Aymeric Lusine

Après un sprint très serré, Aymeric Lusine est devenu champion de France du 800 m.

 

Repêché en finale, Aymeric Lusine a remporté le titre de champion de France Elite du 800 m ce dimanche, contre toute attente. Récit d’un week-end plein de surprises pour l’athlète de l’Entente Poitiers Athlé 86.

Si des bookmakers avaient pu parier sur le 800 m masculin des Championnats de France, pas sûr que le nom d’Aymeric Lusine ait pu être cité parmi les outsiders potentiels. D’ailleurs, même l’intéressé n’aurait pu imaginer ça. « Je me disais qu’une finale serait bien. J’étais loin de m’imaginer la suite. »

Troisième de sa série

Tombé dans la première série, aux côtés des internationaux Sofiane Selmouni (1’45’’62 en 2014) et Brice Leroy (1’46’’47 en 2016), ses chances d’intégrer la finale étaient minces. « En série, je suis bien placé pendant 300 m, puis quand tout le monde se replace, je me retrouve dernier, explique Lusine. Après, je fais une relance de l’espace au 500 m pour doubler plusieurs concurrents. Dans les derniers 50 m, je sens que c’est bon mais je me fais bloquer. » Finalement troisième en 1’50’’62, Aymeric Lusine sait que son avenir dans la compétition passe alors par un repêchage au temps. « Connaissant l’expérience des gars en deuxième série (Pierre-Ambroise Bosse, Samir Dahmani, Nasredine Khatir entre autres), je me suis dit que ç’allait être chaud. »

Effectivement, habitué des joutes nationales, David Verbrugghe prenait le train de la seconde course en main. Et à l’arrivée, derrière Dahmani et Bosse, qualifiés directement, les quatre suivants passaient au temps (Pasquereau, Khatir, Verbrugghe et Gobillard). Les premiers championnats de France du Poitevin étaient donc théoriquement terminés. « Après ma course, je reçois un message de Hugo Hay (international juniors) qui me dit de me renseigner car Bosse est malade et qu’il est forfait pour la finale. Je pars alors faire ma récupération et c’est là que j’entends qu’on me demande à la chambre d’appel. »

« Mon accélération produit son effet » 

Premier temps des éliminés, Aymeric Lusine récupère donc la place du patron en tant que lucky loser. Sans savoir que 24 heures plus tard, le boss ce serait lui. « Pour moi, le samedi c’était terminé. J’étais passé en mode spectateur. Mais quand j’ai vu la médaille de mon amie Corane Gazeau (3e du 800m féminin), ça m’a donné envie d’en avoir une aussi. Dans un coin de ma tête, je me suis dit qu’il y avait un petit coup à jouer. Mais jamais je n’ai pensé à la première place. »

Malgré les absences de Bosse, Renaudie (blessé à la cheville quelques jours avant les France) et Leroy (éliminé en série), le casting de la finale a fière allure. Mais jamais les cadors n’ont pris leurs responsabilités, permettant à tout le monde de pouvoir gagner. Après un premier tour assez lent, l’explication débute à 300 m de la ligne. Comme en série, Lusine est dernier du peloton à ce moment-là. « Quand je relance je me dis que ça va être compliqué de tenir jusqu’au bout. Mais je suis surpris car je me rends compte que mon accélération produit son effet. » Collé à Nasredine Khatir à 150 m de la ligne, il peut entrevoir le podium. « Je me dis alors que j’ai mes chances mais qu’il ne faut pas s’enflammer. J’ai essayé de rester concentré sur moi pour ne pas finir trop dégueulasse techniquement. »

Désigné champion une heure après l’arrivée

Annoncé troisième, Aymeric Lusine récolte dans un premier temps la place de dauphin de Sofiane Selmouni, dans une course où les sept premiers se tiennent en quatre dixièmes. « On a attendu le podium pendant une heure sous la tente protocolaire. Et à un moment, un officiel vient nous voir pour nous dire qu’il y a peut-être une erreur sur le résultat de la course. Avec Sofiane, on descend alors voir la photo-finish. »

Les deux athlètes se retrouvent donc devant une photo-finish où même les juges ont du mal à donner un vainqueur. « C’était assez compliqué car sur les photos on ne voyait pas très bien. Moi, durant la course, je me voyais deuxième. Sur la photo côté droit de la piste, on a l’impression que c’est Sofiane qui est devant mais sur celle de l’autre côté, c’est assez flagrant que c’est moi. Heureusement qu’on n’a pas la même couleur de peau et le même maillot. »

En effet, un petit bout de tissu noir de la tunique de l’Entente Poitiers Athlé 86 permet au jury de donner la victoire à Lusine. « Je suis resté assez respectueux par rapport à Sofiane, avoue-t-il. Je n’ai pas crié de joie. J’étais gêné. Mais évidemment, j’étais super content, car une deuxième place c’était déjà inespéré, alors la première ! »

Double médaillé chez les juniors

Finalement vainqueur en 1’50’’16, dans le même temps que Selmouni (Nasredine Khatir est 3e en 1’50’’26), Aymeric Lusine décrochait le titre pour ses premiers Championnats de France Elite, incroyable ! « J’étais 20e au bilan national et 12e temps des engagés, rappelle-t-il. Donc je n’en reviens toujours pas. Mais ça prouve que je peux être fort en championnat. Ce résultat ce n’est pas n’importe quoi. »

Déjà double médaillé chez les juniors sur 800 m (3e en 2013, 2e en 2014), Aymeric Lusine a gravi plusieurs marches d’un coup. De quoi voir l’avenir autrement. « Ca me donne de la confiance pour la suite, lance le protégé de Gérard Lacroix à Poitiers. Ca va m’ouvrir pas mal de portes, que ce soit au niveau d’un sponsor ou des meetings. Ca me conforte dans l’idée que je peux faire quelque chose. »

A la poursuite de Nasredine Khatir

Un statut à défendre dès les prochains championnats de France espoirs (16-17 juillet), où la concurrence devrait faire rage. « Il va falloir assumer maintenant, avance-t-il. Il va y avoir du monde aux France espoirs. Mais de toute façon, je n’aime pas avoir l’opportunité de gagner si les meilleurs ne sont pas là. »

Seulement espoirs 2, il peut également voir sa carrière prendre de l’ampleur, avec en ligne de mire les prochains Championnats d’Europe de la catégorie en 2017. « Chaque année, depuis que je cours, je vois les minima et je trouve ça injouable. J’ai le même âge que Nasredine Khatir et il est toujours devant depuis qu’on est cadets. Mais l’année prochaine, les Europe ça serait bien. »

Histoire d’ajouter une sélection internationale à un palmarès devenu, en un week-end, beaucoup plus important.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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