Alizée Benaiteau

Alizée Benaiteau a terminé quatrième du cross de sélection pour les Championnats d’Europe juniors.

 

Alors qu’elle n’est que cadette deuxième année, Alizée Benaiteau disputera les Championnats d’Europe juniors de cross ce dimanche à Chia (Italie). Une petite surprise pour l’athlète du RCF Issy AVIA, même si son entraineur, Jean-Baptiste Congourdeau, sait depuis longtemps qu’une pépite couve dans son groupe. Rencontre.

Un grand sourire l’accompagne toujours. Que ce soit à l’arrivée du cross de sélection à Gujan-Mestras – où elle a décroché son ticket pour les Europe (4e) – ou lors de sa dernière grosse séance à J-10 de l’échéance continentale, Alizée Benaiteau sourit. Il est vrai que la jeune athlète née en l’an 2 000 peut être heureuse. A seulement 16 ans, elle a décroché le 19 novembre dernier dans le Sud-ouest, un ticket pour des championnats qui ne concernent quasiment aucunes filles de son âge. Au sein d’une équipe composée d’athlètes nées entre 1998 et 1997, elle fera évidemment office de vraie cadette de la sélection. « Là, je ne m’y attendais pas, lâche la lycéenne en Première S au lycée de Clamart. C’est incroyable ! Je suis encore sur mon petit nuage. »

Chia, une étape pas prévue

Une précocité peu commune puisque lors des trois derniers championnats d’Europe de cross, seules Cassandre Beaugrand (2013), Anais Da Silva (2013) et Cécile Lejeune (2014) ont participé à un cross international juniors alors qu’elles n’étaient encore que cadettes. « Il faut prendre tout ce qui est bon à prendre, avance Jean-Baptiste Congourdeau, son entraineur au RCF Issy AVIA. Mais à la base, on ne cherchait pas vraiment la qualification. On ne l’a pas spécifiquement préparée. On y allait juste pour prendre de l’expérience pour les années futures. »

Néanmoins conscient du niveau de sa protégée, l’entraineur francilien lui dicte de partir devant à Gujan et de s’accrocher. Toujours placée entre la troisième et la sixième place du cross de sélection, Alizée Benaiteau termine finalement à la quatrième place. « Je suis partie en me disant que j’étais cadette et que je n’avais rien à perdre, avoue-t-elle. Je n’avais aucune pression et c’est sûr que cela m’a aidée. Tout au long de la course, je me surprenais à être toujours devant. Je me disais : “quand est-ce que je vais lâcher ?” Mais au final, j’ai tenu. »

« Elle possède une puissance et une économie de course naturelle »

Des qualités que Congourdeau, entraineur depuis 16 ans à Issy-les-Moulineaux, avait évidemment repérées depuis longtemps. « Elle est très forte depuis qu’elle est toute petite. Elle a débuté en poussine avec Claire Alide (entraineur au club). Puis, progressivement, elle a commencé à venir le dimanche avec nous quand elle était minime 2, avant d’intégrer complètement le groupe en début d’année dernière. Quand elle court, quand elle fait ses gammes, c’est hyper propre. Elle possède une puissance et une économie de course naturelle. Et c’est une battante, elle ne lâche jamais rien ! »

Habitué à faire évoluer des talents – il a notamment formé Mehdi Yazidi (ex-international juniors et espoirs sur 1 500 m), Abdeslem Merabet (3e des Championnats d’Europe espoirs sur 800 m en 2007) ou Faycal Aslaimi (ex-international juniors sur 800 m) – l’entraineur francilien connaît la recette. « Alizée, je l’ai vue venir de loin. Je me suis dit : “celle-là, elle a du talent”. Donc on va essayer de faire les choses correctement. Je ne vais pas commencer à l’entrainer comme un malade. On va rester à quatre entrainements par semaine en ajoutant progressivement une séance de vélo ou de natation. »

Pas de réussite en championnat

D’ailleurs, le phénomène aurait pu éclore un peu plus tôt aux yeux du monde. Meilleure performeuse française cadettes la saison passée sur 1 500 m (4’31’’37), Alizée Benaiteau n’a finalement terminé « que » septième des Championnats de France, vaincue par une chute. « L’année dernière elle n’a pas eu de bol, résume Congourdeau. Aux France de cross, elle est partie dans les dernières avant de remonter à la 25e place. Et sur piste, elle tombe à deux tours de l’arrivée, avant de revenir devant, de mener et de craquer à 250 m de la ligne. Ses places en championnats ne reflétaient pas son vrai niveau. Mais je pense que c’était un mal pour un bien. »

Alizée Benaiteau

Alizée Benaiteau, toujours avec le sourire, lors d’un entrainement à Issy-les-Moulineaux.

 

Très déçue par sa performance à Châteauroux, la jeune demi-fondeuse s’est encore plus investie, d’où sa prestation gujanaise. « Sur le moment, mon échec des France a été dur à vivre. Mais ça fait partie de l’expérience. Ca m’a d’autant plus donné envie de me donner tous les moyens pour répondre présent dans les années futures. »

 Vivre l’instant présent

Quelques mois plus tard, la voilà à l’aube de son premier acte avec l’équipe de France, ce dimanche à Chia. « L’équipe a l’air vraiment sympa, avance-t-elle. J’ai vraiment hâte et je vais tout donner pour être à la hauteur de cette sélection. » Un grand test à l’échelle continentale, en somme. « Il y aura des filles en 4’16-4’17 au 1 500 m, détaille Jean-Baptiste Congourdeau. C’est un peu loin. Mais on verra vraiment où elle se situe au niveau européen même si elle aura trois ans de moins que certaines. »

Habituée à être la petite jeune, Alizée Benaiteau devrait être couvée en équipe de France comme elle l’est à Issy-les-Moulineaux où l’ex-international sur 800 m Abdeslem Merabet joue les grands frères. « J’aurai plein d’exemples à suivre », lâche-t-elle. Et quand on lui demande si elle ambitionne déjà de participer cet été aux prochains et derniers Championnats du monde cadets à Nairobi (Kenya). « Je n’aime pas me projeter, coupe-t-elle. Je veux juste vivre à fond le moment présent. »

Il est vrai que, même si elle a tendance à le raccourcir, Alizée Benaiteau a encore le temps. Surtout que, pour le moment, elle est largement en avance.

Partager cet article

Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

Facebook Comments

Website Comments

Post a comment