Hassan Chahdi

Hassan Chahdi à l’entrainement lors de sa préparation pour le marathon de Paris 2017.

 

Auteur de 2h10’20 ce dimanche (9 avril) lors du marathon de Paris, Hassan Chahdi a entrouvert les portes du très haut niveau sur la distance reine. A 27 ans, l’international français, qui courrait seulement pour la deuxième fois les 42,195 km, semble avoir l’avenir devant lui. De là à devenir le nouveau maître de la distance en France et en Europe ? 

Il ne fallait pas être un grand devin pour annoncer qu’Hassan Chahdi ferait un jour un chrono de niveau international sur marathon. Multiple médaillés dans les labours depuis ses années juniors (3e aux Europe juniors de cross 2008, 2e espoirs en 2009, 1e espoirs en 2010 et 2e Seniors en 2012), le coureur de poche isérois (1,69 m, 56 kg) était connu pour avoir un gros moteur, de quoi lui faire passer un jour le cap sur marathon.

Un grand talent

D’ailleurs, sa première sortie sur semi-marathon en mars 2015 en 1h01’42 avait tout de suite mis les projecteurs sur celui qui devait devenir le monsieur du marathon français. Pourtant, un an plus tard (avril 2016), sa première expérience sur la distance reine à Rotterdam se terminait dans la douleur en 2h15’59 (voir article). Un acte manqué pour certains, un résultat logique pour son entourage, à la vue de son régime kilométrique très léger de l’époque. « Hassan était un talent qui faisait des résultats sur le talent, juge Jean-Claude Vollmer son entraineur. Sur marathon, le talent ne suffit pas. Il faut travailler. Mais on n’allait pas passer de 90 km par semaine à 160 km du jour au lendemain. Cela aurait été l’amener à l’abattoir. »

Pour Paris 2017, le couple a haussé un peu le curseur, tournant à des semaines à 120 km, entre des fartleks en nature, des séances de rythme sur tapis roulant et une bonne dose de PPG. Suffisant pour gagner plus de cinq minutes en un an. « Rapport qualité/prix c’est du haut niveau, sourit Dominique Chauvelier, auteur de 2h11’24 en 1989 et médaillé de bronze européen en 1990 sur marathon. Avec aussi peu d’entrainement, faire 2h10, je dis « chapeau ! ». Si je n’avais pas fait de championnats j’aurais dû faire peut-être 2h09’50, il y vingt ans. Un mec comme Philippe Remond (2h11’22), qui était un plus gros moteur que moi, s’il avait été sérieux, aurait dû faire dans les 2h08. Mais là, avec Hassan, on passe à la table d’après. Un mec comme lui vaut 2h07. Maintenant, est-ce qu’il va faire une carrière de marathonien avec cet entrainement qui sort des normes ? »

Du temps pour se construire

Des sirènes que Jean-Claude Vollmer entend depuis longtemps. « Pour construire un marathonien il faut un peu de temps. Je pense qu’on a trouvé la bonne formule avec Hassan. Forcément qu’on va faire plus de bornes. Mais il ne fera jamais 200 km comme peuvent le faire d’autres. Il ne serait à mon avis pas capable de le supporter. Mais si on fait 10 km hebdomadaire de plus en moyenne l’année prochaine, ça lui fera gagner au moins une minute ». « Hassan montre qu’il commence à maîtriser la distance, ajoute Benoit Zwierzchiewski, recordman d’Europe avec 2h06’36 en 2003. Ca fait longtemps qu’il a prouvé qu’il avait le potentiel pour courir en 2h08, 2h09. Après, au niveau de l’entrainement, il y a plusieurs écoles. Tu en as qui vont faire plus de 200 km par semaine et qui vont passer à travers leurs baskets. Et d’autres qui seront au top avec une préparation plus qualitative. Moi j’avais besoin de cette surcompensation avec beaucoup de kilomètres pour être bien. »

Pour Chahdi, le régime qualitatif lui convient pour l’heure à merveille. « Qu’il monte d’une vingtaine de kilomètres hebdomadaires par an et il arrivera à 30 ans autour des 160, 180 km par semaine, lance Chauvelier. Faire des semaines à 200 km comme nous, ça ne lui servira à rien car il est hyper doué et qu’il ne fera pas de grosses saisons sur route comme on a pu le faire. »

Récupération vs compétitions

Qualifié pour les Championnats du monde de Londres (4-13 août), Hassan Chahdi fera en effet l’impasse, préférant se concentrer sur sa récupération. Un choix que ne comprend pas Dominique Chauvelier. « Ce qui m’énerve c’est le mot « récupération ». Quand tu t’es entrainé dur pour une course, que ça marche ou pas, tu coupes dix jours mais après il faut enchainer sur des courses « médiatico-financières » pour entretenir ton image. Si j’étais lui, je ferai les Mondiaux. Une 5e ou 6e place là-bas, ce serait bien ! » « Je veux qu’il récupère bien, tranche Jean-Claude Vollmer. Il va partir sur des objectifs sur semi-marathon. On n’a pas encore fait la planification mais j’aimerais bien qu’il court celui de Copenhague puis les Mondiaux de la discipline à Valence en mars 2018. Il faut que courir 1h01, 1h02 au semi-marathon devienne une habitude pour encore passer un cap. »

Un cap qui pourrait peut-être le rapprocher du record de France (et d’Europe) de Benoit Z. « Quand tu as un potentiel à 2h08, ça peut très bien être aussi un potentiel à 2h07, juge Benoit Z. Après, si faire 2h06 était si simple, ça se saurait ! Mais s’il me demande de l’aider pour se rapprocher de cette barrière, je n’hésiterai pas à le faire. Partager son expérience c’est aussi faire gagner du temps à ce genre d’athlète. » « Mon prochain objectif sera de faire autour de 2h08, tempère Chahdi. 2h06, je n’en suis pas encore là. Je ne me sens pas encore comme un vrai marathonien. Le jour où j’en ferai un en négative split sur des bonnes allures, je pourrai le dire ! »

Aujourd’hui, la seule chose que l’on peut avancer c’est qu’il est le Français avec le plus gros potentiel sur la distance. « Il a un bel avenir », conclut Chauvelier. Et c’est déjà pas mal.

Pour lire notre article sur le marathon de Paris 2017.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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