Audrey Ciofani

Audrey Ciofani est tournée vers les JO et les minima, fixés à  72,00 mètres.

 

La championne d’Europe juniors du lancer du marteau a passé l’hiver à s’entrainer, afin de mettre toutes les chances de son côté pour rallier Rio, avant d’entamer une nouvelle vie aux Etats-Unis.

L’hiver a été très studieux pour Audrey Ciofani. Championne d’Europe juniors du lancer du marteau en juillet dernier, la pensionnaire de l’INSEP n’a eu que deux semaines de repos avant d’attaquer sa préparation pour cette année olympique. Au programme, cinq séances hebdomadaires où séries de lancers et musculation s’enchainent sous le regard de Walter Ciofani, le papa entraineur. De quoi trouver le temps long, quand, pour la première fois, les championnats ont été rayés du programme. « Réattaquer tôt, sans faire de compétition, ça fait long, avoue Audrey Ciofani. Ce n’est que boulot, boulot, boulot. » « Cette année on a pris un risque par rapport aux autres années, explique Walter Ciofani. On a décidé de ne pas faire de championnats hivernaux, pour mettre toutes les chances de notre côté pour se qualifier pour les Jeux. »

« Trois mètres c’est jouable »

A tout juste vingt ans, Audrey Ciofani va découvrir cette année le monde des seniors, et son calendrier qui peut s’étaler jusqu’au mois de septembre. Un changement de galaxie que son entraineur de père voulait anticiper. « L’année dernière aux Europe, elle manquait déjà un peu de fraîcheur alors que c’était en juillet. Donc le choix a été fait de zapper l’hiver pour ne pas perdre des jours d’entrainement. De toute façon, on ne peut pas préparer deux saisons quand on a des prétentions. »

Audrey Ciofani

Chaque séance commence par le rituel du nettoyage du plateau de lancer.

 

Et pour sa fille, les objectifs sont élevés, avec les Jeux olympiques de Rio en point de mire. « Quand je dis que je vise les JO, moi-même j’ai un peu de mal à y croire, avoue-t-elle. Mais il y a trois mètres à gagner (son record est à 69,25 m et les minima sont fixés à 72,00 m). C’est beaucoup et pas beaucoup à la fois. » « Théoriquement, sur une année pleine de travail, trois mètres c’est jouable, avance Walter Ciofani. Elle est jeune, mais ça fait deux ans qu’elle a un entrainement de haut niveau. »

« C’était facile de gagner chez les jeunes »

Le décor est posé. Habituée aux sommets depuis qu’elle a découvert le marteau sous l’exemple de son père (8e des Jeux olympiques de Los Angeles, 78,50 au marteau), Audrey Ciofani n’est pas du genre à perdre du temps. Recordwoman de France minimes (62,64 m au 3 kg) et cadettes (68,22 au 3 kg), elle a terminé quatrième des Championnats du monde juniors en 2014 avant d’être sacrée sur le continent la saison passée. « Ce n’est que des résultats chez les jeunes, pondère-t-elle. Ca m’a semblé facile. J’ai très vite eu un bon gabarit (1,75 m, 77 kg) et donc avec les marteaux de 2 et 3 kg c’était facile de gagner. »

Audrey Ciofani

Ce jour-là, Audrey Ciofani a enchainé huit lancers au marteau de 4 kg, puis huit au 2,5 kg et enfin huit au 5 kg.

 

Pensionnaire de l’INSEP depuis septembre 2014, Audrey Ciofani a pu compter sur la présence d’Alexandra Tavernier la saison passée. Mais cette année, la médaillée de bronze aux derniers Championnats du monde est retournée en Bretagne. De quoi laisser un vide au quotidien. « C’est difficile cette année car je me retrouve toute seule. Il y a Camille Sainte Luce (65,10 m au 4 kg cette saison) mais nous n’avons pas les mêmes horaires d’entrainement. Du coup, j’envisage de voir autre chose. »

Les Etats-Unis pour grandir encore

Déjà approchée par plusieurs universités américaines, Audrey Ciofani est prête à franchir l’Atlantique pour donner un nouveau souffle à sa jeune carrière. « J’avais dans un premier temps refusé car je n’étais pas prête à quitter mon père, avoue-t-elle. Mais au fur et à mesure, je me fais à l’idée. Ca fait dix ans que je n’ai que lui. Ce n’est pas que je me lasse mais je suis prête à le lâcher. Et j’ai envie de m’entrainer dans un groupe, avec une nouvelle dynamique. » Une envie encouragée par Walter Ciofani. « J’espère qu’elle va partir à la rentrée. Il y a des choses que je ne peux pas lui apporter. Là-bas, elle va trouver une mentalité qui est portée vers le succès. L’échec n’existe pas. Ici, vu les contraintes que l’on a, on ne peut pas dégager trop de positif et ça pèse au bout d’un moment. »

Audrey Ciofani et Walter Ciofani

Cela fait dix ans que Walter Ciofani entraîne sa fille au lancer de marteau.

 

Manque de reconnaissance pour les lancers

Il faut dire que Walter Ciofani ne voulait absolument pas que sa fille prenne le même chemin que lui. « Je connais cette discipline. En plus d’être difficile, ce sport n’a aucune reconnaissance. Elle a l’impression de faire des efforts, d’avoir des résultats mais elle n’est pas reconnue. On le fait parce qu’on aime ça mais il ne faut pas attendre de retours. » « Je me dis de plus en plus qu’il n’y a pas trop d’avenir dans les lancers, continue Audrey Ciofani, qui a d’ailleurs été oubliée par sa Fédération lors d’un article sur les meilleurs espoirs paru dans la revue fédérale. Après, quand on voit le parcours d’Alexandra Tavernier, on se dit qu’on peut vivre du marteau mais il faut arriver à ce niveau-là. Et pour cela, il faut faire beaucoup de sacrifices. Ca fait longtemps que je suis dedans, je commence un peu à avoir envie d’autres choses et je ne sais pas si je suis prête à faire autant d’efforts. »

Audrey Ciofani

Après avoir lancé, Audrey Ciofani a le droit à une séance de musculation.

 

Pour l’heure, les Jeux olympiques sont un objectif assez gros pour ne penser qu’à ça. D’ailleurs, depuis avril 2015, elle a mis entre parenthèses ses études de droit pour se consacrer entièrement au marteau. « L’année dernière, j’ai eu du mal à concilier les deux. Et cette année, comme l’objectif est encore plus élevé, je ne voulais pas prendre le risque de me relancer dans des études. Là, je suis vraiment fatiguée, donc si je devais enchaîner avec les cours, ça serait très compliqué. »

Première compétition le 8 mai

Un peu éreintée par son rythme d’entrainement, Audrey Ciofani a coupé au mois de mars – « j’ai eu un gros relâchement » – avant de réattaquer sa préparation finale dans la grisaille parisienne. Encore quelques semaines de travail et elle pourra enfin remettre les pieds sur un plateau en compétition. « Je m’accroche. De toute façon, je n’ai pas le choix. Les compétitions arrivent, ce n’est pas le moment de se relâcher après tout le boulot effectué. Et en voyant les performances des autres en mars, ça m’a redonné un gros coup de boost. »

Audrey Ciofani et Walter Ciofani

Walter Ciofani ne manque pas un détail des lancers de sa fille.

 

Une forme ascendante qui devrait lui permettre d’être rapidement compétitive (peut-être dès le 8 mai à Franconville pour le premier tour des Interclubs avec son club du CA Montreuil) et de pourquoi pas, franchir cette fameuse barrière des 70 m, qu’elle a déjà dépassée à l’entrainement. « C’est dur mais j’y crois. Je pense que c’est possible. Il y a du boulot derrière, et je sens que j’ai progressé. Je ne pense pas que je fasse tous ces efforts pour rien. »

Recompensés ou non, ses efforts se prolongeront normalement à l’université de Georgie la saison prochaine, pour une nouvelle étape dans sa jeune carrière.

Les lanceurs SDF à l’INSEP
A partir du mois de septembre prochain, les lanceurs de l’INSEP n’auront plus de plateau de lancer. En effet, actuellement situés derrière les bulles abritant les terrains de tennis, les plateaux vont être détruits pour installer de nouveaux terrains de football. Un projet de construction d’une nouvelle aire de lancer est en discussion à un autre endroit de l’INSEP mais le délai devrait être trop court d’ici la rentrée. De quoi décourager Walter Ciofani et les autres spécialistes de la discipline qui voient un peu partout en France des plateaux disparaître d’année en année.

Partager cet article

Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

Facebook Comments

Website Comments

Post a comment