Anaïs Quemener

La nouvelle championne de France de marathon nous a accueillis sur son stade du Tremblay AC, là, où, malade, elle enchaînait quand même les tours de piste.

 

Opérée d’un cancer du sein en février dernier, Anaïs Quemener a remporté le 18 septembre dernier les Championnats de France de marathon à Tours. De quoi marquer un retour à la vie normale après plus de six mois de combat contre la maladie, où la course à pied a joué un rôle moteur. Rencontre.

En franchissant la ligne d’arrivée des Championnats de France de marathon Anaïs Quemener (25 ans) a gagné bien plus qu’un titre national. En 2h55’26, elle s’est prouvée à elle-même et au monde, que, malgré ce cancer du sein qui l’ a touchée il y a un an, elle était redevenue la même, du moins sur le plan sportif. En soit, une bien plus grande victoire. « Pour moi, ma plus grosse victoire c’était d’être revenue à mon ancien niveau. C’est ça qui m’a fait le plus plaisir. »

« Le matin j’étais en chimio, le soir au stade »

Retour en arrière. Alors qu’elle est une athlète de niveau national (ex-recordwoman de France du 10 km cadettes en 38’33, championne de France espoirs du marathon en 2013 et auteure de 36’07 en mars 2015 sur 10 km), Anaïs Quemener se voit diagnostiquer un cancer du sein en août 2015. « J’avais une boule dans la poitrine que je sentais depuis un moment. J’ai vu trois médecins différents sur six mois d’intervalle. Les deux premiers médecins me disaient que ce n’était pas grave et que ça passerait. Du coup j’ai attendu. J’ai donc été dépistée à un stade très avancé car on a perdu beaucoup de temps en amont. »

D’un coup sa vie prend un tournant inattendu. « Le jour où on me l’a annoncé je suis tombée de haut. Car il n’y avait pas d’antécédent dans la famille. J’étais un peu le seul maillon malade. “Qu’est-ce qui m’arrive ? Ce n’est pas possible“. » Mais pas question pour elle de lâcher la course à pied. « La chimiothérapie est arrivée très vite car c’était un cancer très agressif. Mais j’ai continué à courir. Je ne pouvais déjà plus travailler (elle est aide soignante) donc je n’avais rien d’autre à faire dans la journée. Le matin j’étais en chimio et le soir au stade. Je ne voyais pas pourquoi je devais arrêter de faire du sport. J’étais comme tout le monde. »

« La course me permettait de m’évader »

Une force de caractère diront certains, peut-être un peu de folie pour d’autres, mais pour elle, la guérison passait par là. « Certains médecins me demandaient de ne pas trop forcer parce qu’il y avait des cardio-toxiques dans mes médicaments donc ça faisait palpiter pas mal mon coeur. Et d’autres, comme mon oncologue, me poussaient à faire du sport, car justement, déjà que je ne travaillais plus, ils me disaient que c’était bien que j’ai une activité physique pas trop intense. Sur ce dernier point je ne les écoutais pas trop (rires). Ca me permettait de m’évader. Même si c’était compliqué, je savais que je ne m’entrainais pas pour rien. Une fois que ce serait derrière moi, je savais que je reprendrais le sport et la compétition comme avant. Ce n’était pas possible de me dire que j’allais arrêter la course. »

Toutes les trois semaines, l’athlète du Tremblay AC se retrouve donc en chimiothérapie pendant quatre heures le premier jour puis une heure le lendemain. « Je rentrais chez moi et je vomissais. Ma première compétition en étant malade je l’ai faite quelques jours après ma première chimiothérapie car j’y étais inscrite depuis longtemps et que je voulais la faire. C’a été dur, j’ai vu des étoiles à l’arrivée mais je l’ai faite. Au niveau du souffle j’étais complètement essoufflée. Je n’arrivais plus à rien faire. Je montais trois marches, j’étais essoufflée. Rien qu’un footing c’était dur. C’était éprouvant. Mais c’était pour dire que même si on ne me sentait pas capable de le faire, je pouvais le faire quand même ! »

« Faire des compétitions c’était ne pas être malade »

Des trails, des 10 km, Anaïs Quemener continue sa vie de sportive comme si de rien n’était malgré un physique très amoindri. « Je suis passée de 36’ au 10 km à 46’. Mon entraineur (Gérard Viel) me prenait le pouls à chaque tour de piste lors des entrainements, se souvient-elle. Mais à la base, je ne m’écoute pas trop, à me dire : “ j’ai mal là ou là“. En course je me dis que la douleur j’y penserais à l’arrivée. En chimio c’était encore pire. Ca me faisait du bien de mettre un dossard. Pour moi, être avec le groupe, faire des compétitions, c’était ne pas être malade. »

De quoi relativiser dans son approche de la course à pied. « Quand je venais m’entrainer, j’entendais des gens se plaindre alors qu’ils n’avaient rien du tout. Et je me disais que ce n’était pas possible. On ne peut pas se plaindre quand tout va bien. » De quoi également voir la vie autrement depuis l’ablation de son sein le 22 février dernier. « Je suis mono-sein (rires). J’ai une prothèse externe que je pourrais mettre mais ça ne m’intéresse pas. J’avais lu une phrase qui m’avait marqué dans un témoignage. “J’ai perdu un sein mais j’ai gagné la vie.“ Ca permet de relativiser. »

Aujourd’hui, son parcours inspire de nombreux malades qui lui envoient des messages sur les réseaux sociaux. « Si ça peut motiver certaines femmes à faire du sport pendant leur maladie. Car quand on est dans un groupe de sport, on est entourée. Savoir qu’on n’est pas seule à vouloir faire une activité physique ça fait du bien. »

Retour à une vie normale

Pour elle, la lecture du livre la guerre des tétons« très drôle où la maladie est traitée avec dérision » – de Lilie Sohn et des rencontres avec l’association parisienne Casioppea ont permis de garder le cap. « Je fais partie de cette association de femmes qui ont été touchées par le cancer du sein. Elles font des regroupements sur Paris une fois par moi où on fait une activité sportive. J’ai rencontré des nanas super dont Nathalie David, la marraine de l’association, qui est ultra-traileuse. »

Pour Anaïs Quemener, les trails longues distances viendront peut-être plus tard. Pour l’heure, elle veut réussir une bonne place aux prochains Championnats de France de cross et surtout continuer de progresser sur marathon, son épreuve fétiche. « Le marathon, à la base, c’était un pari que l’on s’était fait avec des amis du club. En se disant qu’on allait en tester un. On a commencé par Rotterdam (avril 2013). Et depuis que je l’ai terminé, je ne vois plus que ça. »

Son prochain rendez-vous sur la distance sera lors des prochains Championnats de France où elle défendra son titre. En attendant, elle reprendra le travail au début du mois d’octobre, de quoi fermer cette difficile parenthèse. « Je dois faire des examens de contrôle tous les trois mois. Mais une vie normale redémarre. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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