis deux ans, même si c’était revenu de temps en temps.

« Ce n’est jamais facile une carrière »

– Vous aviez vraiment perdu le plaisir de courir lors des deux dernières saisons ?

Ce qui m’a manqué depuis deux ans c’est de faire des performances. Il m’a manqué de la confiance pour arriver sur les grosses compétitions. Le facteur confiance est super important. Je ne pense pas que j’étais mauvais mais quand on arrive avec un facteur confiance plus élevé c’est plus facile. Je n’avais pas la tête au fond du seau mais c’était plus de la frustration liée à des gênes physiques à l’entrainement. La gêne entraine un manque d’assurance, de confiance et d’envie. J’ai eu beaucoup de problèmes aux ischio-jambiers, au tendon d’Achille, à l’estomac. Ce n’était rien de grave, je n’ai pas été opéré mais ce sont des gênes qui s’enchainent, surtout avec le marathon. Et des fois on perd pied, on n’y croit plus. On se dit : « ce n’est pas possible, je ne vais plus retrouver mon corps ». Ce n’est jamais facile une carrière. Il y a des hauts et des bas pour tout le monde. Ca reste du sport mais là, j’ai l’impression de retrouver du plaisir au fur et à mesure. Et rien que pour ça, ça fait du bien.

– D’où ce besoin de vraiment couper après le dernier marathon de Paris.

Nous, les marathoniens, le problème c’est que dès qu’on finit un grand championnat, on se perd. On peut aller courir un 10 ou un 20 km. Alors que les spécialistes de la piste coupent entre cinq et six semaines. Alors que nous, on est tentés d’aller sur des trucs sur la route . Et là, je me suis perdu. En reprenant trop tôt j’ai aussi réduit ma récupération. Et du coup, je suis entré dans une spirale négative. Au fur et à mesure, j’allais m’entrainer pour aller m’entrainer mais il y avait moins de plaisir.

« J’aurais aimé que les minima soient un poil plus faciles »

– Le fait de courir après des minima olympiques très exigeants (2h11, record en 2h12 en 2013) n’a pas dû vous aider non plus.

Cette recherche des minima pour les JO a aussi était un frein. Parce qu’il y avait un peu de pression, un peu de stress, il fallait faire vite, essayer d’enchaîner plusieurs marathons. Avec du recul, je me dis que je n’aurais jamais dû faire celui de Francfort (2h17’26 le 25 octobre 2015) car je n’étais pas prêt. Mais en même temps, j’avais envie de me laisser deux chances.

– Quel est votre avis sur le niveau des minima demandés pour les Jeux olympiques ?

On a dit que les marathoniens français n’étaient pas bons cette année. Mais si on ne court pas pour aller chercher des minima à 2h11 et qu’on court pour faire un chrono, on fait peut-être mieux. Les minima étaient encore plus durs il y a quatre ans (2h10), mais je pense qu’il faut laisser un peu de chances, surtout aux jeunes. Moi j’ai trente ans, je ne suis pas vieux sur marathon mais il faut surtout motiver les jeunes car c’est dur de passer les paliers entre juniors, espoirs et seniors. Les minima sont difficiles. On a qu’une ou deux chances sur marathon, c’est pour ça que c’est un peu plus dur que sur d’autres disciplines. Nous, on se loupe et c’est fini. On ne peut pas retenter deux semaines après. Quand on voit les Jeux avec 150 mecs au départ, on se dit qu’avec un ou deux Français autour des 2h13-2h14 dans le lot, ils ne seraient pas passés pour des guignols. Après on est sur des politiques élitistes qui portent leurs effets car on ramène plus de médailles qu’avant. C’est un choix. On est d’accord ou on ne l’est pas. Mais la Fédération a des résultats donc elle risque de maintenir cette politique là. J’aimerais bien que les minima soient un poil plus faciles. Pas trop « easy » mais accessibles, sur le niveau top 10, top 15 européen.

« J’ai encore quelques espérances »

– Seule Christelle Daunay était du voyage à Rio, ce qui a entrainé de grosses critiques quant au niveau du marathon français, les comprenez-vous ?

On sait qu’on ne peut pas faire 2h04. On dit : « au niveau français ça stagne ». Mais regardez au niveau européen. Certes il y a quelques mecs en 2h09-2h10 mais on n’est plus sur des mecs en 2h07-2h08 comme à l’époque. Maintenant, on va trouver quelques Kenyans naturalisés mais c’est tout. Ce n’est pas qu’un problème français. Finalement, il y a une différence entre le Kenya, les problématiques qui y sont, et l’Europe. L’athlé, ce n’est jamais facile. En faisant des chronos à 2h12-2h13, la plupart, on est obligés d’avoir quelque chose à côté, un boulot. Ce n’est pas facile mais moi je suis bien comme ça aussi.

– Le marathon est l’une des disciplines où les performances s’affolent le plus. Continuez-vous néanmoins à prendre du plaisir et à rêver d’exploits ?

J’ai relativisé vachement de choses. Mais j’ai encore quelques envies, quelques espérances. Je regarde moins les grands championnats avec des yeux d’un gamin mais ça me donne toujours aussi envie. J’ai mon pote Yoko (Yoann Kowal) qui fait cinquième aux JO. J’étais avec lui il y a deux jours pour son enterrement de vie de garçon avec Yohan Durand (également international français). Les potes c’est important. Je garderai ça en mémoire pour aussi continuer à me motiver. C’est eux qui nous permettent d’avancer. C’est eux qui ont toujours été là dans l’entrainement, dans les bons moments, dans les moins bons. C’est eux aussi qui donnent envie de continuer et de s’amuser ensemble.

« J’ai besoin d’une saison de cross complète »

– Vous dîtes vouloir partir sur une saison « classique ». A quoi cela correspond-il ?

C’est une saison avec un peu de route puis essayer d’être en forme à la mi-novembre pour la sélection pour les Championnats d’Europe de cross. Et derrière, faire une saison de cross classique avec un ou deux 10 km intercalés et un marathon au printemps. En gros, faire une saison comme je les faisais auparavant. Le seul problème c’est que les années précédentes, il y a eu souvent des blessures à l’automne. Et quand elles arrivent à cette période, souvent après, c’est du bricolage. Elles m’ont fait changer mes plans et m’ont fait perdre du temps. J’ai loupé les trois derniers France de cross alors que je suis un passionné à la folie de ces championnats. Je pense que j’ai besoin d’une saison de cross complète qui sera ma rampe de lancement pour le marathon.

– Justement, le prochain marathon est-il déjà coché ?

Il y a encore de grandes chances que ça soit Paris pour la simple et bonne raison que je m’y sens bien. Cette année, ça s’est moyennement passé mais j’ai senti des trucs. Faire 2h16 malgré quelques petits soucis pendant la course m’ont fait sentir que j’étais quasiment revenu à mon niveau. Le problème c’est que c’est le marathon, et une fois sur deux, il t’arrive un petit truc. Il faut l’accepter. Des fois ça passe et des fois ça ne passe pas. Même si le 2h16 était décevants, j’ai senti qu’il y avait des choses qui s’étaient passées ce jour-là malgré une préparation qui avait été bonne mais pas optimale au niveau physique et de la confiance.

– On peut donc dire que vous repartez du bon pied.

Je croise les doigts pour prendre du plaisir et être en forme. Ce que je veux, c’est me faire plaisir. Mais là on repart avec le sourire et tant pis pour le reste. S’il y a du plaisir, il y a plus de chances qu’il y ait de bons résultats. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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