Aurel Manga

Aurel Manga a terminé 6e du 110 m haies des Championnats d’Europe d’Amsterdam.

 

Après une saison qui l’a vu éclore au plus haut niveau sur les haies avec une participation aux Championnats d’Europe, Aurel Manga est présent aux Jeux olympique en tant que remplaçant. Pas de quoi bouleverser l’élève de Giscard Samba à Créteil qui prend la vie haie après haie.

Le 26 juin dernier aux Championnats de France Elite, Aurel Manga est venu bouleverser la hiérarchie française des haies hautes. Troisième des “Trials“ – qui n’en sont pas vraiment – le Francilien a réussi à gratter le dernier ticket pour l’Euro d’Amsterdam, laissant le recordman de France, Pascal Martinot-Lagarde (6e de la finale) sur la touche. Une surprise, même si le nouveau venu avait rempli tous les critères de sélection (13’’33 réguliers et podium aux France). « Aux France, quand j’ai fini la course, j’ai tout de suite senti qu’il pouvait y avoir des conflits, explique-t-il. Tout était possible. Je me suis détaché de ça. Le coach m’a dit de ne pas m’en occuper. Si je n’avais pas été sélectionné, je serais reparti à l’entrainement car on est lancés sur un projet à long terme. »

En renfort pour le relais

Finalement sixième à Amsterdam pour sa première chez les grands, Aurel Manga n’a pourtant pas vu son nom sur la liste des athlètes sélectionnés pour Rio, enfin pas dans la case « 110 m haies ». Doublé après la dernière ligne droite par Pascal Martinot-Lagarde, il se contentera du rôle obscur de remplaçant des remplaçants. « Je ne suis pas déçu par ma non sélection, avoue-t-il. Juste par la non communication. Depuis que la liste est sortie je ne sais pas ce que je veux dire “remplaçant“. Je n’ai eu qu’un appel du coach des relais, Franck Né, pour me dire de venir en renfort suite à des délicatesses physiques de certains relayeurs et à un problème administratif de Gautier Dautremer (initialement remplaçant au 4×100 m). »

Dans tous les cas, Manga reste positif. « Depuis les Europe, j’ai continué mon entrainement et je suis prêt à 100 % pour courir pour l’équipe de France, que ce soit sur le 4×100 m ou le 110 m haies. » La positive attitude, une philosophie qui semble lui coller à la peau. Tout comme vivre au jour le jour. Débarqué dans le groupe de Giscard Samba en début de saison, après trois années à l’INSEP avec Olivier Vallaeys, Manga arrive en tant que sprinteur (10’’39 en 2014 sur 100 m). Mais très vite, il va remettre des haies sur son chemin. « J’ai toujours fait les deux mais depuis deux saisons on avait privilégié le sprint avec Olivier. Et cette année je ne devais pas faire tant de haies avec Giscard. »

Sur les haies par défi

Mais à la suite d’un pari, sa saison a pris un autre tournant. « C’est parti d’un défi avec Lawrence Clarke, le Britannique de notre groupe. Il m’a dit : “t’as peur de faire des haies parce que je vais te botter les fesses“. Il me l’a dit en français, ça m’a fait rire. Ca m’a piqué un peu et je lui ai dit que j’allais faire un 110. J’ai demandé à Giscard où je pouvais en faire un. Je pensais qu’il allait me dire : “non, on n’a pas prévu ça“. Mais il a dit : “OK, on verra“. »

Ce n’est donc qu’en stage, au début du mois d’avril, que Manga franchit ses premières haies. «  Ca m’a fait quelque chose lors de mon premier franchissement de haie. Je me suis jeté comme ça dans la saison. Et dès la première compétition, j’ai fini à quatre centièmes de Lawrence (13’’68 à Saint-Denis de la Réunion), donc j’ai voulu ma revanche à Montgeron. »

Ses 13’’52 (+2,9) de Montgeron lui offrent alors un couloir pour Montreuil (13’’25 avec +2,6), puis pour Nancy (13’’53 avec +1,2), avant d’arriver aux France dans la peau d’un outsider. « A chaque course, c’était une surprise. J’y allais, et tant que je me tenais à mon schéma, la surprise pouvait être bonne. On respecte le schéma jusqu’au cassé et après on regarde à gauche et à droite pour voir qui est devant qui est derrière. Faire les choses étape par étape. »

Des œillères pour mieux courir

Une façon de faire qu’il apprivoise cette saison, après avoir trop longtemps regardé autour de lui lorsqu’il courait. « Mon gros problème c’était ma vision périphérique. J’avais tendance à beaucoup analyser en cours de course ou même à l’entrainement. Une tendance à réfléchir en courant. C’est une perte de temps dans l’action. Je passais mon temps à regarder ce que les autres faisaient, et j’essayais de le reproduire. Sauf qu’on n’a pas tous les mêmes qualités, tous les mêmes gabarits. Donc chacun doit produire son mouvement pour être le plus efficace possible. Du coup, maintenant que je mets des œillères, le but est de trouver mon propre mouvement. »

Des œillères qu’il enlève néanmoins pour écouter les précieux conseils de ses partenaires d’entrainement, dont Dimitri Bascou, la locomotive française cette saison (13’’12). « Ils m’apportent leur expérience du championnat, de l’entrainement. Je prends tout ce qui peut m’aider. Ces échanges-là m’apportent beaucoup. Dimitri est un repère : si je n’ai pas compris un geste du coach, on va se retrouver à la fin de l’entrainement et lui va me donner un élément différent. »

« L’athlé c’est l’école de la vie »

Pourtant, après avoir connu le cocon de l’INSEP, Aurel Manga aurait pu avoir un moment d’adaptation en se retrouvant livré à lui-même. Mais c’est l’effet inverse qui s’est produit. « Une nouvelle vie ça peut bousculer. Je vis entre plein d’endroits : j’ai un logement à Champigny-sur-Marne, je peux passer du temps chez ma sœur qui est dans Paris, ma fac est à Jussieu (Master en électronique), l’entrainement est à Créteil. Mais l’athlé c’est l’école de la vie. Si on est organisé dans l’athlé, ça impacte notre façon de vivre tous les jours. »

Comme il ne devrait pas fouler la piste bleue du Maracana, il a déjà pris rendez-vous dans quatre ans. « Je vois à long terme. L’exemple, c’est Dimitri (Bascou), il a 29 ans. Je me dis que je viens d’en avoir 24. Lui, à son âge, il court vite. Si je reste dans mon axe, si je continue à bien travailler, il n’y a pas de raison que je n’aille pas plus vite. C’est une année d’apprentissage. »

Quatre ans pour rejoindre Tokyo, une haie après l’autre.

Partager cet article

Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

Facebook Comments

Website Comments

Post a comment