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Sauteur pour le Mali, Abdoulaye Diarra rêve de Jeux olympiques.

 

Loin de son niveau depuis plusieurs saisons, Abdoulaye Diarra a tout changé depuis plus d’un an pour de nouveau tutoyer les 2m30. Rencontre avec un athlète qui semble avoir mûri.

En ce samedi 23 janvier, « Ablo » Diarra est un peu grippé. Arrivé très tôt au gymnase Hébert d’Hirson, le Drouais a pensé à amener un matelas gonflable pour se reposer avant le meeting du soir. Un signe de maturité que ce sauteur de 27 ans s’avère avoir acquis depuis quelques mois. « Actuellement je me sens bien. Je ne me prends la tête. J’ai l’impression d’avoir grandi. »

Entrainé depuis septembre 2014 par Eric Nogaro du côté de Saint-Quentin-en-Yvelines, le « show man » de la hauteur française a effectué une véritable introspection afin de repartir de l’avant. « J’ai beaucoup parlé avec mon nouvel entraineur, avec ma copine. J’ai vraiment l’impression d’avoir mûri. Je ne suis plus un gamin comme avant qui voulait faire le fou sur la piste. Je m’éparpillais, je faisais n’importe quoi. Maintenant, j’essaie de m’amuser sans trop m’éparpiller. » « Il commence à mûrir, ajoute son nouveau mentor. J’ai connu un athlète un peu fou. Mais aujourd’hui il a une nouvelle approche. Je le trouve plus sérieux, plus volontaire. »

« J’ai vraiment fait le con »

Fini donc le show man, place à l’homme. Une transformation un peu tardive, selon lui, qui lui a fait perdre du temps, peut-être irrécupérable. « Honnêtement, j’ai beaucoup de regrets. J’ai vraiment fait le con quand j’étais plus jeune. Je commençais à gagner un peu d’argent avec l’athlétisme et j’ai tout balancé dans les boîtes de nuit. J’avais la grosse tête. Je vivais dans une petite ville (Dreux). Tout le monde me connaissait, je faisais le beau. Et le pire, c’est que malgré les sorties, je continuais d’être performant. »

Une progression longtemps linéaire qui le mena en équipe de France et à une barre de 2m27, à seulement 21 ans. « Les 2m27 je les ai faits un lendemain de cuite. J’étais en boite de nuit la veille et j’avais bu une quantité d’alcool faramineuse. » Une attitude de bad boy qu’il regrette aujourd’hui. « J’ai raté quelque chose dans ma vie. Si à 21 ans j’étais capable de faire 2m27, je ne devrais pas être encore bloqué à cette barre à 27 ans. Il y a un problème ! J’avais tout pour moi mais j’ai déconné. »

Plus jeune il mettait la raclée à Teddy Tamgho

Il est vrai que le jeune Abdoulaye Diarra a été plutôt gâté par la nature. Très doué physiquement, il a longtemps fait des ravages sur les terrains de handball – « (son) sport préféré » – avant de pencher vers l’athlétisme à 20 ans. « J’étais en sport-études section handball. Je jouais à Vernouillet en -18 ans Nationaux puis en Nationale 1 avec les seniors. Mais au bout d’un moment j’étais moyen partout. Il fallait que je fasse un choix. »

A plein temps sur les stades d’athlétisme, son dévolu se porte vers le triple saut (record à 16m50 en 2009). « J’ai le gabarit d’un triple sauteur pas celui d’un sauteur. Moi mon truc c’était le triple. Mais j’en ai eu gros sur la patate à partir du moment où un certain Teddy Tamgho m’est passé devant (rires). Etant plus jeune je lui mettais sa raclée. Mais le jour où il est passé devant, il ne m’a plus jamais laissé le redoubler. »

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Eric Nogaro s’occupe du phénomène Diarra depuis septembre 2014.

 

Avant de privilégier le vertical à l’horizontal, Abdoulaye Diarra avait cumulé 23 médailles nationales entre 2004 et 2010 sur le triple saut et la hauteur. Mais c’est finalement vers le haut qu’il a décidé de continuer d’avancer. Amenant vers le sautoir de hauteur la folie du triple, entre jeux avec le public et sauts spectaculaires.

D’ailleurs, à l’image d’un Dick Fosbury, il a amené sa petite touche avec son ciseau de jambes lorsqu’il franchit la barre. « Mon battement de pieds se fait à chaque fois que je bourrine, avoue-t-il. C’est un peu ma marque de fabrique mais je ne le fais pas exprès. »

Une nouvelle façon de travailler

Une technique qu’il essaie de légèrement modifier aujourd’hui sur les conseils d’Eric Nogaro. « Il a déjà acquis sa technique, explique l’entraineur. Il ne faut pas tout modifier mais procéder par touches. On voudrait aller tout de suite plus vite mais cela prend du temps. »

Une nouvelle façon de procéder qui plait à l’intéressé. « J’apprends à travailler différemment. Hervé Bouffinier (son ancien entraineur) a fait un super travail avec moi. Je me dis même qu’il a mis du temps avant de baisser les bras. Parce que j’étais un vrai con. »

Aujourd’hui installé à Saint-Quentin-en-Yvelines, Abdoulaye Diarra prépare les Jeux olympiques, peut-être le dernier défi de sa carrière. « C’est l’objectif de l’année. Même si je n’y vais pas mais que je fais une bonne saison, je continuerai après. Je me donne encore deux, trois ans pour l’athlétisme. Mais si je fais encore autour de 2m20, ça va me saouler. »

Il saute dorénavant pour le Mali

Mais quoiqu’il arrive, Abdoulaye Diarra ne rentrera pas sur le stade Nilton-Santos de Rio avec le maillot tricolore, puisqu’il a opté depuis deux saisons pour celui du Mali, pays d’origine de ses parents. « Ca me tenait à cœur de représenter ce pays. Avant, je ne pensais pas que j’avais la possibilité de le faire. Les gens disent souvent que c’est pour une histoire de minima mais pour les JO je dois réaliser 2m29… (2m30 en France). Je ne suis pas allé là-bas pour un cm ni pour l’argent. »

Surtout qu’en deux saisons il a pu participer à plusieurs compétitions sur le continent africain. « Ca m’a permis de voir d’autres choses, d’autres environnements. Au niveau de l’organisation ce n’est pas encore terrible mais ils y mettent des moyens. »

Un changement de maillot qui ne change en rien son identité. « Je suis Français. Je ne suis pas du genre à me dire que je suis Malien parce que mes parents le sont. J’ai la culture française, je mange à la française. Je saute pour le Mali mais je suis Français. »

Un athlète à la double nationalité qui domine les bilans français et maliens cet hiver avec 2m18. Une première étape qui lui prouve qu’il est pour le moment à la hauteur de ses objectifs.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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