Antony Yaïch

Antony Yaïch est notamment le coach de Yoann Rapinier et Mickaël Hanany.

 

Entraineur, notamment des internationaux Mickaël Hanany et Yoann Rapinier, Antony Yaïch (37 ans) est un personnage atypique de l’athlétisme français. Créateur de sa propre structure d’entrainement, il vit de sa passion en marge des institutions fédérales. Pas de quoi l’empêcher de tout donner pour son groupe et d’espérer que tout le travail accompli paie un jour, pourquoi pas dès cet été à Rio ? Rencontre.

Pour Antony Yaïch, l’athlétisme a débuté au collège la Justice de Cergy-Pontoise (95). C’est là-bas qu’il a été formé par Claude Michot. Et c’est de là-bas que proviennent la majorité de ses athlètes. « Quand Claude est décédé (en 2006), il a laissé tous ces gamins orphelins, se souvient Antony Yaïch. C’est le meilleur entraineur que j’ai connu. Quand il a fallu reprendre le flambeau, je n’ai pas hésité. J’étais vachement attaché à ces gamins. Je les connaissais déjà tous car je les accompagnais sur des stages. Et en plus, ce sont des enfants de mon quartier. On venait tous de Cergy-Pontoise. J’ai toujours été le grand frère. »

« Je n’étais pas assez fort pour devenir un athlète professionnel »

Un grand frère qui s’était essayé à l’athlétisme à l’âge de quatorze ans. Triple sauteur d’un petit niveau national, Antony Yaïch quitte la France quelques années plus tard, pendant deux saisons, pour passer un master en économie appliquée aux Etats-Unis. Il y découvre une autre culture et surtout, il ouvre les yeux. « Quand je suis rentré en France pour passer mon doctorat (en économétrie), j’ai voulu continuer à m’entrainer mais je me suis pété. Mais il fallait être lucide, je n’étais pas assez fort pour devenir un athlète professionnel, même si c’était mon rêve. »

De là, il décide de se lancer vraiment en tant qu’entraineur. « J’étais beaucoup dans l’analyse et le ressenti quand j’étais athlète, peut-être même un peu trop. C’était sûrement une déformation professionnelle. » Guy-Ephège Anouman (recordman de France cadets du 200 m en salle avec 21’’13 en 2011), Pierre Chalus (Ex-recordman de France en salle junior sur 400 m avec 48’’23 en 2011), Gaëtan Saku Bafuanga (ex-recordman de France cadets du triple saut avec 16,14 m en 2008), Ndiss Kaba Badji (8,32 m à la longueur), Harold Correa et Yoann Rapinier (internationaux au triple-saut) sont ses premiers cobayes. Il en fait des champions de France cadets, juniors ainsi que des recordmen de France. Mais cela ne lui suffit pas. « Après une déception avec l’un de mes athlètes à un grand championnat, j’étais vachement frustré car je n’aime pas faire les choses à moitié. Mais à l’époque, je donnais mes cours à la faculté de Cergy-Pontoise, je faisais mes recherches universitaires et à 17h30, les athlètes me rejoignaient à la faculté pour que je les emmène au stade d’Ermont pour l’entrainement. Ils étaient encore jeunes, c’était suffisant. Mais je me rendais compte qu’il y avait du potentiel dans mon groupe et que si je voulais faire du très haut niveau avec eux, il fallait que je me consacre 100 % à l’athlétisme. »

Il crée sa structure privée en 2010

En 2010, il décide donc de lâcher son poste d’enseignant pour monter sa propre structure d’entrainement à l’aide de la mairie de Franconville et de sponsors privés. « Quand ma mère a su que je partais de la faculté, elle m’a dit que c’était n’importe quoi. Je lui ai dit que j’y arriverai car je n’avais pas d’autres choix que de réussir. Pour l’instant ça se passe plus ou moins bien. J’ai le soutien de Francis Delattre, le maire de Franconville. C’est notre soutien numéro un. Sans lui, mon projet ne pourrait pas exister. »

Antony Yaïch

Le groupe d’Antony Yaïch s’entraine sur les installations du stade Jean Rolland à Franconville.

 

Du temps, un luxe qu’il utilise pour parfaire ses méthodes et donner le meilleur à ses athlètes. « Je me sens hyper redevable vis-à-vis de mes athlètes. Quand un athlète vient dans mon groupe, je dois le faire progresser. Le mec fait le choix de venir, ce n’est pas pour qu’il soit moins bon avec moi. »

« Je suis plus dans l’échange avec les coaches étrangers que les français »

Pour cela, il s’inspire de sa dizaine d’années d’expérience, mais aussi de ses lectures et de ses rencontres avec des entraineurs, surtout étrangers. « J’essaie de m’ouvrir à pas mal de choses. Même si j’ai l’habitude de dire que l’entrainement ne s’apprend pas dans les livres, je me fais mon idée de ce que je peux lire. Mais je suis plus dans l’échange avec les coaches étrangers que les français. Certains pensent avoir la bonne méthode, la science infuse. C’est ce que je reproche à la méthodologie française. Alors qu’être coach c’est une remise en question permanente. Je passe pour un mec arrogant car je ne vais pas vers les gens. Mais j’aime échanger avec des entraineurs américains. Pas, parce qu’ils sont Américains, mais parce qu’ils ont de la crédibilité. Je serais bête de ne pas écouter un mec qui a des champions du monde dans son groupe. »

Et alors que certains l’ont quitté, souvent pour rejoindre l’INSEP, d’où le titre de « fournisseur officiel de l’INSEP » qu’il se donne en souriant, il s’occupe actuellement du « meilleur groupe » qu’il n’ait jamais eu en terme d’ambiance avec, entre autres, le fidèle Yoann Rapinier (17,45 m au triple saut) – « que j’entraine depuis qu’il a quinze ans » – et Mickaël Hanany (recordman de France de la hauteur avec 2,34 m), l’ami d’enfance. « Avant j’étais très axé sur le potentiel de l’athlète. Aujourd’hui, je suis heureux de faire progresser un athlète de niveau régional à un niveau national (à l’image de Lucile Gournet passée en une année sous ses ordres de 62’’85 au 400 m haies à 59’’19). Le mélange entre l’élite et les amateurs ça se marie super bien. Chacun est complémentaire dans le groupe (avec entre autres Mahamadou Fall et Ismaël Daffé). »

La recherche de la perfection

Même si évidemment, les résultats des têtes de gondoles sont très importants pour la survie de la structure. Malheureusement, pour l’heure, Hanany et Rapinier ne sont pas encore qualifiés pour les Jeux olympiques de Rio. Blessé à la sacro-iliaque en début d’année, Hanany est en manque de repères puisqu’il n’a pu reprendre les sauts qu’au mois d’avril, alors que Rapinier (voir par ailleurs) devrait tirer un trait sur sa saison. Les aléas du sport de haut niveau. « J’ai la chance de vivre de ma passion. C’est beaucoup de tracas, beaucoup de problèmes, depuis que je fais ce métier. Mais en même temps, tu vis des aventures humaines qui sont juste énormes. Et quand ça arrive, c’est un vrai kif ! Mais je considère que ça fait un peu trop longtemps que je n’en ai pas vécues. »

Cela ne l’empêche pas d’être tous les jours au stade Jean Rolland de Franconville pour coacher, voire bousculer ses athlètes. « Il y a des gens, quand il me voit coacher, ils se demandent comment mes athlètes peuvent accepter ce genre de traitements. Mais ils savent que quand j’ai des mots durs c’est que je refuse la médiocrité. Ils savent que je suis dans la recherche de la perfection. »

Antony Yaïch

Antony Yaïch est toujours présent aux compétitions de ses athlètes pour délivrer ses précieux conseils.

 

Une quête qui se ressent au plus profond de son corps. « Mickaël me dit parfois que j’ai un comportement d’autiste. Des fois, un athlète peut faire un geste qui paraît bien mais ça me fait mal à la rétine. Je me dis qu’il y a quelque chose que je n’aime pas mais je n’arrive pas à l’identifier tout de suite. Il faut que je regarde la vidéo et là je comprends pourquoi mon corps a refusé ça. Je suis incapable de l’expliquer. Des fois je tape des colères de fou car je suis un passionné et que je refuse de voir des trucs mauvais. »

Une connaissance parfaite de ses athlètes

Une exigence de tous les instants qui rend ses compliments très rares. « La fois où j’ai dit à Yoann que ce qu’il venait de faire était bien, il a demandé à tout le groupe de venir pour leur annoncer ça (rires). » Mais qui lui donne un regard extrêmement pointu sur ses ouailles. « Je suis beaucoup dans l’analyse de mes athlètes. Rien qu’en les voyant faire un footing, je sais ce qui ne va pas. »

Pas étonnant qu’il les connaisse par cœur, puisque pour la plupart, il les a formés. « La chose dont je suis le plus fier, c’est que j’ai pris des gamins, je les ai formés et je les ai amenés au très haut niveau. Par contre, s’ils font des erreurs à 24 ans, alors qu’ils sont avec moi depuis le début, c’est que je n’ai pas été bon. »

Un projet de centre sportif sur Franconville

En recherche permanente, Antony Yaïch est d’ailleurs lancé dans un projet de centre sportif qui pourrait naître juste à côté du stade Jean Rolland de Franconville. « A l’aide d’investisseurs, on aimerait lancer la “Mentor Academy“. Les plans sont déjà faits et on attend l’autorisation pour obtenir le terrain. Le but est de faire un centre avec des logements pour accueillir des sportifs, avec une balnéothérapie, une salle de musculation, des salles pour des séminaires et une salle couverte. Ca fait partie du développement naturel que j’ai. Je ne veux pas juste être un coach. »

D’ailleurs, il ne se voit pas entrainer toute sa vie. « Je ne sais pas si je resterai encore longtemps dans le milieu. Je suis un peu blasé. Je ne pensais pas d’ailleurs être aussi généreux pour les autres. Je me pensais plus égoïste. Il y a un moment il faudra que je pense à moi. » Pas sûr qu’il ait le choix, puisque depuis un an, il s’occupe de la jeune Heather Arneton, tout juste recordwoman de France minimes de la longueur avec 6,11 m (meilleure performance mondiale de tous les temps pour une filles de moins de 14 ans).

Une athlète qui pourra peut-être lui faire vivre son rêve. « J’aimerais connaître le sentiment qu’ont certains coaches dans les grandes compétitions. Ils restent dans le stade d’échauffement, ils regardent la course sur un petit écran, leur athlète gagne et c’est normal. Ils ont une chance que je n’ai pas encore connue. J’espère la connaître un jour. (Il se reprend). Non, je fais tout pour la connaître. Ca va la faire ! »

Tant qu’il ne l’aura pas connue, il ne s’arrêtera pas. Car il a ça dans la peau.

Rapinier sur un fil
Un temps incertain pour les Championnats de France Elite, le triple sauteur Yoann Rapinier défendra bien ses chances ce week-end à Angers. Blessé à la cheville depuis de nombreuses semaines, le Francilien a subi une infiltration en fin de semaine dernière. Il souffre en effet d’une contusion osseuse à la cheville gauche, qui pourrait lui valoir un tour par la case opération à la suite de la saison. « Il va bien strapper et tenter un saut lors des Elite, explique son entraineur Antony Yaïch. Après on peut espérer un miracle pour la suite de la saison même si je pense qu’il va sûrement devoir  faire une croix dessus. »

 
Pour retrouver la préparation olympique du groupe d’Antony Yaïch en vidéos.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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