AshtonEaton

Ashton Eaton lors d’un road trip au Pérou après les Jeux olympiques de Rio (crédit photo : weareeaton.com)

 

Le maître incontesté du décathlon depuis quatre ans, Ashton Eaton, a décidé de mettre un terme à sa carrière, hier, à seulement 28 ans. L’occasion pour ses pairs et adversaires de lui rendre un bel hommage sur les réseaux sociaux.

Après une annonce sur les réseaux sociaux de sa retraite sportive (voir article), ainsi que celle de sa championne de femme Brianne Theisen-Eaton, Ashton Eaton a reçu de vibrants hommages venant de la toile. Très suivi, le recordman du monde du décathlon (également de l’heptathlon) a créé une onde de choc dans le milieu de l’athlétisme, tant ses exploits combinés à une personnalité chaleureuse, l’ont rendu apprécié de tous. Il suffit seulement de regarder les statistiques des comptes sociaux de l’intéressé pour comprendre la vague d’émotion que son départ des pistes a entrainée. « Félicitations pour ton incroyable carrière, a tweeté Dan O’Brien, le champion olympique 1996 du décathlon. Merci d’avoir fait perdurer la domination américaine sur le décathlon. »

Warner et Mayer les héritiers

D’ailleurs, parmi les hommages les plus appuyés, on retrouve ceux de ses partenaires de podium de Rio. Alors qu’une grosse épine vient d’être enlevée de leurs pointes vers les sommets, Kévin Mayer (2e) et Damian Warner (3e) ont regretté ce départ, prouvant une nouvelle fois que le décathlon ne ressemble pas aux autres disciplines de l’athlétisme. « C’est un jour difficile pour moi en tant que compétiteur, ami et fan des Eaton », a lâché Damian Warner. Canadien comme Brianne Theisen-Eaton, le médaillé de bronze de Rio a eu également un mot pour sa compatriote. « C’a été magnifique de partager des sélections avec toi. Tu es l’une des meilleures compétitrices que j’ai rencontrées. »

« Je regrette ta décision mais je te comprends, a lâché, quant à lui, le recordman de France sur son compte Twiter. Tu étais et tu resteras un formidable exemple. Bon repos et merci ! » Ce à quoi a répondu Eaton. « Je suis désolé mais je ne peux pas continuer. J’aurais aimé de nouvelles bagarres et de moments d’entraide avec toi. Merci de m’avoir poussé. Je te souhaite le meilleur. »

Un athlète incroyablement complet

« Le meilleur », c’est évidemment un titre international pour Mayer et la barrière mythique des 9 000 points. Des cieux que seuls Eaton (par deux fois, 9 039 pts en 2012 et 9 045 pts en 2015) et Roman Serbrle (9 026 pts en 2001) ont atteints. « Go get 9k » (va chercher les 9 000) a d’ailleurs twité Eaton à Warner.

Plus facile à dire qu’à faire, surtout quand on regarde de plus près les performances réalisées tout au long de la carrière de l’Américain. Lors de son record du monde, Eaton a bouclé un décathlon presque parfait avec des performances de 10’’23 au 100 m (record : 10’’21), 7,88 m à la longueur (record : 8,23 m), 14,52 m au poids (record : 15,40 m), 2,01 m à la hauteur (record : 2,11 m), 45’’00 sur 400 m (record personnel), 13’’69 sur 110 m haies (record : 13’’35), 43,34 m au disque (record : 47,36), 5,20 m à la perche (record : 5,40 m), 63,63 m au javelot (record : 66,64 m) et 4’17’’52 (record : 4’14’’48). Même si à la vue de ses records personnels, un total encore plus élevé pouvait être envisagé.

Mais comme il l’a dit, il n’en peut plus. D’ailleurs, dès 2014, après les JO de Londres et les Championnats du monde de Moscou qu’il avait remportés (en plus des Mondiaux 2015, des Mondiaux en salle 2012, 2014, 2016 et des JO 2016), il s’était amusé sur 400 m haies, rivalisant avec les meilleurs mondiaux pour porter son chrono à 48’’69. De quoi facilement imaginer que s’il avait choisi une seule discipline, le natif de Portland aurait certainement joué les premiers rôles, tant il combinait toutes les qualités de l’athlète moderne. Un trop plein de talent qu’il aurait eu tort d’ailleurs de cantonner dans une seule case.

Une progression constante

Arrivé à haut niveau dès 2009, à seulement 21 ans (8 061 points), Ashton Eaton a éclaté au grand jour en 2011 en devenant vice-champion du monde derrière son compatriote Trey Hardee à Daegu. Une deuxième place, avant de tout rafler et de laisser son collègue sur la seconde marche. Sur Twitter, Hardee a d’ailleurs parfaitement retracé ses différents regards vis à vis de son cadet, en se demandant dans un premier temps en 2009 : « Qui est ce gars ?» avant de vite comprendre – « Ce mec est bon à l’heptathlon » (2010) – qu’une légende était en train de le dépasser – « Heureusement qu’il est Américain » (2013) – et « Dingue ! » – en 2015 à la suite du record du monde de Pékin. Pour conclure par : « si je devais perdre contre quelqu’un je ne pouvais pas imaginer un meilleur que toi pour le faire ».

Etre battu par un « semi-dieu » de l’athlétisme est toujours plus facile à admettre. Ce qui l’est moins, c’est de le voir quitter le stade, sans le moindre rappel. Un choix que Jessica Ennis-Hill, championne olympique à Londres de l’heptathlon (2012) et deuxième à Rio, a très bien compris, elle-même s’étant retirée des pistes après le Brésil. « Triste de voir que vous arrêtez, a-t-elle twité à l’intention du couple Eaton. Mais j’admets que la retraite c’est cool ! »

Ce qui l’est moins, c’est la vie athlétique sans Ashton Eaton, qui va également beaucoup nous manquer.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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