Baptiste Mischler

Baptiste Mischler participera ce dimanche 15 janvier au cross Ouest-France.

 

Tout juste espoir, le quatrième des derniers Championnats du monde juniors sur 1 500 m découvre progressivement le monde professionnel de l’athlétisme, entre la signature d’un premier contrat avec un équipementier, l’invitation à un cross international ou la perspective des grands championnats, le voilà prêt à prendre son envol. Rencontre à l’aube du cross Ouest-France, où il se frottera pour la première fois au gotha français de la discipline. 

Ce week-end au Mans, Baptiste Mischler est le petit jeune. Entre les Florian Carvalho, Yohan Durand, Benjamin Malaty ou le vétéran Driss El Himer, il ne pèse évidemment pas lourd avec ses 19 ans et ses sélections jeunes. Pourtant, Dominique Chauvelier, le responsable du plateau du cross Ouest-France n’a pas hésité pour le faire venir se frotter à cette meute. Il faudrait d’ailleurs être aveugle pour ne pas voir que cet Alsacien est sûrement le futur grand miler français. Mais aujourd’hui sur le parcours boueux du Mans, ses 3’39’’58 réalisés l’année dernière à Amiens (2e meilleure performance française juniors de tous les temps, voir article) ne devraient pas l’aider. Il n’est de toute façon pas venu pour ça. « Je vais essayer de m’amuser, de prendre un maximum d’expérience et surtout de ne pas me prendre la tête car il n’y aucune raison sur une course comme ça. J’aurai de bons repères comme Driss El Himer ou Paul Lalire. Je vais surtout apprendre, car 9 km en cross c’est une distance que je n’ai jamais faite. »

La claque de Gujan-Mestras

Surtout, Mischler a une revanche à prendre sur les labours qui l’ont séché au début de l’hiver. Taulier de l’équipe de France juniors, et champion d’Europe de cross par équipes en titre, l’athlète de l’Unitas Brumath ne s’est pas qualifié pour le dernier rendez-vous continental de Chia, laissant ses copains briller sans lui (nouveau titre par équipes). « J’ai été assez surpris de ma performance à Gujan-Mestras (voir article), parce qu’une semaine avant, j’avais fait une super bonne course à Arnay-le-Duc. Mais le jour de la sélection, je n’avais pas de jambes, c’était un jour sans. J’étais bien pendant la première moitié de course mais quand Jimmy a posé ses deux attaques, j’ai suivi la première mais sur la deuxième, les jambes ne pouvaient plus. Dans le dernier kilomètre, je m’effondre complètement. J’ai pris une grosse claque ce jour-là. Les deux semaines suivantes ont été un peu compliquées à l’entrainement. Mais j’ai su me ressaisir. On a fait plusieurs jours un peu plus tranquilles puis on s’est remis à l’entrainement. Je suis reparti sur un bon rythme. »

Rassuré par son succès lors des Championnats de France universitaires à Montbéliard (8 décembre), il est aujourd’hui passé à autre chose, même si son échec gujanais aurait pu orienter différemment son hiver. « Au début de saison, on était partis sur le cross court. Mais suite à ma désillusion à Gujan, je m’étais dit que j’allais faire le cross long pour prouver que je suis quand même bon en cross. C’était un coup de gueule comme ça. On en a parlé avec le coach (Hubert Steinmetz) et il m’a résonné. Si on avait fait du long, cela aurait cassé ma vitesse. On est restés sages. »

Ne pas changer une méthode qui marche

« Sage » dans le jargon « Steinmetz-Mischler », c’est conserver les méthodes qui marchent. « On a toujours fait une saison de cross. Ca fait quatre saisons de suite que je fais une bonne saison estivale parce que je progresse à chaque fois l’hiver. On est à l’ancienne école avec du kilométrage et du foncier. Hubert il a cette culture du cross. Et à la vue de nos installations, on ne peut pas préparer la salle. On ne va pas tout changer parce que je passe espoir. Je m’amuse toujours autant en cross. Ca me fait plaisir d’aller dans les labours. »

Finalement, ce qui va surtout changer, ce sont les attentes autour du prodige. Passé espoir depuis cette saison, il sait que le temps vers les grands est compté et que les années d’insouciance sont déjà passées. « Maintenant on est rentrés chez les seniors. La catégorie espoirs il faut la mettre entre parenthèses. Lors du stage à Boulouris, les entraineurs fédéraux nous ont dit : “L’année d’espoirs 1 est une année de transition et en espoirs 2, on vous considère déjà comme des seniors. Vous devez avoir une hygiène de vie de seniors, vous comporter comme des seniors.” Ca fait un peu peur quand on nous dit ça. Mais en même temps, c’est assez excitant et ça donne envie ! »

Le cross court et les Europe espoirs

Un monde des grands qu’il découvre progressivement. « Je rentre dans le monde professionnel de l’athlétisme, avoue-t-il. Il y a plein de choses qui changent. On vient nous chercher à la gare, on nous donne notre chambre, tout est pris en charge lorsqu’on fait une compétition. Ca change. Il y a aussi les équipementiers qui viennent (il vient de signer avec l’équipementier Nike). Mais je ne me mets pas trop de pression par rapport à ça. Ce n’est pas non plus un grand tournant, c’est la continuité. On sort des années jeunes, on devient seniors, donc c’est normal. On a fait des bonnes performances chez les jeunes donc c’est un peu la récompense. Maintenant il faut surtout garder la tête sur les épaules. »

Suite à sa première au Ouest-France, Baptiste Mischler sautera les quarts de finale des Championnats de France de cross pour rentrer lors des demi-finales à Châteauvillain (5 février) sur le cross court, avant un premier essai chez les seniors dans un championnat de France à Saint-Galmier. Ensuite, la piste fera son retour, et lui, remettra sa tenue de miler. « Les Europe espoirs c’est évidemment l’objectif de la saison, avance celui qui est vice-champion d’Europe juniors en titre. On va donc faire une préparation 1 500-800 m avec une dominante sur le 1 500 m pour les grands championnats. Si je pars sur la même dynamique que l’an dernier, je peux viser une place de finaliste, voire un podium à Bydgoszcz. »

Et les Mondiaux de Londres ? « Les Mondiaux c’est un peu tôt. Les minima vont être très durs. Il va falloir que je progresse encore de cinq secondes comme l’an dernier si je veux les faire (rires). »

Bienvenue dans le grand bain !

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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