Anass Zouhry

Depuis trois ans, Anass Zouhry évolue au coeur du système universitaire américain.

 

Expatrié aux Etats-Unis depuis trois ans pour poursuivre son cursus universitaire, l’ex-international juniors sur 1 500 m vient de créer une entreprise qui conseille des sportifs désireux de traverser l’Atlantique pour réussir leur double projet études-sport. Annoncé parmi les cracks de sa génération aux côtés des Samir Dahmani ou Bryan Cantero, Anass Zouhry n’a pas eu le même chemin que ses ex-partenaires. Athlète de niveau national, il a depuis abandonné l’idée de devenir athlète professionnel tout en conservant son amour de l’entrainement et des objectifs plus abordables. Surtout, il a trouvé sa voie. Rencontre.

Terrain d’Apremont dans l’Oise. C’est ici que nous avons rendez-vous en ce début du mois d’août avec Anass Zouhry (25 ans). Le lieu est connu des demi-fondeurs de la région pour ses chemins en forêt et ses pelouses tondues donnant un terrain de jeux parfait pour les fartleks. Le Creillois n’en est pas là. Après une longue saison aux Etats-Unis, il est de retour en France pour un mois. Visites chez la famille, les amis, l’emploi du temps d’un expatrié est toujours bien rempli. L’heure est plutôt à un footing abrégé et à des lignes cool. Du très light mais le garçon a mal partout, reprise oblige. L’occasion d’en savoir plus sur la vie actuelle d’un athlète qui a tout gagné chez les cadets.

5’34’’27 au 2 000 m en minime

Retour en arrière. Après avoir impressionné chez les minimes (2’35’’09 au 1 000 m, 5’34’’27 au 2 000 m et 8’53’’84 au 3 000 m en 2006), Anass Zouhry emporte tout sur son passage lors de sa deuxième année chez les cadets en réalisant le triplé : champion de France FFA et UNSS en cross et sur 3 000 m. Une réussite qui apporte avec elle son lot de critique : “il s’entraine déjà trop, il va se cramer.“ « Ce qui a interpellé les gens c’est quand j’ai fait 5’34 au 2 000 m, explique-t-il. Mais je ne m’entrainais pas beaucoup en athlétisme, je ne sais pas comment j’ai réalisé ça. C’est juste que je faisais trois sports simultanément avec du tennis, du foot et de l’athlé. Je courais trois fois par semaine dont quelques fois avec mon frère qui était déjà à un très bon niveau (Ilyass Zouhry, 6e des Championnats de France de cross cadets et auteur de 8’49’’64 sur 3 000 m en 2004). J’essayais de le suivre donc je développais ma résistance. Et une fois que tu gagnes tout, tu y crois. »

Sous la férule de son coach de toujours Mohamed El Bouzegaoui à Creil (ex-club du Sud-Oise Athlétisme), le champion en herbe est de plus en plus investi. Chez les juniors, malgré une concurrence féroce (Samir Dahmani, Bryan Cantero, Simon Denissel, Mickaël Gras, Tanguy et Valentin Pépiot), il décroche deux titres de champion de France sur le 1 500 m ainsi qu’une douzième place aux Europe en 2009. Mais la suite n’est pas aussi rose qu’attendu. « En cadets et juniors j’étais focus mais c’est normal tout le monde disait que j’étais un phénomène. Mais je perds ma pointe en finale des Europe sur 1 500 m. Peut-être que si ce jour-là, j’avais pu m’exprimer sur la fin de course, tout aurait changé. Mais tant mieux, sinon je ne serais pas là maintenant. Je ne regrette rien. Mon parcours m’a rendu fort et intelligent. »

« En France tu mendies pour rentrer dans un meeting »

Car depuis, alors que Samir Dahmani« j’ai toujours su que c’était le phénomène, le crack de notre génération » – et Bryan Cantero ont rejoint l’équipe de France seniors, lui n’a pas confirmé. « En espoirs, j’ai réussi à me détacher. Je me suis rendu compte que je tournais en rond en France (3’47’’14 en espoirs contre 3’47’’15 en juniors 2). Tu mendies pour rentrer dans un meeting. L’école ne t’aide pas forcément. Le circuit des compétitions est compliqué. Et en plus, et ça je m’en suis rendu compte assez jeune, il y a du dopage. Je suis très curieux, je lis beaucoup, je regarde ce qu’il y a sur Internet. J’ai un raisonnement cartésien. Je vois qu’il y a des choses qui ne sont pas possibles. On t’explique au début que c’est le mental. Mais je me suis vite dit que pour arriver au très haut niveau comme une médaille olympique, il fallait tricher. Ca ne m’intéresse pas. »

A côté de sa passion, il continue donc ses études à la Sport Management School de Paris et c’est un semestre d’échange à l’étranger qui va lui donner le second souffle. « Je venais de faire deux ans et demi à la Sport Management School à la Défense et en troisième année, tu peux faire six mois à l’étranger. Je suis donc parti à la fac du Kentucky (Etats-Unis). A la base, je partais pour être bilingue et je ne devais rester que six mois. Mais j’ai été piqué par les Etats-Unis. Et j’ai eu envie de rester là-bas. »

Création d’une entreprise spécialisée dans les bourses universitaires

Son cursus français terminé, il réussit à obtenir une bourse pour changer de faculté et atterrir à Los Angeles (California State University Northridge). Des démarches qu’il a entreprises avec son pote Chafik Oussemgane (champion de France espoirs du 10 000 m en 2013 et 8’12’’96 cette saison sur 3 000 m). De quoi leur donner une idée. « Quand je suis parti aux Etats-Unis, à la base je me suis débrouillé tout seul. Je me suis rendu compte que c’était super compliqué. En étant en France, tu ne comprends pas vraiment les démarches à faire. Donc je suis passé par quelqu’un qui m’a envoyé. Le transfert de la première à la deuxième fac nous l’avons également fait tous seuls avec Chafik. Je me suis bien intéressé au règlement. J’ai lu tous les livres de règles. »

Anass Zouhry

Anass Zouhry et Chafik Oussemgane ont créé Nation of Athlete, une entreprise spécialisée dans le conseil pour les sportifs désirant rejoindre un cursus universitaire aux Etats-Unis.

 

Cette idée a débouché sur une entreprise, Nation of Athletes (voir par ailleurs) qu’ils viennent de lancer et qui accompagne les sportifs qui souhaite venir étudier aux Etats-Unis via des bourses sportives. Un secteur que l’intéressé connaît bien puisqu’il vient de terminer sa deuxième saison complète en NCAA. Une renaissance. « Aux Etats-Unis je me sens athlète de haut niveau presque comme un joueur de foot. Quand tu vas en compétition, tu te lèves le matin et tu es géré de A à Z, tu es traité comme un vrai professionnel. Là-bas tu peux rêver de ça avec un niveau cool. C’est une mentalité interclubs avec un niveau beaucoup plus fort. »

Moins de 4′ au mile

Auteur de ses meilleurs temps lors de ses deux dernières saisons américaines (1’49’’49 sur 800 m en salle, 3’58’’87 au mile en salle et 3’45’’13 sur 1 500 m), Anass Zouhry ne regrette finalement qu’une seule chose. « Le seul regret c’est de ne pas être venu plus tôt aux Etats-Unis. On ne comprend pas pourquoi des personnes nous ont dissuadés de venir. On écoute souvent les conseils des gens et ce n’est pas vraiment fiable. Si je pouvais revenir en arrière, je serais parti après le BAC dans une grosse fac américaine pas forcément sportive mais avant tout scolaire, comme UCLA, Standford ou Harvard. »

En ce qui concerne l’athlétisme de haut niveau sont deuil est fait depuis longtemps, sans pour autant que cela n’influe sur son moral, au contraire. « J’ai toujours été un athlète du moment. Quand je suis à l’entrainement je suis un athlète, je m’entraine très, très dur. Mais quand je sors de l’athlé, je ne suis plus un athlète. Mon cercle d’amis, ce ne sont pas beaucoup d’athlètes. J’ai toujours aimé l’athlétisme mais j’adore ma vie à l’extérieur du stade. J’ai toujours bougé, fais beaucoup de choses à côté. Il n’y a que en juniors que j’ai vraiment été sérieux sur l’athlé en dormant tôt, en allant en stage mais ça ne me va pas. Je sais que je peux faire des petites périodes comme cette saison où j’ai fait six semaines intenses à Albuquerque en stage. Mais le reste du temps, j’ai besoin d’avoir autre chose dans la vie. »

«  Le finish, je ne vis que pour ça »

Finalement, seule la barrière des 3’40 au 1 500 m ou des finishs à couper le souffle en championnats lui donnent encore envie de mettre un dossard. «  Je cours pour les Championnats, pour les finishs. Tu me poses sur un Championnat je n’ai peur de rien. Le finish, je ne vis que pour ça. Maintenant c’est devenu un défi. Pour l’instant mon record c’est 37’’ sur le dernier 300 m. En tout cas, c’est sûr, je n’ai pas atteint mon potentiel. J’aimerais un 3’39 quand même. Heureusement, j’ai fait moins de 4’ au mile, car pour eux (les Américains), tu deviens un vrai coureur avec ça. »

Un vrai coureur et avant tout un vrai sportif, qui, une fois retiré des pistes, ne se laissera pas aller dans son canapé à regarder ses carnets d’entrainement où il a inscrit toutes les grosses séances de sa carrière. « Moi j’aime le sport, j’en fais depuis que j’ai 4 ans. J’aime bien la sensation procurée par l’entrainement. C’est une fois que tu coupes que tu te rends compte du manque. Il faut charbonner. Il n’y a pas de secret. Le contraste c’est qu’un athlète peut s’entrainer dur mais être très feignant à côté. Il peut se mettre mal sur la piste mais pour poster une lettre à la poste, on a la flemme. Tout ce que j’entreprends maintenant j’essaie de le faire avec le même investissement que je mets à m’entrainer. »

Accepté dans un master de business management toujours à Los Angeles, Anass Zouhry vient une nouvelle fois de redécoller vers les Etats-Unis avec la certitude d’avoir trouvé sa voie.

Un pont entre la France et les Etats-Unis
Avec Chafik Oussemgane, Anass Zouhry vient de créer l’entreprise Nation of Athletes, chargée de conseiller des étudiants voulant rejoindre une faculté américaine grâce à des bourses sportives. « Notre idée c’est d’envoyer des athlètes à moindre coût par rapport à ce qu’il se fait déjà sur le marché. Il y a la NCAA qui est chère et la NAIA ( ligues universitaires) qui est sur le même principe mais moins coûteuse. En NAIA, il faut courir 14’40-14’30 sur 5 000 m pour avoir sa place alors que pour exister en NCAA c’est très dur. D’où l’importance de savoir ce que veut réellement l’athlète. Ensuite nous pouvons le guider. Il n’y aucune grosse fac où nous n’avons pas un contact. Pendant que je faisais ma carrière NCAA et mes études, j’ai voyagé dans toutes les compétitions pour prendre des contacts avec les coaches. Chafik est spécialisé en soccer. On connaît les besoins des facs en athlètes (athlétisme, soccer, tennis), de quel type d’athlète elles ont besoin. L’avantage c’est que je peux parler directement par téléphone avec le coach concerné de tel ou tel fac. On a déjà aidé pas mal d’athlètes et notamment des joueurs de foot. En leur faisant passer des tests dans des facs. Et surtout, on est incollables sur l’éligibilité d’un athlète, qui est la chose la plus importante dans le système américain. »

Pour tout savoir sur Nation of Athletes.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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