Andrew Issaka

Dorénavant sauteur pour le Congo, Andrew Issaka a les Jeux olympiques dans le viseur.

 

Parmi les meilleurs triples sauteurs français, Andrew Issaka recherche encore le petit truc qui le fera atterrir très loin dans le sable. Rencontre avec un athlète très occupé.

S’il avait suivi son cœur, Andrew Issaka ne passerait pas son temps à jouer dans le sable. Son truc, c’était plutôt un 100 m à la « Usain Bolt ». Et avec ses 1,96 m, la ressemblance physique avec la « Légende » pouvait légitimement le laisser s’imaginer en train de fendre la foudre dans les plus grands stades. « J’ai eu envie de débuter l’athlétisme en voyant Bolt aux Jeux olympiques de Pékin en 2008. Je m’étais dit que, comme j’étais grand comme lui et que je battais tout le monde au sprint dans la cour d’école, ç’allait le faire ! Mais quand je suis arrivé sur une piste d’athlétisme, j’ai vu que le niveau en sprint était très relevé. »

Champion de France après six mois de pratique

Finalement orienté vers le triple saut, le jeune Issaka n’a pas attendu longtemps avant de prendre son pied. « J’ai commencé l’athlétisme en cadets 2 (16 ans) en septembre 2008 et le triple saut en janvier 2009. Et en six mois, j’ai été champion de France (14,92 m). » Médaillé de bronze aux Gymnasiades (championnats du monde scolaires) en décembre 2009, il enchaîne chez les juniors avec une huitième place aux Championnats d’Europe en 2011, avant de connaître un ralentissement dans sa progression. « Comme pas mal de gens qui arrivent chez les seniors, il faut savoir ce qu’on veut faire dans la vie. Le passage au très haut niveau est compliqué, surtout quand on fait des choses à côté de l’athlétisme. »

Andrew Issaka

En ce dimanche matin de Pâques, Andrew Issaka s’est astreint à une séance de musculation, avant d’enchainer avec des 150 m en aérobie.

 

Bloqué à 15,91 m depuis 2013 (15,90 m en 2014 et 15,91 en 2015), le protégé de Mustapha Ziata sent que la performance de pointe n’est pas loin. D’ailleurs, il a déjà franchi à trois reprises la marque des 16 m, avec notamment un saut à 16,48 m (2014), légèrement trop venté (+2,3). « C’est rageant mais je sais ce que je vaux, glisse Issaka. Ca tient à des petits détails pour arriver à des 16,50 – 16,80 m régulièrement. Je connais mes qualités et je sais de quoi je suis capable. »

« Teddy ou Benjamin ont eu le déclic »

Trop focalisé sur sa course d’élan, le sauteur de l’AS Saint-Junien, qui s’entraine à Courbevoie (92), sait où se trouvent les centimètres qui lui manquent. « Je me focalise tellement sur ma course d’élan pour arriver sur le bon pied que j’en oublie le saut en lui-même. A l’entrainement, sur six ou huit foulées, j’arrive à faire de très bonnes choses car je ne me prends pas la tête avec la course d’élan. Sur élan complet, je m’oublie un peu, je fais un cloche mais je ne repars pas dessus. Alors que le triple saut commence justement à cette reprise cloche. C’est là, par exemple, qu’un Teddy (Tamgho) est très fort. »

Andrew Issaka

Les Championnats d’Afrique en Afrique du Sud seront l’un des rendez-vous importants de la saison pour Andrew Issaka.

 

Tombé dans l’âge d’or du triple saut français avec les Teddy Tamgho (18,04 m), Benjamin Compaoré (17,48 m), Yoann Rapinier (17,45 m), entre autres, Andrew Issaka sait de qui s’inspirer. « Les gens me disent qu’ils sont déçus, car ils pensent que je peux faire des grandes choses. Mais le jour où j’aurai le déclic, je ferai une performance. Quand on voit Teddy ou Benjamin, on voit qu’ils ont eu ce déclic dans leur carrière. Ils ont compris ce qu’il fallait faire pour aller loin. Quand c’est comme ça, tu arrives à faire 17 m tous les jours. Il y a quelque chose d’acquis. Moi, les 15,50 m sont acquis. Maintenant, il me manque encore quelques détails au niveau de la technique. A partir du moment où j’aurai compris ça, tout va changer. »

Recordman du Congo

Cette année, le déclic serait d’ailleurs le bienvenu. Bouché par la densité française, Andrew Issaka a opté pour la nationalité congolaise (il possède la double nationalité) depuis un an (avril 2015). « L’année dernière, on m’a contacté par Facebook pour porter les couleurs du Congo aux Jeux africains (à Brazzaville en septembre 2015). Ca m’offrait plus de possibilités de compétitions internationales comme les Jeux de la Francophonie ou les Championnats d’Afrique. Ca permet de voir autre chose. Et ça change également beaucoup de choses pour les Jeux olympiques avec des minima fixés à 16,80 m (17,05 en France). Surtout que certains pays d’Afrique peuvent repêcher des athlètes. Mais je veux aller à Rio en ayant réussi les minima, car je ne veux pas y faire de la figuration. »

Andrew Issaka

Depuis deux ans, Andrew Issaka participe à des défilés de mode.

 

Des Jeux olympiques qui le poussent tous les jours à aller s’entrainer, souvent seul au stade Jean Rives de Courbevoie. Cette saison, Andrew Issaka a même décidé de faire l’impasse sur ses études (Master 1 en communication) pour se consacrer à son sport. Mais avec un emploi de vendeur chez H&M et des défilés de mode (voir par ailleurs), « la machine » comme le surnomment ses coéquipiers, n’a pas des semaines de tout repos. « J’aime bien toucher à tout, voir beaucoup de choses, voyager. C’est sûr que mon emploi du temps n’est pas facile mais je le vis bien. J’arrive à bien dormir. Ca me suffit pour récupérer. »

Epargné par les blessures

Rarement blessé – «  à part des contractures liées à mes journées surchargées » -, il a tout pour rivaliser avec les meilleurs sauteurs. « Ca ne m’étonnerait pas si je sors un gros saut cet été, avance-t-il. Je me dirai :  “enfin, j’ai fait les choses“. Je suis plus costaud et plus puissant que lorsque j’ai fait mes 16,48 m. Et je saute également mieux techniquement. Il faut que j’arrête de faire un bon saut tous les huit sauts. Je commence à avoir de la régularité à l’entrainement. Il faut la trouver en compétition. »

L’occasion de « voler » au-dessus du bac à sable et de ressentir tout un stade s’exalter d’un saut. « Quand j’ai fait 16,48 m, je ne me souviens pas du saut mais juste du moment où j’ai quitté le bac à sable avec la ferveur du public. Tout le stade a fait : “oh !“ C’est ça qui est énorme. »

Des émotions qu’il pourra peut-être ressentir lors des Championnats d’Afrique au mois de juin prochain (il manquera les France Elite), avant peut-être de connaître le frisson brésilien. Cela tient à trois bonds et un déclic.

Mannequin à ses heures perdues
Grâce à un physique avantageux (1,96 m, 95 kg) Andrew Issaka participe régulièrement, depuis septembre 2014, à des défilés de mode. «  On m’en avait souvent parlé quand j’étais jeune mais je prenais ça à la rigolade. Mais quand un ami m’a proposé de participer à un casting pour un grand défilé sur Paris, je me suis lancé. J’y suis allé avec de la retenue mais cela s’est bien passé. Je le fais plus comme une passion. Quand j’ai un peu de temps, j’essaie de faire des choses qui me plaisent comme des shootings photo ou des défilés. » 

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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