Annabelle Rolnin

Annabelle Rolnin participera au premier tour des Interclubs ce dimanche.

 

Ex-internationale juniors et espoirs au lancer du marteau, Annabelle Rolnin a stoppé sa carrière en juillet 2014 pour se consacrer pleinement à son métier de journaliste. Un arrêt qu’elle continue de digérer, jour après jour. Rencontre.

Le rendez-vous était donné à Ivry-sur-Seine, sur un terrain de football en stabilisé, en face de l’école Henri Barbusse. Une enceinte, aux pieds des immeubles, où trône une cage de lancer. C’est ici que nous avons retrouvé Annabelle Rolnin, pour sa deuxième et dernière séance de lancers de l’année, juste avant les Interclubs. « Je reviens brièvement au marteau pour donner un coup de main au club. »

« J’ai fait mon break habituel à part que je n’ai pas repris »

Car pour la sixième des Championnats d’Europe espoirs de Kaunas (Lituanie) en 2009, le sport de haut niveau est terminé. Elle n’avait plus repris de licence depuis son retrait des stades en juillet 2014. « J’ai l’habitude de me dire que je n’ai pas arrêté le marteau. C’est seulement que je n’ai pas repris. Après la saison 2014, j’ai fait mon break habituel, à part qu’en septembre, je n’ai pas repris. Ma motivation avait baissé et je commençais à avoir plus de travail dans mon entreprise (elle est journaliste pour L’Equipe.fr). Avec le marteau, je ne pouvais pas me donner totalement à mon métier. J’ai donc décidé de m’y consacrer pleinement. »

D’autant qu’à la fin de la saison 2013-2014, celle qui s’entraine à l’époque à Bobigny sous la houlette de Walter Ciofani, sait que son coach va rejoindre l’INSEP pour y entrainer notamment sa fille Audrey. « J’étais dans le flou et je n’avais pas de projet. Je ne voulais pas me relancer, car ça demande beaucoup d’investissement. »

Opération de la cheville

Annabelle Rolnin a donc décidé de s’éloigner du monde de l’athlétisme, qu’elle a côtoyé pendant une dizaine d’années. Entre les sélections jeunes (Championnats du monde juniors en 2006, Championnats d’Europe espoirs 2009), les titres (championne de France juniors en 2006 et espoirs en 2009), et l’INSEP (elle s’y est entrainée deux ans avec Guy Guérin) elle a quasiment tout connu de l’athlétisme de haut niveau (record 64,49 m en 2011). « Après ma sixième place aux Europe, j’avais plein d’ambition. Mais à la rentrée en 2009, je me suis arrachée des ligaments de la cheville en me la tordant. J’ai dû me faire opérer et ç’a gâché ma saison. Si j’avais pu enchaîner, peut-être que cela ne se serait pas passé comme ça. »

Annabelle Rolnin

En deux séances, Annabelle Rolnin lançait déjà son engin à plus de 50 m.

 

Surtout que cette saison 2010 marque son entrée dans la vie active. Une nouvelle vie qui l’a éloignée progressivement des cages de lancer. « Au fur et à mesure des années, ma quantité de travail a augmenté et donc la quantité des entrainements a été de plus en plus difficile à gérer. »

« La vie des gens normaux est chiante  »

Finalement, c’est logiquement que la fin s’est imposée, comme une évidence. « Le fait d’avoir arrêté de la manière où je l’ai fait, ça m’a laissé un goût amer. Je n’arrivais pas à croire que j’avais arrêté le marteau. Pendant des années c’était mon quotidien, je me levais pour ça, tout tournait autour de ça. Et d’un coup, il n’y a plus ça. On se dit que la vie des gens normaux est chiante. J’avais des regrets et de la colère. Mais maintenant je suis en train de l’accepter. »

Des regrets qu’elle tente de dissiper chaque jour, comme une psychothérapie, pour accepter une carrière, finalement pas à la hauteur de ses espérances passées. « Je me dis que ce que j’ai fait n’est pas nul. Pendant longtemps, j’avais l’impression que tout ce que je faisais en athlétisme était nul. Je savais que j’avais un potentiel pour aller au-delà des 68 m mais je restais le plus souvent scotchée à 62 m. Mes performances ne me correspondaient pas. Je sortais d’une compétition à 59 m je trouvais ça nul, à 60 m, je trouvais ça nul, à 62 m, je trouvais ça bof. J’avais l’impression d’être toujours mauvaise. Donc, aujourd’hui, j’essaie de me dire que j’ai fait ce que j’ai pu, même si c’est un long travail. Il ne faut pas oublier que je n’ai pas un physique de lanceuse. Je ne fais pas 1,80 m et 90 kilos (1,65 m et 69 kilos). J’ai fait avec mes armes. Le but est de ne pas garder de sentiment négatif. »

Le sprint comme épreuve de coeur

Ne garder que le positif et surtout continuer à prendre du plaisir. C’est dans cette optique qu’Annabelle Rolnin a repris une licence en septembre dernier à l’US Ivry. Au programme, pas de lancer, mais du sprint. « Je me suis inscrite pour faire de l’athlé loisirs. Et pour moi, l’athlétisme c’est du sprint. C’était ma première épreuve quand j’ai commencé et c’est ma discipline de cœur. »

Annabelle Rolnin

L’athlétisme est aujourd’hui un simple loisir pour Annabelle Rolnin.

 

Malheureusement, après plusieurs semaines de préparation, un claquage au mollet lui a rappelé que sport et vie active chargée ne font pas bon ménage. Et c’est donc au marteau qu’elle fera le premier tour des Interclubs ce dimanche à Antony. « Contrairement à ce que je pensais, j’aime vraiment les sensations que j’ai ressenties lors de mes deux entrainements de lancer. Je suis à 50 m mais c’est comme si j’étais à 60 m. C’était les mêmes questionnements, les mêmes solutions. C’est vraiment du plaisir. Je suis limite frustrée de ne pas pouvoir faire le deuxième tour (pour raisons professionnelles). »

De quoi lui donner des idées pour la suite ? « C’est vrai que ça revient vite. Il me manque juste du physique et un peu de pratique pour pouvoir m’exprimer pleinement. Mais je sais tout le travail que ça représente. J’ai une haute idée de ce qu’est le lancer du marteau à haut niveau. Et j’aurais l’impression de brader mon idée. Je n’ai pas cette prétention de m’investir comme avant. »

Dorénavant, le sport de haut niveau, elle le vit par procuration, à travers son métier et son frère, Basile Rolnin, en course pour décrocher son billet pour les Jeux olympiques au décathlon.

Annabelle Rolnin

A Ivry-sur-Seine, une cage de lancer a été installée sur un terrain de football près de l’école Henri Barbusse.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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