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Le gluten free est de plus en plus répandu dans les rayons des supermarchés.

 

De plus en plus répandue dans la société, la mode du sans gluten, ou gluten free, a également débarqué dans le sport. Effet de mode ou véritable trouvaille pour améliorer les performances ?

Depuis que Novak Djokovic a débuté un régime sans gluten, il domine le monde du tennis de la tête aux pieds, en passant par son assiette. Avant ce changement alimentaire, le Serbe pouvait connaître de gros trous d’air durant ses matches, avec un physique qui le lâchait. Depuis qu’il a retiré cette protéine de son assiette, ce sont ses adversaires qui voient flou. Une réussite qui a propulsé le gluten free en tête des paris à tenter pour les sportifs en quête de performance. Et alors qu’on a toujours entendu qu’il fallait manger des pâtes avant une compétition, voilà que tout est remis en question, à moins de manger des pâtes… gluten free.

Une caricature

Mais ce qui a marché chez Djokovic, ne peut pas être généralisé à toute la population selon le nutritionniste, spécialisé dans le sport, Anthony Berthou. «  Novak Djokovic peut avoir une prédisposition ou un intestin qui était perméable ce qui explique qu’en arrêtant le gluten, il a retrouvé un état de mieux être. Ca ne veut pas dire que son discours n’est pas fondé, mais à force de généraliser, on finit par en faire une caricature. »

Car « le Djoker » a entrainé une multitude de sportifs dans sa foulée et l’athlétisme n’a pas été épargné par le phénomène. Atteinte de la maladie coeliaque (intolérance permanente au gluten), la perchiste Jennifer Suhr, championne olympique en 2012 et détentrice du record du monde en salle (5, 03 m), suit évidemment un régime sans gluten, puisque son intolérance est prouvée.

Le régime sans gluten de Yohan Durand

Pour beaucoup d’autres, le régime sans gluten a été tenté pour répondre à des questions jusque-là sans réponse. C’est le cas de l’international français Yohan Durand. Le spécialiste du marathon a connu plusieurs blessures ces dernières saisons, ce qui l’a poussé à se tourner vers un régime sans gluten. « Lors de la saison 2014-2015, j’ai fait un régime sans gluten pendant six mois, explique le huitième des derniers Championnats d’Europe de cross. J’avais eu beaucoup de blessures et en cherchant, on s’était rendu compte que durant l’effort, je n’avais pas une bonne perméabilité intestinale ce qui permettait à des toxines de se rendre dans mes muscles. Et cela pouvait s’expliquer par l’absorption de gluten. »

Le Bergeracois a donc retiré de son alimentation tous les produits pouvant contenir du gluten. Et il est vrai que les résultats se sont fait sentir puisqu’il n’a pas été blessé lors de sa préparation du marathon de Paris 2015, qu’il a terminé en 2h14’00. « Ce régime a réglé mes problèmes, confesse le marathonien. Mais j’ai dû prendre également en parallèle un traitement pour mon intestin. J’étais bien dans ma préparation mais je ne peux pas dire si c’était grâce à l’arrêt du gluten ou au traitement. »

Un résultat qui ne surprend pas Anthony Berthou. « Le point de départ de l’intolérance au gluten est souvent lié à l’intestin. Pour des athlètes qui font des sports d’endurance, l’effort peut rendre l’intestin plus perméable, ce qui laisse passer certains fragments alimentaires comme le gluten. Chez des gens qui ont une prédisposition génétique ou une perturbation de la flore intestinale, cela peut engendrer des réactions inflammatoires sur l’organisme, et donc des blessures. Mais on ne peut pas en faire une généralité. Il ne s’agit pas de dire que le gluten est mauvais pour tout le monde. »

Des résultats pour les intolérants

De plus en plus présent dans nos assiettes, le gluten est difficile à éviter. Mais sa simple suppression ne pourra pas régler tous les problèmes. « Gérer le gluten en l’évitant simplement, sans prendre soin de son alimentation et en particulier de son intestin, ce n’est faire qu’une partie du protocole, continue Berthou. On voit qu’il y a des variabilités en fonction des individus mais des gens faisant le régime sans gluten peuvent ne pas aller mieux. »

D’ailleurs, pas convaincu à 100% par le gluten free, Yohan Durand a, depuis, recommencé à consommer du gluten. « Je fais moins attention maintenant. Mais à l’approche des compétitions ou dans les périodes avec de grosses charges d’entrainement, je privilégie quand même le sans gluten. »

Dans tous les cas, manger des pizzas et des gâteaux industrialisés (aliments riches en gluten) n’a jamais été recommandé pour être performant. De là à retirer tous les aliments contenant du gluten, il n’y a aucune raison, à moins d’être atteint d’une maladie coeliaque, ce qui représente moins de 1% de la population. « Il ne faut pas tomber dans la vulgarisation », conclue Anthony Berthou.

Donc oui à la pizza, mais seulement après la compétition.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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