AnouarAssila_OuestFrance

Aucune charge n’a été retenue contre Anouar Assila.

 

Soupçonné d’avoir refusé un contrôle inopiné à son domicile, Anouar Assila a finalement été blanchi par l’Organe disciplinaire de la lutte contre le dopage de la Fédération française d’athlétisme. Le rapport, que Track and Life s’est procuré, laisse apparaître plusieurs largesses de la part de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), l’organisme chargé des contrôles. Retour sur une affaire peu banale.

Le 6 mars dernier, Anouar Assila terminait premier Français du semi-marathon de Paris en 1h04’33, soit tout près des minima pour les Championnats du monde de la spécialité (1h04’30). Satisfait de sa performance, le Mançeau se voyait même contacté par Jean-François Pontier, le manager du hors stade à la FFA, pour connaître sa position en vue de la sélection pour le semi-marathon de Cardiff. Mais le 8 mars, le coureur du Sarthe Running perdait tout espoir de porter le maillot de l’équipe de France. En cause, un article paru sur le net, signifiant qu’une procédure était en cours à son encontre, pour un refus de contrôle antidopage diligenté à son domicile le 16 février 2016.

Non-respect de la confidentialité de la procédure

Une fuite qui, deux mois plus tard, a compté à l’heure du dénouement de l’affaire. En effet, « l’Organe a particulièrement été sensible à l’argumentation relative au non-respect de la confidentialité de la procédure », peut-on lire dans le rapport de l’Organe disciplinaire de la lutte contre le dopage de la FFA, qui s’est réuni le 20 avril dernier.

Cet écart s’ajoute aux nombreux couacs, qui ont plombé les travaux de l’Agence française de la lutte contre le dopage (AFLD), et qui ont été mis en avant lors de la commission. Consciente de la teneur du dossier, la FFA avait d’ailleurs interdit l’accès à la commission de discipline à la presse, alors qu’Anouar Assila souhaitait la présence de journalistes, chose qu’il avait d’ailleurs signifiée par lettre recommandée à sa fédération. Bien décidée à coincer un coureur qu’elle a depuis plusieurs années en ligne de mire, l’AFLD, et tout particulièrement son responsable des contrôles, Damien Ressiot, sont partis à la faute.

Procédé déloyal

Ce fameux 16 février (à 7h44), quand un premier contrôleur de l’AFLD s’est présenté au domicile d’Anouar Assila et qu’il est tombé sur la femme du coureur lui expliquant que ce dernier était en Espagne, l’agent de l’AFLD en a informé sa hiérarchie. Le directeur des contrôles à l’AFLD, Damien Ressiot, a alors pris son téléphone et appelé Philippe Simier, le président du Sarthe Running, le club d’Assila, en se faisant passer pour un photographe souhaitant réaliser un portrait de l’athlète. Le but de la manœuvre étant de réussir à prouver qu’Assila était bien chez lui. A ce titre, l’Organe disciplinaire ajoute qu’il a retenu «  l’utilisation d’un procédé déloyal par M. Ressiot afin d’obtenir des informations sur la localisation de l’athlète ».

Bien décidée à coincer sa proie, l’AFLD envoyait un nouveau préleveur au domicile d’Anouar Assila en fin de journée. Et après avoir patienté plus d’une heure, le contrôleur voyait arriver une voiture avec, selon lui, Anouar Assila à bord. Faute de preuve tangible, cette version n’a pas été retenue. D’autant que, lors de son audition, Anouar Assila a mis en avant la possibilité qu’on l’ait confondu avec son ami Nouredine Ariri, présent comme témoin à l’audience. « La démonstration réalisée par M. Assila consistant à se présenter en compagnie de M. Ariri vêtu d’un bonnet (comme c’était le cas le jour du contrôle) laisse supposer que le préleveur bien que de bonne foi, ait pu se méprendre sur l’identité de la personne qu’il pensait avoir notifiée », peut-on lire dans le rapport. Il est vrai que, pour avoir vu Nouredine Ariri juste avant l’audience, celui-ci ressemble fortement à Anouar Assila, malgré le fait qu’il soit plus grand.

« Des mesures qui s’apparentent à un acharnement »

Des imprécisions qui ont plombé le dossier de l’AFLD. D’autant que les paroles de Damien Ressiot et Michel Marle (président du Comité de prévention du dopage de la FFA), révélant que Philippe Simier leur avait confirmé qu’Anouar Assila était bien chez lui et non en Espagne, ont été contredites par le président du Sarthe Running, qui a signifié devant la commission qu’il contestait avoir eu l’athlète au téléphone. Autant dire que le dossier était trop léger pour permettre à la FFA de suspendre le coureur. « Considérant, en définitive, que les mesures employées, le non-respect de la confidentialité de la procédure, dont la divulgation à la presse, ainsi que les inexactitudes relevées s’apparentent à un acharnement qui est de nature à remettre en cause la sincérité de la procédure », peut-on lire en conclusion du rapport de l’Organe disciplinaire.

Un dénouement qui innocente Anouar Assila. « Dès le début de cette affaire j’étais confiant car je n’avais rien à me reprocher, lâche l’intéressé. Ca fait trois ans que je suis dans le viseur de l’AFLD. J’ai dit ce que j’avais à dire. J’ai les boules car j’ai manqué les Championnats du monde à cause de cette affaire. » Une affaire qui pourrait très bien ne pas être terminée puisque la FFA a dix jours pour faire appel de la décision.

Que l’on croit ou non le scénario du principal intéressé, au jeu du poker menteur, l’AFLD paye ses erreurs.

Place au sport
Malgré cette affaire, Anouar Assila a continué de s’entrainer. Longtemps gêné par une contracture à un ischio-jambier, il a pu reprendre un entrainement normal et s’alignera sur le semi-marathon des Sables-d’Olonne, le 15 mai prochain. « Je vais essayer d’aller chercher les minima pour les Championnats d’Europe (1h04) là-bas. La forme revient. Je ne serai pas à 100 % mais je veux tenter ma chance car je veux représenter mon pays. »

 
Retrouvez l’interview d’Anouar Assila du 15 mars dernier, livrant sa version des faits.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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