Basile Rolnin

Champion de France espoirs de l’heptathlon cet hiver, Basile Rolnin est très ambitieux en cette saison olympique.

 

Désireux de devenir un combinard depuis son plus jeune âge, Basile Rolnin a dû patienter un long moment avant de pouvoir enfin exploiter son potentiel. Champion de France espoirs cet hiver sur l’heptathlon, comme en 2014, il semble cette saison capable de franchir un nouveau palier.

« Un jour, lors des vacances d’été, j’étais sur le stade avec ma sœur (Raphaëlle, également spécialiste des épreuves combinées), raconte Basile Rolnin. Michel Montesquit, notre entraineur de l’époque, nous a demandés ce que nous voudrions faire plus tard. Ma sœur a répondu championne du monde du 10 000 m et du triple saut. Et moi, quand je lui ai dit les performances que je faisais, il m’a dit, “et bien tu seras champion du monde du décathlon avec 10 000 points“. Dans ma tête, cela a déclenché quelque chose et c’est devenu un rêve de devenir performant dans ce sport. »

« Le décathlon me fait penser au Tour de France »

Piqué par l’athlétisme par le biais de son grand frère et de sa grande sœur, Basile Rolnin a très vite pris goût au premier sport olympique. Licencié au club de Soues (65), il découvre dans cette petite structure les différentes épreuves et s’amourache de tout. « Depuis tout petit, je veux faire du décathlon. J’avais comme idole le décathlète Dan O’Brien (ex-recordman du monde avec 8 891 points). Il m’a inspiré. J’adore cette discipline, ça me fait penser au Tour de France. Le classement peut toujours évoluer jusqu’à la dernière épreuve. Il faut juste s’accrocher jusqu’au bout. Mais avec mes problèmes de croissance, c’est vite devenu compliqué de s’entraîner. »

Basile Rolnin

Basile Rolnin s’entraine tous les jours au stade Urbain Wallet de l’Amiens Université Club.

 

D’abord les genoux, puis les hanches, en passant par les ischio-jambiers et les tendons d’Achille, Basile Rolnin a connu très tôt de grosses blessures liées à une croissance trop brutale. Ses années cadets et juniors, il les passe donc sur les plateaux de lancer, à défaut de pouvoir courir ou sauter. « A chaque fois que je revenais à l’entrainement pour préparer les épreuves combinées, je me blessais au bout de deux séances. »

Le disque et le marteau aux Championnats du monde cadets

Néanmoins doué pour les lancers, il se qualifie pour les Championnats du monde cadets de Villeneuve d’Ascq (2011) au disque et au marteau. Une compétition qui lui rappelle son amour pour les combinées. « Le premier jour, quand on est arrivés sur le stade, j’avais envie de faire des haies ou de la longueur. Et je me suis dit : “tu vas faire que le disque et le marteau“. Ca m’a fait prendre conscience que je ne pouvais pas me cantonner à une seule discipline. »

Dans une impasse, Basile Rolnin décide alors, à la suite de l’obtention de son bac, de rejoindre Jean-Paul Bourdon à Amiens en septembre 2012. « Depuis tout petit, je rêvais de faire des combinés mais les blessures m’ont ralenti. Les entraineurs pensaient que ce n’était pas pour moi, que j’étais trop fragile. Les gens étaient contre moi, ils me conseillaient autre chose. Personne ne me prenait au sérieux. J’ai vraiment eu envie de changer. Il fallait prendre un nouveau point de départ. »

Un premier décathlon en juniors 2

Encore trop friable physiquement, il se blesse aux ischio-jambiers lors de sa première saison en Picardie (juniors 2) mais réalise enfin un décathlon en compétition. « Il y avait le moteur mais pas la carrosserie, rigole-t-il. Avec Jean-Paul, on a passé un an et demi dans la galère mais ç’a fini par payer. J’étais vraiment déterminé à faire des épreuves combinées. Il n’y avait rien qui aurait pu m’empêcher de jouer la carte des combinées à fond. Il me manquait le physique, l’expérience, il a fallu prendre le temps. »

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Au quotidien, Basile Rolnin peut compter sur un groupe fourni de combinards à Amiens.

 

Et c’est finalement en espoirs que l’histoire prend forme. Champion de France en salle en 2014, il termine également troisième aux France Elite à Bordeaux, la révélation. « Là, on a passé une marche. C’est là que tout a commencé. » S’en suit une huitième place aux Championnats d’Europe espoirs l’année dernière, avant cet hiver réussi, fini sur un total de 5 825 points à l’heptathlon, un nouveau titre espoirs en poche. « C’est un hiver probant et imprévu ! »

Entorse de la cheville en octobre

Imprévu car début octobre, madame la blessure avait encore sonné à sa porte. En pleine séance de pliométrie, une réception mal assurée laissait sa cheville dans un sale état. « Je me suis fait une grosse entorse de la cheville avec des ligaments qui ont sauté. C’a duré assez longtemps et je n’ai pu reprendre un vrai entrainement qu’aux vacances de Noël. » Encore gêné lors de ses premières compétitions en janvier, il retrouve finalement des sensations au bon moment. « Au bout de trois, quatre compétitions, ç’allait mieux. Et à l’entrainement, j’ai pris confiance sur des choses que je ne faisais pas avant. Finalement, je m’en sors vraiment bien avec un total intéressant qui était sûrement améliorable. Ca m’a redonné du peps et une grosse confiance pour les futurs rendez-vous. »

Basile Rolnin

Au programme de ce mercredi 6 avril, une spé 1 500 m avec un 200 m, un 1 200 m puis un 300 m sur des allures de 4’30 au 1 500 m.

 

Des échéances internationales auxquelles il pense, même si sa côte est sûrement la plus élevée pour tous les spécialistes, avec seulement quatre décathlons terminés chez les seniors (record à 7 679 pts). « Que ce soit physiquement ou mentalement, j’ai vraiment passé un cap. Je commence à m’affirmer. Je me prends vraiment pour un décathlonien. Mais évidemment, on est plusieurs à rêver des JO. Je ne suis pas le favori sur le papier mais je ne me fie pas à ça. Il faut travailler et le jour J, si je suis en bonne condition, il y aura moyen de faire quelque chose de beau. »

Trois entrainements de demi-fond par semaine

En quête du temps perdu, Basile Rolnin insiste sur ses défauts, où le 400 (50’’67) et le 1 500 m (4’48’’68) apparaissent en haut de la liste. C’est d’ailleurs dans cette optique, qu’il est conseillé depuis plus de deux ans par Hakim Belhachemi, un entraineur de demi-fond réputé en Picardie. « Je n’avais pas beaucoup de coffre en arrivant à Amiens. J’ai des acquis techniques sur la plupart des disciplines mais mes grosses faiblesses sont sur les épreuves où il faut se charbonner sur la piste. Au final, ce sont des points plus faciles à aller chercher. Je pense que c’est plus abordable de passer de 4’48 à 4’35 au 1 500 m, que de 10 à 14 mètres au poids. Pour accéder au petit gratin, je dois progresser sur ça. »

Basile Rolnin

Pour le demi-fond, Basile Rolnin s’appuie sur l’expérience de l’entraineur Hakim Belhachemie.

 

Il s’octroie donc trois séances hebdomadaires de demi-fond, en plus d’une préparation normale pour un décathlète visant les 8 000 points. Un programme très copieux qu’il arrive à concilier grâce à une dispense d’assiduité à sa faculté. « Je suis en master 1 STAPS (entrainement et optimisation de la performance) mais je suis dispensé des cours. Et j’ai deux ans pour valider cette année. Je peux donc me concentrer sur l’athlétisme. »

A 300 % dans l’athlétisme

Une façon de mettre tous les moyens de son côté pour réaliser son rêve. « Les années olympiques ce n’est pas tous les jours. Je suis peut-être jeune, inexpérimenté, mais j’ai envie de jouer le coup à fond. J’ai une marge de progression dans la façon de vivre un décathlon que ce soit techniquement ou physiquement. J’ai plein de points à prendre. Je mets 300 % de mes chances de mon côté et on verra ce que ça donne. »

Pour les 10 000 points, il devra attendre de s’endormir, mais faire monter la jauge au-dessus des 8 000 unités est envisageable.

L’occasion de rentrer dans le cercle fermé des « vrais » décathloniens. Finalement quelque chose qui serait normale, pour un athlète qui a cette discipline dans la peau.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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