André Giraud

André Giraud est le nouveau président de la Fédération française d’athlétisme.

 

Durant ses quelques jours de vacances suite à son élection à la présidence de la Fédération française d’athlétisme (le 17 décembre), le nouveau patron de l’athlétisme national a accepté de répondre à nos questions. Sorti vainqueur de sa première vraie course électorale, André Giraud a tout de suite compris qu’il avait changé de statut une fois le vote entériné. Avant un premier rendez-vous avec Bruno Le Roux, ministre de l’Intérieur, dès le 3 janvier pour aborder la question de la sécurité sur les courses hors stade, le nouveau président de la FFA est revenu sur sa campagne, son nouveau rôle ainsi que sur les équipes qu’il devra composer suite au départ du DTN actuel Ghani Yalouz. Entretien.

– Vous avez été élu le 17 décembre dernier, président de la Fédération française d’athlétisme, quelles sont vos premières impressions ?

« Dès l’élection terminée, j’ai été surpris de voir comment j’ai été happé par la presse nationale. Je me suis retrouvé pendant une heure et demie à répondre à des questions, au téléphone, à faire des photos. Je n’ai même pas pu saluer mon équipe. Quand j’ai allumé mon portable, j’avais 237 appels téléphoniques, j’ai dépassé le millier de sms et de mails. On se rend vraiment compte à ce moment-là ce que cela représente comme responsabilité. Je suis rentré le soir de l’élection chez moi à Marseille. Puis j’ai passé quatre jours vraiment intenses de réunions à Paris de 8h du matin à 20h où je n’ai pas pu décrocher mon téléphone, tellement les choses s’enchainaient. Il fallait préparer toute cette phase pour que, dès le Comité directeur du 7 janvier, on puisse proposer notre bureau directeur.

« Il y a les fidèles, passionnés, désintéressés et ceux qui jouent le double jeu »

– Que retenez-vous de cette campagne électorale ?

Toute expérience est enrichissante. On apprend tous les jours. C’était la première fois que je me retrouvais dans une véritable confrontation électorale. En étant tête de liste, vous êtes évidemment le porteur du projet. Toutes les attaques sont ciblées vers vous. Ca permet de mieux connaître les gens qui vous entourent et de voir les personnes qui travaillent réellement pour l’athlétisme. Ca permet de s’enrichir sur la nature humaine. Il y a de tout chez les humains. Il y a des gens fidèles, passionnés, désintéressés, et puis il y a ceux qui jouent le double jeu.

– Cette campagne a été difficile à vivre ?

Une élection c’est une compétition. Il faut la préparer. Puisqu’on a gagné, c’est qu’on l’avait probablement mieux préparée que nos concurrents. Ce n’était pas évident. On avait préparé notre projet depuis six mois. C’est une campagne qui a démarré au mois de juin à l’occasion des Championnats de France Elite à Angers. Il a fallu expliquer, fédérer, construire un programme. C’a été une période assez longue et un petit peu dure à vivre car il y avait une élection avec des candidats en face. Il fallait montrer que notre programme était meilleur que celui des autres et faire en sorte de remporter la majorité. Notre équipe était formée de 37 personnes qui ne sont pas sorties du chapeau trois semaines avant l’élection. On a fédéré plus de 160 personnes, issues de tous les milieux, de tous les territoires et de tous les âges. On a construit un projet et ensuite on a choisi les personnes pour le conduire tout en respectant la parité, le rajeunissement, les compétences et l’équilibre territoriale.

« Ghani Yalouz aurait eu tort de continuer à la vue de son bilan »

– Lors du débat organisé par la Ligue des Hauts-de-France et diffusé en direct sur Internet, vous aviez comparé votre campagne électorale à une course. Celle-ci est terminée, place maintenant à un marathon d’au moins quatre ans, êtes-vous prêt ?

J’ai pris quelques jours de repos chez moi à Marseille parce que j’en avais besoin au niveau nerveux pour affronter tout ça. Mais je ne suis pas affolé parce qu’on s’est préparé avec mon équipe à affronter tous les dossiers. Je n’ai pas l’intention de me mêler de tout. Il y aura des vice-présidents délégués, qui auront des fonctions bien particulières pour traiter les dossiers.

– Evidemment, la succession de Ghani Yalouz au poste de DTN sera l’une de vos premières missions.

Dès que le poste de DTN sera vacant on mettra en route le processus puisque Ghani Yalouz aspire à des fonctions plus importantes à l’INSEP. Ca devrait se réaliser dans le courant du mois de janvier pour lui. De toute façon, il a toujours dit que, qu’il obtienne ou non le poste qu’il souhaite, il cesserait ses fonctions de DTN après deux mandats. Tout d’abord parce que c’est une fonction très usante. Il aurait de plus tort de continuer à la vue de son bilan où il aurait plus à perdre qu’à gagner. Il vaut mieux partir sur des bonnes notes. Car ce n’est pas sûr que dans quatre ans nous ayons le même bilan, même si on le souhaite évidemment. Ce qui est sûr c’est qu’il ne sera plus DTN de la FFA. Dans ce cas là, il y a obligatoirement de la part du ministère un appel à candidature. La procédure prend à peu près trois mois car tous les candidats doivent être auditionnés par le président de la FFA et par le ministère des Sports. Aujourd’hui j’ignore qui va être candidat, je sais qu’il y en a qui se positionnent mais à l’heure qu’il est, je n’ai pas reçu un seul appel d’un cadre d’état qui m’a dit qu’il serait candidat.

« Mehdi Baala va continuer à jouer un rôle intéressant »

– On parle beaucoup de l’ex-international Mehdi Baala (médaillé olympique et mondial, recordman de France du 1 500 m) parmi ceux devraient jouer un rôle clé lors du prochain mandat au sein de la DTN.

Il faut casser cette idée de dire que Medhi Baala pourrait être DTN. Il n’a pas le statut professionnel et social pour être DTN puisqu’il faut être cadre d’état titulaire. Donc même s’il était candidat, il ne serait pas retenu. Ce sont des fantasmes ! Moi, depuis 2013 et le début du dernier mandat, j’ai mieux connu Mehdi et son attitude vis à vis des athlètes. Il a été d’abord ambassadeur et il est depuis deux ans salarié de la Fédération. Il a été mis à la disposition de la DTN pour suivre les athlètes à fort potentiel olympique (FPO). Sa mission est de savoir ce qu’ils font, comment ils s’entrainent, quels sont leurs  projets socio-professionnels, les aider dans leurs calendriers… Et ça, Mehdi l’a fait et le fait très, très bien. Quand j’étais chef de délégation à Moscou, Zurich, Pékin, je l’ai vu travailler. Il a un contact très direct avec les athlètes et surtout, il est respecté. Il a contribué largement à mettre une bonne ambiance au sein de l’équipe de France. C’est paradoxal, car lui, quand il était en équipe de France, il était plutôt à l’écart. Et c’est vrai qu’on avait tous en tête ce mauvais côté de Mehdi. Mais pour en avoir parlé librement avec lui, je pense qu’il était stressé par la compétition et son entourage. Aujourd’hui, c’est quelqu’un de libéré, de chaleureux, de compétent, qui crée une bonne ambiance et qui fait son travail. C’est évident que dans le projet que nous sommes en train de mettre en place, il aura un rôle. J’ai toujours dit que nous allions pérenniser le travail de Ghani et Mehdi en fait partie. On ne veut pas s’en priver. Il va continuer à jouer un rôle intéressant auprès des athlètes de l’équipe de France.

« Je serai déçu si dès la première année nous n’avons pas de résultats »

– Cette « bonne ambiance » et les bons résultats actuels de l’équipe de France (6 médailles lors des JO de Rio) doivent vous mettre une pression supplémentaire puisque vous héritez d’une fédération compétitive.

Il y a une pression qui est positive. On peut dire ce que l’on veut sur Bernard Amsalem (président de la FFA entre 2001 et 2016), sur l’homme, mais quand vous prenez les critères des effectifs et les résultats, si on arrive à faire aussi bien, je serai content. On va essayer de progresser, de faire des résultats. On a une très belle génération de jeunes athlètes qui arrive avec des résultats intéressants lors des dernières compétitions internationales chez les cadets et juniors. On espère que ça va se confirmer. Quand on exerce des responsabilités on a obligatoirement une pression et je serai déçu si, dès la première année, nous n’avons pas des résultats à la hauteur.

– Justement, que peut-on vous souhaiter ainsi qu’à la FFA pour cette année 2017 ?

On peut souhaiter que nous ayons une année 2017 avec une belle réussite sportive pour tous. Et que nos nouveaux territoires, nouvelles ligues, qui sont entrés en fonction le 1er janvier, puissent trouver leur vitesse de croisière assez rapidement parce que c’est un nouvel athlétisme territorial qu’il faut construire avec tout le monde, les clubs, les enfants, les championnats, les déplacements. Nous allons suivre ça de près. Après, la réussite se mesurera évidemment avec les résultats lors des compétitions internationales où on pourra évaluer si les progrès réalisés dans la dernière olympiade sont confirmés. On ne pourra pas dire que c’est le nouveau DTN qui est responsable puisque l’équipe actuelle est en place jusqu’au 31 août. La nouvelle équipe fera sa rentrée en septembre 2017. On est encore dans la continuité du travail qui a été réalisé par Ghani Yalouz. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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