Ayodele Ikuesan

Ayodele Ikuesan s’entraine régulièrement au Centre Jules Ladoumègue, porte de Pantin à Paris.

 

Vice-championne d’Europe du 4×100 m en 2014, la sprinteuse Ayodele Ikuesan a connu depuis deux saisons compliquées à cause d’une blessure, l’empêchant de défendre pleinement ses chances l’été dernier pour participer à ses troisièmes Jeux olympiques. Un contretemps qui l’a poussée à prolonger sa carrière pour une durée indéterminée, malgré un quotidien très chargé entre son entrainement, son métier de consultante et son nouveau rôle au sein de la commission des athlètes de haut niveau au Comité olympique français. Rencontre.

Le rendez-vous était donné au centre sportif Jules Ladoumègue, sur le stade d’athlétisme de la Porte de Pantin à Paris. C’est ici que la sprinteuse Ayodele Ikuesan s’entraine régulièrement. Un stade qui respire la jeunesse – celle de ses occupants et non celle de l’enceinte – mais où l’athlétisme est loin d’être roi. Entre les jeunes qui flânent et ceux qui jouent au foot, ils sont peu nombreux à jeter un coup d’œil lorsqu’ils traversent la piste. Une athlète qui a déjà connu deux fois le frisson olympique (2008 et 2012 avec le 4×100 m) s’y entraine pourtant. Au moment de s’élancer pour des lignes droites, la vice-championne d’Europe du 4×100 m en 2014 n’est pas à l’abri d’un ballon perdu. Tarif commun à tous les athlètes s’entrainant sur les stades bondés d’Ile de France. Mais avec son sourire contagieux, Ayodele Ikuesan s’en accommode, tant que le plaisir de courir est là. « Tant que le corps va, je continue. Je prends encore pas mal de plaisir à m’entrainer. »

Blessure au tendon d’Achille en 2015

S’entrainer pour revenir, tel est le quotidien de celui ou celle qui a, un jour, connu la blessure, celle qui t’arrête, te freine et ne te lâche pas de si tôt. Pour Ayodele, c’est le tendon d’Achille droit qui a dit stop en juin 2015. Sortie d’une saison 2014 réussie avec notamment une huitième place en individuel aux Championnats d’Europe de Zurich sur 100 m (record personnel en 11’’22), l’internationale se voit diagnostiquer une fissure. Elle dit donc bye-bye à 2015, sans savoir que 2016 ne sera guère mieux. « J’ai eu un peu de mal à revenir en 2016. J’avais récupéré physiquement mais quand on se blesse, il y a des conséquences mentales avec notamment de l’appréhension. Je ne l’ai compris qu’aux France Elite en juin (6e sur 100 m en 11’’43). »

Tout près d’une troisième sélection consécutive aux Jeux olympiques, la Française voit le relais bleu partir sans elle à Rio. Une déception qui fait qu’elle est encore sur les pistes aujourd’hui. « Je savais qu’il ne m’avait pas manqué grand-chose pour faire partie du relais. Du coup, l’esprit revanchard a pris le dessus, avec l’envie de finir sur une bonne note. Je voulais partir avec le moins de regrets possible. »

Des allers-retours dans le Nord

Une décision néanmoins difficile à prendre puisque à côté de sa vie de sportive de haut niveau, la Parisienne est consultante à temps plein au sein de l’entreprise OnePoint. « Comme j’ai un double projet, il y avait cette question de savoir si j’allais tenir physiquement. Ce sont deux boulots ! Je me suis posée la question mais je me suis dit que je n’étais pas arrivée au bout de ce que je voulais faire. J’ai donc tout mis en place pour optimiser les choses. »

Alors entrainée par Christophe Letellier, elle se rapproche de l’entraineur nordiste Didier Baudoin afin de repartir sur quelque chose de neuf. La voilà donc aujourd’hui alternant entre le stade de la porte de Pantin, la salle de musculation d’Abdoulaye Fadiga (le 50 Foch à Paris) et des allers-retours au CREPS de Wattignies, deux week-ends par mois. « Je suis consultante en conduite du changement. J’accompagne les entreprises dans leurs transformations. C’est un métier qui me permet d’organiser mes semaines et d’anticiper les choses. »

Le double projet comme identité

Anticiper, gérer, jongler, est une habitude pour Ayodele Ikuesan. Adepte du double projet, l’athlète n’a jamais délaissé ses études et ses activités professionnelles, les menant de front avec sa pratique intensive de l’athlétisme. « A un moment donné, la question d’arrêter le sport s’est posée. Je me suis retrouvée à cheval entre deux mondes. J’ai fait le choix de ne pas faire de choix (rires). Je m’épanouis autant dans ma vie professionnelle que de sportive. »

Passée par des moments difficiles, où elle devait autant prouver dans son bureau que sur le tartan, l’athlète de l’AA Pays de France Athlé 95 est contente aujourd’hui de voir les choses évoluer dans le bon sens. « Maintenant, avoir un double projet est mis en valeur dans les entreprises. Avant, on nous voyait un peu comme des extraterrestres. Alors que c’est important le double projet. Ca permet d’avoir des perspectives professionnelles et de ne pas être dépendant des résultats sportifs. Je me suis battue pour pouvoir travailler tout en continuant d’être sportive de haut niveau. Je suis contente d’avoir maintenu le cap. »

Investie au sein du Comité olympique

Une façon de penser qu’elle espère faire prospérer au sein du mouvement sportif français puisque qu’elle vient d’être élue à la commission des sportifs de haut niveau au Comité olympique français. « C’est une conviction personnelle car je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à faire. Il y a plein de thématiques comme le double projet mais aussi le dopage, le marketing… où il faut encore faire bouger les lignes. J’ai à cœur de partager et d’apporter un peu de mon expérience. »

Une expérience de plus de quinze ans dans l’athlétisme qu’elle a donc décidé de prolonger peut-être jusqu’à Tokyo en 2020. « J’aimerais beaucoup qu’on ait les Jeux à Paris en 2024 mais je ne suis pas sûre d’y être (rires) ! Faire trois fois les JO me plairait bien. On va y aller pas à pas. Je ne dis pas que je vais raccrocher les pointes à la fin de la saison. Je ne me mets pas de frein jusqu’à Tokyo. »

Le rêve d’une nouvelle médaille

Elle sera d’ailleurs cet été l’une des prétendantes au relais 4×100 m pour les Mondiaux de Londres. Vice-championne du monde pendant quatre heures en 2013 avant un déclassement du 4×100 m français (voir par ailleurs), Ayodele Ikuesan a gardé les photos de Russie pour elle et une petite flamme qui brule encore. « Ca reste dans un coin de ma tête de refaire un podium international en relais ou en individuel. Ca serait un beau pied de nez à cette page de l’histoire. Il y a encore d’autres choses à faire et à écrire. »

Plein de choses à faire, sur les pistes ou en dehors, exactement ce qu’il lui faut.

Le cauchemar russe

Lors des Championnats du monde 2013 à Moscou (Russie), les Françaises Stella Akakpo, Myriam Soumaré, Céline Distel-Bonnet et Ayodele Ikuesan décrochent la médaille d’argent du relais 4×100 m. Après un tour d’honneur et un podium, les Françaises se voient finalement déclassées pour un passage hors zone. Un dénouement difficile à vivre pour les héroïnes de l’époque. « Je garde évidemment un sentiment amer de Moscou, lâche Ayodele Ikuesan. Mais je veux surtout me souvenir qu’on a quand même fait deuxièmes et mine de rien, ça, on ne l’a pas volé. C’est dommage car cela nous aurait donné un petit coup de pouce médiatique. Je garde en tête qu’on a fait vice-championnes du monde même si ce n’était que pendant quatre heure! »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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